‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 30 sur 76 · HI · texte numérisé non relu

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t't dans laquello, par cela même, M. de Chateaubriand fi’élait rencontré avec M. de la Fîi jette.

Quoi qu'il en soit, après toutes les secousses d'espérances, de soupçons, de trahisons accumulées, de reproches tardifs, de projets impossibles, on se consumèrent deux semaines du mois de mars, après les démonstrations honorables, mais stériles qu'offrait le langage oiïiciel des deux Chambres, M. de Chateaubriand apprit tout à coup, et non .sans dépit, qu'un départ secret se préparait au.x Tuileries, et que le Roi, la famille royale, et les principaux de la cour partiraient pour la frontière, dans la nuit du U) au ‘20 mars, .\ussi mécontent de cette fuite que blessé de n'en être pas averti, M. de Chateaubriand n'avait pourtant d’autre jiarti à prendre que de suivre la même route et de retrouver, eu France ou à l’étranger, les princes qu'il avait senis de ses éloquentes accusations contre l'Empire.

Il ne pouvait raisonnablement attendre, à Paris, la présence armée du maître, dont il avait dénoncé la chute au monde. Cela même rendait peut-être d'autant plus étrange le conseil, qu’il avait donné, d'une résistance dernière eoncenlrée autour du trône. Mais le péril que vous accepte/. volontiers, dans un désespoir commun, vous pouvez ne pas le chercher seul et inutilement. Bien que M. de Chateaubriand n’ent pas, à ce dernier moment de crise, réitéré ses stigmates sur le Pouvoirdéchu et relevé, la trace en était toute vive : et il n'était pas homme à rétracter, comme Benjamin Constant, et à oublier lui-même ses malédictions de la veille, devant l’injurieux oubli, que lui aurait oITert le vainqueur du lendemain.

Un caractère de la politiijuc, en France, et probablement une loi des pays trop mobiles, où les Institutions

LA TltmtiNE M0DI.I1.NE.

chaii^eiU autant que les Iiommcs, c'est la rapidité des Ululations dynastiques Une fois éluanlé sm- le trône, on s’en préc'qiite, ou on s’en échappe. L'histoire avait fait celle remarque même, pour un autre pais, qui s’y prêtait moins, el pour un roi dont une cause bien grave déterminait la chute, Jacques II; elle a dit même de lui, que son trouble d'esprit avait accru le péril, et qu’un peu de prévoyance el de force lui aurait permis de lutter plus longtciU|)s. A bien meilleur titre, Louis XYIII aurait ]>u. dans l'étal indécis de la France, prolonger sa |)réscnco sur quelque point du territoire el disputer à l'Empire cette soumission complète qui, pour être nnitbrmc autant que rapide, n’en fut pas moins trompeuse. Mais, grâce au.\ faibles conseils el au.v peurs intéressées, la marche de Louis XVIll ne s’arrêta pas qu’il ne fût en pays étrangers sur une terre, il est vrai, récemment séparée de la France, mais d’autant plus couvei lc par la garantie et les armes de l’Europe.

Ce fut là, dans ce pi-cmier émoi d’une calamité si rude, que M. de Chateaubriand se trouva quelque temps plus rapproché de la personne du monarque et mêlé, pour la première fois, à ses conseils, si ce mol convenait à rattenle passive, où rclomhait la royauté nominale des Bourbons. De nouveau, dans rEuro|ic‘, la décision el la puissance étaient rendues à la seule force matérielle', à la seule action de la guerre. Mais celle action était changée de place cl de main. L'art prodigieux qu'avait eu Napoléon de porter sur un point donné, au cœur d'une nation, dans sa capitale, une masse irrésistible, d’accabler une armée, de prendre un gouvernement, avant <pie tout le pays ne lût tendu pour la défense cl que le secours des Etats étrangers ne fût présent ou décidé, cet art, ou plutéd cet élan de la

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conquête soudaine était désormais démasqué dans son but, devancé dans ses efforts et, on peut le dire, découragé même chez son inventeur ; car Napoléon, sitôt maître de Paris et de la France, n'osa pas continuer, ni se jeter, du même bond, sur la Belgique avec des forces peu nombreuses sans doute, mais tout l’entraînement d’uiie révolution. Une dernière audace lui manqua, pour ouvrir une chance de pins à son impossible entreprise.

