‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 33 sur 76 · A TRIlirSE MOUEBNE · texte numérisé non relu

A TRIlirSE MOUEBNE

lui céder. Le duc de Richelieu, même, si désintéressé et si sensé, avait plus d’impatience des procédés de la' Cliaudne que d'éloignement pour ses doctrines. Deu.x hommes seuls dans le Cahinet avaient été fixés de lionne heure dans leur opinion sur le danger de cette polili(|iie violente et déclamatoire, qui choquait encore plus les idées du pays qu’elle ne menaçait sa liherté. Mais l’un de ces ministres, le ministre des finances, M. de Corvetto, Italien, d’un esprit juste et fin, d’une parole adroite et mesurée, fort éclairé sur toutes les question du gouvernement, mais faible de situation et de caractère, eût à peine osé dire tout son avis et tout son voeu, loin de pouvoir les imposer à personne.

L'elTort retombait donc sur M. Decazes seul, au moins pour cette œuvre délicate de convaincre l’esprit du Roi , d’enhardir sa volonté, de guérir certaines défiances, ou certaines répugnances, et de changer bien des points de vue, qu’avaient donnés à cet esprit de prince, né Rourhoii et dans Versailles, vingt-cinq ans d’émigration. Il est remarquable qu’un homme, fort jeune encore, sans nom, sans popularité de parti, sans expérience de tribune, ait su résoudre ce problème. M. Decazes avait, ce qui est fort rare dans tous les temps, ce que mdle forme de gouvernement ne donne par privilège, cette qualité composée de caractère et d’esprit, d’instinct et de réflexion, cette qualité souvent diHicile à définir, ou à deviner, mais qui se révèle à l’œuvre et se trouve, au besoin, pour la crise instante, pour l’action à faire, ou le conseil à donnei', le talent politique, en un mot.

Il l’avait, sans beaucoup desavoir, avec un mélange de persévérance opiniâtre dans le but et de flexibilité dans les moyens, poli, conciliant, zélé pour ses amis, modéré

M. DE CIIATEAIBRIAND. SSÔ

|.oiir scs adversaires, et parfois attentif aux intérêts et à l’amour-propre de ceux mêmes, dont il contrarmit la passion.

Par cette conduite, que soutenait une vigilance infatigable, un dévouement trop sincère pour paraître jamais allecté, un soin liabile surtout à mettre en vue le Roi, à l’engager de conviction et d’apparence dans une politique qui ne pouvait prévaloir que par lui, M. Dccazcs réussit à fortifier beaucoup l’autorité du Prince dont, à quelques égards, il modifiait l’opinion.

Rien dans la situation cl dan.s le sens juste et loyal du jeune ministre ne lui permettait de s’étayer au dehors d’une influence de parti, qui lui fût personnelle à lui-même. Il ne pouvait, ni ne voulait prétendre à celte domination, toujours hasardeuse, des ministres qui agissent sur la volonté du monarque, à titre de favoris du peuple. Dans ce qu’il faisait de modéré, de conciliant, de populaire, c’était le nom du Roi, et non le sien, qu’il mettait toujours en avant; et cet art devant le public, il l’avait, au même degré, dans le conseil du Roi et dans les entretiens de confiance intime. Il savait surtout de notre histoire po litique ce qu'il en avait vu, l’extinction apparente de l'esprit de liberté, l’apaisement complet de la Révolution sous l'Empire, puis les fautes et les désastres du Maître unique accepté par la France, les changements de l’opinion alors, la soulTrance extrême et la sourde plainte des dernières années, le juste besoin d’un autre régime et d’une autre vie pour la nation. Sur le reste et sur les premiers temps de la Révolution, il s’instruisait dans les souvenirs inépuisables et les réflexions du Roi. De là même sortaient, à jiropos, une objection, un obstacle au triomphe du royalisme de 1815. Là, en effet, se retrouvait le

sontimenl très-vif des prétentions aveugles, des illusions de Cour, que la jeunesse prudente de Louis XVllI avait autrefois combattues. Et maintenant que tant de ruines avaient attesté la vanité de ces prétentions et de ces illusions démenties , on était d'autant mieux fondé à en repousser meme l’apparence ; on était bien venu à soutenir que la France, fatiguée tour à tour de démocratie furieuse et d'accablant dc.spotismc, se l'angerait volontiers sous une Monarchie tempérée, et s'il était possible, impartiale, mais qu’elle souffrirait à grand'peine la domination d'un parti, et d’un parti longtenqis vaincu, qu'on supposait avide et implacable, parce qu'il avait beaucoup perdu et beaucoup souffert.

M. Decazes, dés l'abord, flatta donc le Roi par l’idée d’une prééminence au-dessus de tous les pai tis, et d’une tutelle de raison, comme de pouvoir, à exercer sur toute la France. Le caractère même de Louis XVlll, ce qu'il y avait dans son esprit de calme et de finesse, convenait à ce rôle diflicilc ; et son orgueil de race, son instinct de supériorité héréditaire s'en accommodait volontiers. Bientôt, il fut compris du Prince qu’une suprématie de médiateur entre ses anciens partisans et tout le monde n'était pas seulement une chose prudente et juste, mais qu’elle allait seule à sa dignité, et qu’elle en faisait partie. Un peu plus tard, des impatiences, des mots de blâme et d’ironie lui échappèrent sur certaines exagérations de zèle religieux et monarchique.

]l avait cédé cependant et an fond, sans regret, quand il s’était agi de bannir les votants de la mort de Louis XVI, considérés comme relafK, pour avoir prêté, dans les Cent Jours, un autre serment, depuis l’amnistie de la Charte. Mais, à part celte subtilité fanatique ou ridicule, la ma-

». DE ClUTEAUBRIANÜ.

nièrc, dont le vole fui enlevé lui avail déplu : «l celle formule de résislance à sa volonlé royale, ce cri vendéen ; Vive le roi, quand même, iéj)élé dans une Assemblée législative, lui avait paru de fâcheux exemple et plein d'embarras pour l'avenir. Dissoudre la Chambre, après la session , replacer l'élection suivante dans les conditions littérales de la Charte, par le nombre réduit, l'âge plus avancé et, à l'avenir, le renouvellement annuel cl (>artiel de la députation , ce fut le système dès lors secrètement agité.

Mais on rencontrait bien des obstacles. Le Koi, fixé dans sa répugnance pour celle Chambre de 1815, qu'il avait nommée d’abord inirouvable, était inquiet des successeurs qu'elle aurait. Il craignait encore plus l’opposition démocratique qu'il n’était fatigué de l’ardeur religieuse et des rancunes royalistes. A celte anxiété du Roi le jeune ministre répondit surtout, par la précision des détails et la i’raiiclnse des vues. Il alla droit à In difficulté, indiqua nettement la force des partis, ce qu'on pouvait gagner sur eux, en les ménageant. Il ne craignit pas de compter parmi les appuis du gouvernement royal des hommes, que son retour avait blessés. « Que le Roi, disait- « il, se montre en tout le roi de la France et non de l’r- « miqration! qu’il accueille tous ceux qui reviennent à « lui; que sa protection soit impartiale, connne la Charte « qu'il adonnée; et son nom sera bientôt rinllucnce loute- « puissante dans la nation. »En même temps, le Ministre mettait sous les yeux du Roi les noms des députés, dont il prévoyait et voulait aider la candidature ; et, à ce titre, il n'Iiésilait pas à désigner soit des hommes nneiennement attachés aux idées de liberté détruites par l'Empire, soit d'honorables soutiens de ce Pouvoir qui n'était plus, des

LA TRIBINE MODERNE.

généraux, des adniiiiislraloiirs iiilégres, des hommes qui, à quelque litre que ce lui, avaient bien servi la France.

l/esprit pénétrant et juste du roi Louis XVlll était plus attiré ([u’il ne courait risque d’être froissé par cette manière ouverte et libre de traiter la politique. 11 se réconciliait, comme il le dit dans une lettre, avec certains noms, se corrigeait de certaines défiances, et concevait très-bien qu'il est plus facile parfois de rassurer des adversaires que de contenter des partisans. Ainsi donc, moitié persuasion d'un ministre adroitement sincère , moitié rélle.vion personnelle du Roi, et fierté de rang et d’esprit, après une incertitude assez longue, Louis XVlll se détermina ; et l'ordonnance du ô septembre ISlGful signée.

Peu d'événements intérieurs ont eu, dans notre siècle, plus de portée directe et d’inlluence. Dissolution cl, jusqu'à certain point, désaveu d’une assemblée ardemment monarchique, afTermisscmcnl de l'esprit constitutionnel, et, dans le fait, réduction de la puissance parlementaire, paix à rinlérieur cl prochaine libération des frontières, tout cela était compris dans l'acte, comme dans la pensée de Louis XVlll ; tout cela se montrait aux yeux des plus passionnés et des plus habiles, et souleva tout à coup de vives discussions dans cette France, que tant de malheurs n’avaient pas encore su rendre muette.

M. de Chateaubriand, par sa première émigration, par scs puissants écrits, à la ruine de l'Empire, par l’ambition naturelle aux grands talents de se faire, ou de se conserver un parti, était l’interprète de la majorité, que venait briser l’ordonnance du 5 septembre, et dont la rWiiction du nombre des députes rendait le retour impossible.