Dans le parti contraire, dans le parti de l’Europe, se produisaient deux effets d’une insurmontable énergie, l'adhésion ardente de chaque peuple autour de son Souverain, le zèle des citoyens aidant et recrutant l'armée, puis, dans un ordre plus élevé, la politique unie des Etals, rintime solidarité de chaque Puissance avec toutes les autres contre l’adversaire unique, que toutes avaient subi et déserté et dont le retour, menaçant pour chacune, les rendait toutes également implacables. De là, bien que la monarchie des Bourbons eût un représentant trcs-babilc à Vienne, et que la signature de Louis XVIIl lût inscrite dans les actes de l'alliance du lô mars 1815, l'action de ce roi n’eut que peu de part aux grands événements d’alors; sa mort même ne les eût pas empêchés, ni ralentis d’un moment.

Le roi de France, à Gand, avait cc|)cndantun Ministère, de même qu’il maintenait encore dans sa Maison une forme d’étiquette royale. Le Roi présidait ce Ministère et Umait son Conseil à jour fixe; mais il n’y avait point d’affaii'es, et surtout point do décisions à prendre. Tout se bornait, soit à la lecture de quelques-uns des renseignements sans nombre et des nouvelles vraies, ou fausses, adrcss<’'cs au cabinet du Roi, soit à la rédaction de quelques pièces d’apparat, pour l’Europe cl jiour la France.

A ce titre, M. de Chnteaubriand, comme nominalement chargé du portefeuille de riutéricur, présenta, pour être aussitôt publié, un rapport au Roi sur l’état de la France, à la date du 12 mai 1815, deu\ mois après la reprise de Dictature fulminée par les décrets de Lyon.

Dan.s cet écrit, un des moins célébrés de l’auteur, or. ne peut nier qu’il n’ait marqué justement quelques-uns des embarras de Napoléon, et surtout ceux qui devaient naître delà réunion stérile du Cbamp-de-Mai et des résistances inévitables de la Cbambre des représentants. Mais le lieu, l’objet, le caractère de cet écrit en rendent l’expression pénible à tous les cœurs français; et le seul gré qu’on puisse en savoir à l’auteur, la seule justice qu’on lui doive, c’est de reconnaître avec quel accent de conviction, avec quelle profession de foi, sans réserve et sans ambiguïté, il fait des garanties constitutionnelles, de la liberté politique, du libre vole et de la libre discussion des lois et des intérêts nationaux, du gouvernement représentatif enfin, la condilion du Pouvoir en France, et l'obligation essentielle delà Dynastie, dont il soutenait la cause. Ce témoignage est la défense de M. de Cbatcaubriand, et devra toujours être rappelé dans les Annales historiques de notre ebangeante patrie.

Quoi qu’il en soit, le cours des événements se précipitait; et la part du raisonnement et de l’éloquence, sans cesser d’être puissante dans les affaires du monde, disparaissait, lin moment, sous la grandeur du conflit matériel. Il n’appartient à personne de ebereber, par conjecture, ce qui se passait dans le cœur des émigrés de Garni, au bniil du canon de Waterloo. Il y avait là, pour toute âme un peu élevée, une torture de sentiments contraires, l’effroi de la défaite, la joie triste et le remords du succès. Ces

Si. DE CIIATEAUIIRIA.ND.

s^cntiineiil.s ne furent-ils pas mêles plusieurs fois, en sens inverse, durant la lutte du 18 juin, sous le coup des nouvelles opposées se suceédant si vite ? on>pput le eroire ; cl il faut avouer aussi, qu'après cette journée, bien des misères d’égoïsme et d'intrigue se confondirent trop avec quelques dévouements fidèles et quelques s.Tges prévoyances, dont la Restauration avait pu s’honorer.