C’était à lui, et il le croyait ainsi, de combattre pour

M. UK ClIATtALimiAMt.

celte majorité et de suppléer à la Tribune par la presse. Mais, en cela même, M. de Chateaubriand marquait sa dissidence intime de ce parti. Quoi qu’il en eût les passions, il en contrariait les idées. Rien, au fond, n’était plus loin de sa pensée que les théories de Pouvoir politique et religieux conçues par M. de Ronald. Naturellement, il haïssait la tyrannie, aimait la liberté des Institutions et celle des caractères. Assez familier avec l’Angleterre, pour en bien comprendre les lois, assez Breton, pour ne pas aimer l’esprit de cour, trop judicieux, pour ne pas voir le côté faible des souvenirs qu’il évotjnait avec le plus d’éclat, il souhaitait sincèrement pour la France une Monarchie conslilnlionnelle, une royauté à l’anglaise, comme on disait alors, on le Roi ne pût faire mal, dans tous les sens du mot, et on l’inllucncc dût appartenir au patriotisme et au talent appuyés sur une législature éclairée.

C’était ainsi que, dans un ouvrage prép.nré pour la scission prochaine, M. de Chateaubriand décrivait ce qu’il appelait la Monarchie selon la Charte. Rien de plus net et de plus précis que cet ouvrage. Là nulle chimère de Souveraineté nationale servant à supprimer la discussion et le contrôle, tout en paraissant donner au Pouvoir absolu l’accablante autorité du vote universel. Nulle trace de ces théories mensongères; droit inviolable, mais limité, du Prince ; res|)onsabilité des ministres; puissance des majorités parlementaires. Le Roi leur cède, en changeant ses ministres, ou les dissout, en consultant les électeurs. I.e Roi est au sommet, la nation est au centre et partout répandue, par l’expression libre et légale de ses besoins cl de ses vœux. La vérité monte d’un degré à l’autre; et le jeu régulier des Institutions suffit pour en a.ssurer le bienfait à tous.

Malheureusement, à ce système net et judicieux, à cette

U TRIBL'.NE MODERNE.

exposition abstraite, mais praticable, M. de Chateaubriand avait joint des restes de ces défiances et de ces colères, qui compliquent bien autrement la politique. Il voulait la salisfaction des intérêts publics, le bien-être national, une administration intègre et modéré, le libre examen des aflaires, la liberté des opinions garantie, la liberté politique de lu presse. Mais, pour rassurer ses amis sur l’emploi d'un tel régime, il demandait .sept hommes dévoués par département et, dans le nombre, un grand prévôt, magistrature odieuse, empruntée à des époques de barbarie ou d'extrèine rigueur, et la plus antipathique aux scrupules et à l'équité d'un jury britannique. Knfin, pour rendre supportable à cette partie de la Chambre, qui se prétendait exclusivement inonarchique, la liberté de la presse, il demandait, à côté de cette liberté, une loi terrible, lex mmatiis, qui prévint la diiïamation par la ruine, et d’autres crimes, ou délits de publication par la peine de mort ; œ qui rappelait un peu trop la législation d'une alTrcuse époque justement ma udite, dans le même ouvrage.

Le devoir seul de la vérité nous fait montrer à nu ces inconséquences, où de faux cnirainemens poussaient un grand et noble esprit. Ilurmis ces stigmates de parti marques sur le livre, et quelques torts d'animosité personnelle, on ne saurait mieux tracer les conditions d’une Monarchie régulière et libre. Traduit aussitôt, et répandu dans toute l'Europe, cet écrit frappa vivement les esprits et parut aux Anglais l'image embellie de leur Constitution. Il faut même le reconnaître, ces lois de gouvernement étaient si bien déduites, si spécieuses, si naturellement appelées l’une par l’autre, que durant tretitc-deux ans, espace bien long pour l'homme, et surtout pour notre pays, la France n'a pas cessé de les vouloir, de les attein-

SI. DE CIIATEAUBRUND.

dre, de les appliquer ou d'y revenir, quand par quelque grande faille de la Couronne ou des partis, elle les avait fatalement dépassées. Tant les abus et la chute de la Dictature militaire appelaient à leur suite un régime de paix et de liberté! et tant les Princes, qui succédaient au Despotisme, ou à la leiilalive pour l’établir, avaient besoin de faire régner les lois!

Mallieureuscment, avec la théorie venait encore ici la passion, et une passion bien coiitrudictoirc à cette théorie. Le livre paraissait, au moment où la Chambre de 18iri était dissoute; et, dans la surprise de ce coup, l’auteur n’avait que le temps d’ajouter un post-scnptum : il y supposait le Roi, non pas seulement trompé, mais enchaîné par ses ministres; il lui prêtait une intention contraire à ses actes ofiiciels; il alTeclait de le croire favorable à l’opinion, qu’il venait de briser, et en espérant le triomphe, par la sanction d’un nouveau mandat.

L’ouvrage était signé du nom de 31. de Chateaubriand et du titre de ministre d’Etat. On conçoit que les conscil- Ici's de l’ordonnance du 5 septembre sc sentissent gravement blessés de celte dissidence prétendue entre la volonté secrète du Roi et sa volonté publique. Cette supposition même était blâmable. Faire les ministres responsables de tout, pour que le Roi n’ait tort sur rien, ne donne pas le droit d’imputer à ce meme Roi une fausseté qui le déshonore. Le plusinfliient ministre d’alors saisit cetteinduction moins encore de droit que de bon sens, contre un redoutable adversaire; et il provoqua In poursuite judiciaire du livre, eu même temps qu’il réclamait la destitution de 31. de Chateaubriand, comme ministre d’Etat.

Celte dernière mesure, pénible même pour celui qui la proposait, et fâcheuse à quelques titres, était au fond la

l,A TRIRL.NK MORERNE.

plus importante. Elle dégageait le lioi des liens du |iai ti (jiii, en le doniinant, l'aurail compromis; elle rendait à l’ordonnance du 5 septembre son véritable sens; elle faisait de cet acte un appel aux opinions modérées du pa\s, à ce qui n'était ni l'émigration, ni l'Empire. (Juant à la saisie et à la poursuite de l’ouvrage, bien qu’il n’y eût pas encore pour les écrits imprimés la garantie, qu’ils n’ont plus aujourd’hui, le jugement par jury, le tribunal de police correctionnelle recula devant les grandes questions de droit politicpie et de liberté parlementaire, (jui peutêtre ne l’arrêteraient pas, dans un autre temps. Le nonlieu fut déclaré, la saisie levée, et l’ouvrage répandu sans obstacle.

La presse étrangère, et surtout quelques journaux anglais, en reproduisirent les parties les plus remarquables, vivement traduites et hyperbolifpiemcnt célébrées. C'était, •à leurs yeux, Montesquieu et Burke réunis; c’était la précision du droit constitutionnel, la doctrine des trois Pouvoirs appliquée supérieusement à la France; et ce qui s’abritait de passions dp moment et d’intérêts actifs, sous cette belle utopie, n’arrêtait guère les admirateurs étrangers. Dans la réalité, l’exposition des principes constitutionnels, la description de l’ordre légal conçu par l’auteur est aussi exacte, et aussi nette que splendide et colorée. Par là M. de (diateaubriand, plus que par scs discours, est un des maitres de la Tribune moderne. 11 y représente l’élévation et la sagacité du publiciste, en même temps que l’esprit de liberté du citoyen. Egal ou supérieur à Jnnius dans la polémique, il était, presque sur tous les |ioints, l’interprète éclairé de la Cbartc de 1814 ; et il devançait, sur quelques autres, celle île 1800. Par là, il donnait inspiration et appui aux deux époques du gouvcrnemenl

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M. DK ClIATEAinniAND. 2U

rcprésenlalif en France; el ses erreurs même recliliées par la liberté, dont il admettait le principe et les conséquences, étaient bien moins nuisibles que les vérités proclamées par lui n’étaient fortiliantes et salutaires. Telle est la puissance innée de certaines maximes cl leur intime rapport avec certains états de la société : la cliiilc de la dictature militaire rajipelait les Bourbons; cl les Bourbons l’esprit de liberté. M. de Chateaubriand avait jeté cette vérité, en traits de i'eu, dans sa diatribe de 1SI4. Il 1a démunirait, il la développait, sous toutes les l'urmes, dans son livre de 1816 ; el les passions, qui se mêlaient à cette théorie, n’en détruisaient pas l’action elTieace.

On doit le reconnaître aujourd'hui, cet énergique appel d’un royaliste à la liberté légale contribua beaucoiq) au mouvement qui, durant (pialre années, poussa la Kestauralion vers la pleine exécution de la Charte el la réalité du Gouvernement représentatir; el, lorsrpiece mouvement, parfois trop rapide, passa d’une main dans l’autre, changea d’auspices cl do drapeau, fut enrayé, sur quelques points, nul doute que la vive empreinte, l érlal populaire, dont l'aulcur de la MonarcUie selon la Charte avait marqué plu>ieiirs jnincipes du Droit politique, n'ait encore .servi à les défendre cd n’en ail maintenu l’inlluencc, malgré bien des préventions et des entraves.