La France, l’avenir étaient rendus à la petite Cour de Gand, à ce Roi dépositaire d'un titre, mais qui semblait, dans l’opinion européenne de ce temps, avoir emporté le droit des couronnes compromis par sa chute, et le rétablir par son retour. On savait avec quelle apparente simplicité de logique le prince de Tallcyrand avait [iroduit, à Vienne, cet unique argument. On en voyait la force attestée dans la faiblesse même du Pouvoir qui en profitait. Louis XVIII, par toute .sa personne jusqu’à son inCrmité, et par la finesse et la dignité de son esprit, convenait singulicrcinenl à ce rôle passif. Moins il agissait, pour ainsi dire, plus son litre semblait irrésistible. Des fautes, cependant, pouvaient altérer cette fiction légale, à laquelle tenaient alors, par passion, ou par raison, les Souverains de l’Europe : et on ne s’étonne pas qu’un grand travail se soit fait, de Vienne à Gand, pour prévenir ces imprudences politiques, à l’heure même, où de nouvelles diflicullés allaient naître du succès.

L'habile négociateur de Louis XVIII à Vienne n’avait pas mis en doute le jour prochain d’une seconde Restauration; mais, il redoutait le lendemain. Sans sc dissimuler la fatale coïncidence d’une rentrée sur les pas des troupes étrangères, il craignait, par-dessus tout, de voir s’associer à ce malheur de la nécessité l’esprit d’exclusion et de vengeance. Il craignait une reprise des fautes de

I,A TniltlNE MODERNE.

1S14, aggravée par le dépit des revers qu’elles avaient provoqués.

Dans eellr prévoyance fort juste, il devait chercher le concours d'un homme, que son talent méritait d'élever au-dessus des étroites passions de parti, et que ses pre- . miers écrits engageaient dans la cause de la liberté poli- . tique et de la Charte. Une lettre en ce sens, adressée de l’ambassade française de Vienne à M. de Chatenuhriand, n’eut toutefois qu’un demi-succès; elle blessa plus qu’elle n’iiispira l'éloquent écrivain, dont l’ambassadeur de Louis XVlll semblait vouloir diriger la plume. M. de Chateaubriand n’écrivit pas. Mais, il continua d’appuyer l’esprit de Constitution et de liberté; et, par là meme, il s’associait au désaveu public de quelques actes imprudents de la première Itestauration et à la lutte contre l’esprit de cour, contre les souvenirs d’ancien régime et M. de Blacas, qu’on accusait de les personnilier.

Le Iloi, près de rentrer en France avec une sanction nouvelle de la légitimité par la force, était bien tenté d’abord de rejeter, ou du moins d'éloigner une influence qu’il n’aimait pas. Sans exclure tout à fait M. de Talleyrand, il l’eût laissé volontiers à Vienne, comme ambassadeur, en ramenant avec soi .M. de Blacas, comme ministre.

Le royalisme de M. de Chateaubriand trouva cette ingratitude un peu prompte. .Son esprit politique, après avoir vu M. (le Blacas à la table du Conseil de Garni, se révoltait à l'idée de le voir de nouveau ministre influent à Paris; et, en cela, d accord avec d’autres constitutionnels de celle courte émigration, il se montra des plus vifs contre le retour du favori. Il veut alors quelques jours d'incertitude, dans Ifs conseils de cette Royauté, encore aux portes de la France, et qui ne pouvait ennoblir le

M. DE CIIATEALDniANÜ.

second avènement de son droit ()iic par la réalité de scs Insliliilions. Les excellcnles raisons ne manquaient pas aux partisans de la Charte. Une des plus décisives fut l'instance de l'Angleterre, qu'un traité |tarticulier, antérieur au '20 mars, liait à la monarchie constitutionnelle de France. Accouru à la hâte de Vienne en Belgique, M. de Talleyrand, au premier accueil qu'il reçut de la petite Coût de Gand, avait pu se croire arrivé trop tard. Mais, après un jour de disgrâce apparente, il reprit ses avantages, et détermina les actes qui pouvaient atténuer ce que l'aspect de la seconde Itestauration avait de plus aflligcant pour l'esprit national.

De là vint réloigncment immédiat de M. de Blacas, luiis la proclam.'ilion de Louis XVIII, à Cambrai, disant : Mon (jotiveniement a fait des fautes, et annonçant une amnistie presque générale et de nouvelles garanties ajoutées à la Charte. Comme suivant fidèle de la Royauté, dans son retour, ainsi que ilans sa retraite, M. de Chateaubriand soutenait alors cette politique; et il s’en conlèsse, longtemps après, jusque dans l'ironie qui lui fait écrire : « ISüus étions tous bien résolus, à celte époque, de mou- « rir pour M. de Talleyrand. »

Cette disposition, sinon ce dévouement, persista jusque sous les murs de Paris, et dans le labyrinthe de pourparlers et d'intrigues, qui précéda la convention du 12 juillet 1815 et l’entrée pacifique dans la Capitale. M. de Chateaubriand était en habit de guerre et le sabre au côté, à ce quartier général, où se tramèrent de bien pitoyables manœuvres, et que traversait le duc d’Otraiite, pour aller prêter serment à Louis XVllI, en recevant de sa main le titre de ministre.