Le parti modéré, qui prévalut par l’ordonnance du T) septembre, ne pouvait désavouer plus tard les conséquences des garanties légales, qu’il avait invoquées contre l’ardeur ullra-inonarcbique;el, d’autre part, les plus zélés royalistes, déchus de la faveur el du crédit, prenaient le goût du droit commun, el le langage de la liberté. M. de Bonald, cet ancien fauteur de la censure des livres, demandait, au moins, la liberté des journaux. Les esprits ori-

I if.

LA TniBUKE MODEH.NE.

ginairemenl le plus ennemis du libre examen, le réclamaient, et en Taisaient grand usage. A leurs yeux, lesanciens principes de pouvoir absolu et de silence n’étaient plus qu’une exception; et le contrôle public était le droit nécessaire à tous. Ainsi, de 1816 à 1819, sous l'impulsion de passions et de vœux contraires, on marcha vers un état politique plus régulier, une liberté des personnes mieux assurée, une liberté de la presse plus complète.

M. de Chateaubriand, on peut le croire, eut grande part à ce dernier progrès ; ce fut à la fois sa conquête et son arme. Tandis que, dans la Chambre des députés, ce qui restait du côté droit de 1815, réduit maintenant à la défensive, luttait contre le Ministère, an nom de la Monarchie et de la Charte et, par la polémique, s'habituait à la liberté, M. de Chateaubriand- se faisait, dans le Cornervaleur, une tribune qui bientôt domina toutes les autres.

Les journaux quotidiens n’étaient pas libres encoi-c; mais, la discussion régnait partout, dans les Chambres et les Becuei/s littéraires et politiques. Le pays, mieux administré retrouvait sa force ; l’ordre intérieur s'affermissait, et la complète libération de nos frontières était prochaine. 11 faut donc le reconnaître, la politique, qui avait résisté aux passions du royalisme, était sage et utile. Kn calmant la France, on avait acquis le droit et hâté le moment de la délivrer. En modérant la Restauration, en lui ôtant le caractère de ligue et de vengeance, on abrégeait la honte de la tutelle étrangère ; on rapprochait l’échéance libératrice contenue dans le déplorable traité du 15 novembre

Ce but ardemment souhaité, poursuivi avant tout, réclamé, à tout prix et contre tout obstacle, est le titre d’honneur de l'ancien émigré, ministre alors, le duc de

H. DE CHATEAIBRIAÜD.

Richelieu, et du jeune et habile parvenu, qui soutint la volonté de ce ministre et agit sur celle du Itoi.

A cette époque, l’ardeur de la polémique entraînait les amis de M. de (Chateaubriand et lui-même, dans une voie moins généreuse. Un écrit, pnhiié sous le titre de Noie secrète, semblait, en inquiétant les cabinets étrangers sur la conduite des alTaires de France, autoriser, ou meme solliciter l’humiliante sauvegarde, qu’avaient laissée les malheurs de 1810. M. de Chateaubriand essaya de justifier cette note secrète. Son prétexte, pour liii-mcme et pour les autres, était d'imputer aux fautes du Ministère, uses complaisances pour la Révolution, aux périls fomentés par celte faible.sse, la nécessité d'un secours déplorable, qu’il maudissait tout bas. Mais, l’excuse était mal choisie, pour couvrir une démarche inexcusable. Nul doute, en eiïel, que l’esprit de transaction, radoucissement des lois, les ménagements pour les personnes, qui suivirent l’ordonnance du 5 septembre 1816, n’eussent concouru bien plutôt à diminuer tout prétexte d’intervention étrangère.

Le roi Louis XVlll était lui-même, quoi qu’on en ait dit, gagné d’intention à cette politique nationale. Il la tirait des souvenirs de sa jcune.sse, de ses réllexions, de ses lectures. .Souvent blessé;, dans l’éinigration, par les impatiences cl les plaintes des siens, se jiiquant lui-même de modération, comme d’une supériorité d'esprit, trop instruit dans l’histoire, pour ne pas juger la puissance des faits accomplis et des opinions accréditées, goûtant peu même, par instinct de prince, les prétentions nobiliaires et religieuses, Louis XVlll inclinait vers le système de gouvernement, où il fut amené. Sans être ingrat pour les services, et tout en étant capable d’alfections très-vives, il comprenait très-bien qu’un roi a

besoin d’êlre avec le plus grand nombre, et que, pour cela, il doit se concilier bien des iiulifTérenls, ou des ennemis. On se souvient de l’air satisfait et réllècbi, dont il contait le trait de Henri IV montrant à (|uelques seigneurs de sa cour une des plus martiales ligures de sa garde, et ajoutant ; « Voilà le soldat qui m'a donné un rude coup, à la « journée d’Aumale. » Le jour, où Louis XVlll citait cette anecdote, \eiloiiiteur avait publié la nomination à la Pairie d'un maréchal de l'bimpire, naguère exilé, et que les catégories proposées dans la Chambre de 1815 auraient frappé de mort, si cet amendement avait prévalu.

La chance tourna pour le bien de tous, pour le salut des uns, et riionneur des autres. Enrayé par une sage politique, le parti royaliste n'alla pas ju.squ’au bout de sa victoire. Deux mouvements, moins opposés qu’il ne paraissaient l'être, agirent à la fois dans noire patrie, du commencement de 1817 jusqu’à la (m de 1819 : ce fut, dans le Pouvoir, une influence active du Uoi par la modération, par l’amnistie graduelle, par la contiancc aux lois et aux hommes, par la revendication empressée de rindépcndancc nationale conduisant à la liberté intérieure : puis, devant ce travail de la Couronne, ce fut une invocation formelle et un emploi trés-énergique de la liberté, par ceux memes qui d’abord avaient paru la répudier, ou la craindre, 'un parti monarchique ré>clamanl les conséiincnces de la Charte, un parti de la Cour, s’élevant contre les abus, un parti aristocratique faisant mine d'être populaire, et demandant le suffrage universel, à deux degrés, il est vrai, mais à grand renfort de maximes libérales, sur les droits de la nation.

Entre ces vents contraires, qui tour à tour enflaient on déchiraient la voile, le navire avançait cependant; et, il

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il. DE CHATEALDIIIAND.

faut l'avouer, à quatre années de la calamité des Cent Jours, la France offrait un mémorable spectacle, alors que, délivrée d’ennemis, forte d’anciens généraux et d’une nouvelle armée, puissante d’un crédit qui reposait sur les lois, paisible, au milieu des partis émus et bruyants, elle établissait les règles et la pratique d’une Monarchie légale, et tentait le plein exercice de la Uberté politique, dans les Assemblées législatives et dans le pays.

Donnons volontiers à M. de Chateaubriand une part de cette œuvre achevée, pendant sa disgrâce. Que dans sa véhémente controverse, dans ses habiles invocations du passé, par ses panégyriques éloquents, et quelquefois sa science exacte des libertés anglaises, entin que, par une élévation d’esprit qui domine la passion même, au profit des principes, il ait concouru à rendre possible ce que son parti ne voulait pas, on doit l’avouer. Que par son influence d’opinion et de talent sur l’ancien royalisme, il lui ait fait supporter, invoquer meme les formes de liberté ‘, dont ce parti se défiait le plus, et qu’il l’ait ainsi contraint à les garder, quand il serait le maître, c’est là ce qu”il faut accorder au génie polémique de M. de Chateaubriand. C’est le grain de métal précieux, aujourd’hui perdu, qu’on retrouverait abondamment sous les cendres du Conservateur.

Quels qu’aient été parfois les mobiles d’ambition et de

* Ce résultat est nvirqué dans h It’ jislation du temps, meme la plus sc- Tèrc. Ainsi la loi du 15 mars 1822, qui restreint les grandes libertés de publication établies par la loi du 17 mai 1819, tout en aggravant les définitions et les pénalités, spécialement pour toute excitation par la presse à la haine cl au mépris du gouvernement du roi, a soin d’ajouter : a l.a présente dU> punition ne peut porter atteinte au droit de discussion et de censure des actes des ministres; a et c’est précisément ce droit, gardien de la sûreté privée cl des véritables intérêts d'Élat, qu'on a depuis cnlicremool supprimé.

colère qui poussaient le grand écrivain, rutililé du rôle n’était pas douteuse. Comment la liberté anglaise s’estelle formée, a-l-clle grandi, parmi tant d’épreuves, en dépit d’anciennes violences, de séductions et d'apostasies parfois égales aux nôtres? c’est surtout, parce qu’elle a été tour à tour le refuge et l'arme de tous les partis, même de ceux qu’on accusait d'en nier le bienfait et d’en vouloir la ruine; c’est surtout, parce qu'il n’est pas de tory mécontent, de partisan de la haute Église, ou même de jacobitc rebelle, qui n'ait, à son jour et à son heure, réclamé le principe et invoqué les garanties de cette liberté précieuse.