M. de Chateaubriand, il faut le dire, ne conniva pas, un

mnmenl, à celle lionle de Cour. N’eii ful-il blessé que par honneur cl par bon sens, pour rinlérét du Irône el sans souci d'ambilion personnelle? Nous n’bésilons pas à le croire. Un tel choix, sans doute, l'excluait lui-même du cabinet effectif, qu'il s’agissait de former, à la pince du ministère nominal dcGand. Mais, à part celle répugnance, il eût rencontré d'autres obstacles. Vainement a-t il cru, dans ses Mémoires, que Louis .Wlll, à Gand, avait songé à lui pour successeur de. M. de Blacas, au moment du renvoi forcé de ce ministre; vainement s’esl-il accusé d’avoir, par ignorance delà Cour cl simplicité sauvage, manqué celte occasion offerte. Alors meme, il déplaisait, en faisant chœur avec les politiques, dont le zèle judicieux venait d’obtenir l’éloignement du favori. Ce jour-là, en effet, M. de Chateaubriand fut maladroit eouiTisaii, mais |iar un tout autre côté qu’il n’a dit. La roule de l’ambition n’en demeura pas toujours fermée pour lui ; mais, il eut à se In faire ouvrir par la polémique el la tribune, et non sans quelques torts de parti cl quelques contradictions de poli tiqne cl de langage.

L’ardent royalisme, dont il se lit une arme, ne parut pas avec, toute sa violence, à ce premier moment. Quel que fût le déplorable pêle-mêle des affaires de la France, entre une invasion, un peuple abattu ou divisé, une armée n licencier, une royauté à rétablir, des factions à calmer, une idée première dominait, c’éUiit le besoin de représenter le pays el d’assister le Pouvoir gouvernant par des .Assemblées régulières, par un vole public de l’impôt, une surveillance des dépenses de l'Llal, et, autant qu’il serait possible, une renaissance du crédit public.

La part du Roi était grande, dans la formation de celle nouvelle législature. Non-seulement, il avait à constituer

riinc des deux Cliambrcs, à titre de Sénat viager, ou jilutôl de Pairie nominalement héréditaire ; mais, il complétait par des adjonctions les anciens colleges électoraux, et il leur assignait des Présidents de son choix, devenus par cela même des candidats privilégiés à la (léi>utation.

Tel est toutefois l'ascendant du principe électif, même altéré, qu’il y avait prudence politique pour la Royauté à se donner aussitôt ce spécieux appui, devant la France, et devant l’étranger, mêlé si fatalement alors aux affaires de la France. Telle est aussi la nature, et, il faut le dire, la noblesse de ce ressort légal, qu'on appelle liberté, que, meme à demi faussé, il échappe bientôt à des mains peu dignes d’en user, et ramène au Pouvoir l’expérience et le talent.

M. de Chateaubriand le prévoyait sans doute-, en acceptant une de ces Présidences de Collèges électoraux. Presque partout, à cette époque, et en particulier au collège d’Orléans, pour lequel il fut désigné, son nom, sa parole entendue avec enthousiasme devaient porter sur lui la majorité des suffrages. Mais, au jour même de l’ouverture du collège, il était inscrit sur la liste de la Pairie reconstituée ; et sa Présidence électorale ne pouvait plus avoir d’autre cflid que de satisfaire à l’ardeur monarchique d’un parti, sans la réclamer pour lui-même. Il profita dignement de cet avantage et, au moment où le zèle du royalisme inspirait les discours et dominait les élections, il insista dans son langage sur le bienfait de la Charte et la nécessité du Gouvernement représentatif.

Là , commençait le travail , qui devait occuper les quinze ans de la Restauration, non sans profit pour la grandeur de la France et le progrès apparent des esprits, mais, dès le début de ce travail, on pouvait apercevoir la

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