Le versatile et fougueux Bolingbroke, ce grand orateur incrédule, qui servit, un moment, la cause du Prétendant Stuart et catbolique, n’a pas moins que les plus opiniâtres des whigs, enraciné chez les Anglais, par ses écrits, l’intclligcnce et la passion de leurs droits politiques. Itolingbroke, dans son idée du Roi patriote, dans son beau livre sur les Partis, est demeuré le publiciste de cette Constitution, dont il fut accusé d'être l’ennemi. M. de Cliateaubriand, avec plus de constance et de dignité, remplit le même rôle. Peut-être seulement, à lui, comme aux politiques français, en général, il manque trop l’usage, auprès du principe, Vexequatnr du droit, la procédure de la liberté, à côté des maximes qui la proclament. Par là, tant de nobles déclarations et même de sages dispositifs touchant les garanties individuelles, la publicité des opinions, le libre examen des affaires publiques, la nécessité du jury, couraient la chance d’abculir un jour aux condamnations sans jugement et au silence imposé, même sans le secours du censeur.

Les deux ou trois années militantes de M. de Chateau*

M. DE CIIATKAUBBIAND.

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briand, à la tête .du Coutervateur , n’en restent pas moins un des mémorables exemples de la polémique moderne, un exemple supérieur en éclat aux lettres célèbres du pseudonyme Junius, et parfois égalant la vive légèreté de Voltaire, ou les saillies capricieuses de Beaumarchais.

Ce qui vaut mieux, enfin, c'est qu’à travers les injustices fréquentes de l’attaque, les torts de la passion, certains principes généreux semblent innés chez l’auteur, et qu’un sentiment indestructible de liberté et d’honneur le domine toujours. Gela même gagnait autour de lui, et devait ennoblir les passions, qu’il servit trop souvent. On conçoit donc la grande influence, que prit celte parole en France et en Europe, comment elle disciplina tout un parti, le releva dans l'opinion même des partis contraires, et pouvait contribuer à résoudre ce problème toujours si diflicile d’une Restauration dynastique.

Les fautes de chaque opinion et de chaque parti, ce contingent inévitable de tout régime de lil)erté, prêtaient singulièrement à l’action puissante du grand écrivain royaliste. La modération de la Couronne ne rendait pas toujours les amis de la démocratie plus patients et plus justes. De bonnes lois étaient faites, des garanties sérieuses étaient fondées; on s’armait vite de ces lois; on abusait de ces garanties; et l’idée généreuse de faire succéder au despotisme guerrier et civil de Napoléon, brisé dans ses mains, une Monarchie légale et libre, établie tout ensemble sur le droit antique et le contrôle actuel, cette idée donnée pour issue à nos Révolutions, trouvait de grands obstacles, dans ceux mêmes qu’elle devait le plus satisfaire.

Ce qui était accordé à l’esprit de liberté n’avait pas dé-

Iniil l’esprit de conspiration. D’ohcures et fréquentes manœuvres le ramenaient sur la scène et entretenaient l’inquiétiule des uns, les plaintes et les calomnies des autres. La loi de ISUt sur la presse, cette sincère adoption du libre examen dans les affaires publiques, était exploitée par les passions encore toutes vives des partisans d’un Pouvoir décbu. l.a loi d’élection, avec sa clause de renouvellement par ciu(|uième, produisait, .sous le vent de l'opinion plus indépendante, quelques noms offensants pour la Iloyauté rétablie : et enfin, tout ce bruit, que fait une liberté nouvelle, l’alliance contradictoire des idées de 1789 et des regrets intéressés de PKinpirc, la violence habituelle de quelques journaux, la hardiesse de quelques discours aigrissaient les'amis du trône, intimidaient les gens paisibles et semblaient appeler un retour prochain de compression, ou un surcroît de licence.

A a-s diHicultés, que tant de passions épiaient avec ardeur, venait s’ajouter un incident personnel : le duc de Richelieu, cet émigré adversaire des courtisans, ce plénipotentiaire français si estimé des étrangers, niais qui voulait, avant tout, leur départ du territoire et la dis|)arition de leur iniluence, touchait au terme de sa dilficile mission. Il s’agissait pour lui, au Congrès d’Aix-la-Cliapelle, de hâter l'échéance des traités de ISIT), d’assurer, pour la On de 1818, la remise des places frontières occupées. Cette négociation était suivie par la ferme loyauté du duc de Richelieu, à l’instant meme où M. de Lafayette était nommé député de Paris, où M. Benjamin Constant semblait tout près de l’être. Pour la diplomatie étrangère d’alors, ces noms paraissaient une Révolution imminente. Les plaintes et les prédictions de la presse monarchique en disaient encore plus. Cependant la tacli(|uc du plus habile des députés du

M. DK CHATKALBBIAND.

cô(c druit se refusait nu renouvellement quinquennal, et aimait mieux entretenir cette crise partielle d'élections presque continues.

Le duc de Richelieu hrava tout, pour riionneur de la France. La conviction de cet homme de bien vainquit les .obstacles de la bonne et de la mauvaise foi. « Je crois, écri- « vait-il à M. Dcca/.es, que nous aurons moins de peine à « sauver le Roi de scs ennemis que de scs amis. » En effet, il arrivait au Congrès des notes monarchiques, pour détourner les Souverains d'accéder aux instances du loyal .Ministre. Enfin, il toucha le terme. L’acte de libération fut signé; et le duc de Richelieu en était heureux de la joie la plus vive, tout convaincu qu'il semblait de sa chute prochaine et du prompt oubli de son noble dévouement. Cet homme, en elfet, d'un esprit si droit, si éclairé, sans vanité, sans amour du Pouvoir, laborieux cependant, et très-attentif aux affaires, savait bien qu’il allait être, en France, accusé d'imprudence et presque de trahison par l'exagération royaliste, méconnu dans son patriotisme par les libéraux, moins compté par la Couronne, comme désormais moins utile: et, il n’en avait mis que plus de hâte et d'ardeur à (inir sa noble tâche, et à dégager complètement la France, pour d'autres que pour lui.

Son dernier sacrifice fut de ne pas devancer encore cette retraite prévue. Il eut voulu, donner sa démission, nu milieu de son succès même, et la dater d'Aix-la- Chapelle. Les objections et les prières réitérées de M. Decazes surmontèrent ce premier mouvement. « J’irai tant O que je pourrai, lui répondait-il, mais sans espoir de suc- « cès; car, je sens que je n’entends rien à démêler toutes « ces intrigues de partis ; et, si je reste, ce sera un double « sacrifice que je ferai,celuidetoutcequipeutattacherun

« homme à l’cxislence, puis celui de ma pauvre petite répu- « tation,quin'cna pas poursix mois, ]c vous en réponds'.»

Le duc de Richelieu voyait juste. Revenu d’Aix-la-Chapclle, dans cette France déjà relevée de l'invasion, paciFiée, riche d'un crédit nouveau, forte d'uiic liberté croissante, il trouva les embarras que la liberté fait naître accrus de toutes les défiances mutuelles, qu’entretient une Restauration. Lui-même qui, dans Aix-la-Chapelle, avait paru si tranquille sur la France, et rejetait de haut les inquiétudes alTectées ou senties par nos voisins, il était alarmé de l’esprit démocratique des électeurs à cent écus, et voulait une autre loi, sans renouvellement annuel, et d'une tendance plus modérée. Là commença le revers, après un si juste succès. La loi des élections, sans doute, devait être modiliée Le mieux eût été de l'agrandir modérément et à des titres divers, de façon à diminuer la prédominance d'une bourgeoisie qui jouait presque, en France, un rôle aristocratique, avec trop peu de lumières et de fermeté.

Mais comment opérer cette réforme? à quel point l’étendre? où la borner? fallait-il y joindre tout un cliangeinenl de politique et se rapprocher du côté droit de 18l.*i, quand il était en minorité dans la Chambre, et que la libération du tei ritoire venait de s'accomplir, contre ses prédictions et son avis? Voilà les contradictions et les doutes, dont fut tourmenté le duc de Richelieu, et qu’il ne put résoudre.

Choqué de la tactique intéressée de quelques royalistes, alarmé de l'ascendant des opinions libérales, jugeant inévitable le progrès de ces inlluenccs de tribune, qu’il n’avait

‘ Lellrc communiquée, du 20 novembre 1818.

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pas en lui, il résulut toutài-oup de sorlirdos embarras, qu'il ne pouvait vaincre, et de quitter le cabinet avec M. Laine, que fatiguait le ininislcrc de rintêrieiir, et qui refusait celui de la justice. Cette résolution, prise vile et combattue par le reste du Conseil et par le Roi, fut invariable. « Il est « des positions forcées, écrivait alors le duc de Richelieu à « M. Dccazcs. Le monde nous divise, malgré nous; et il « vaut mieux céder à la force des circonstances. C'est ce qui « m’a fait prendre mon parti ; je crois avoir paye ma dette « au Roi et au pays. Trois ans et trois mois d'une vie aussi « odieuse, aussi insupportable, sont un tribut qui doit « m’exempter de tout reproche. »

Cette retraite d’un si noble caractère, d’un représentant si pur de la cause royale, d'un homme d'ancien nom, qui venait de rendre un service si patrioti(|uc, fut un affaiblissement pour la politique de modération. M. Decazes parut |>révaloir, et fut moins puissant : ne voulant pas, avec raison, succéder à la Présidence de M. le duc de Riebelieu, il y fil arriver le général Dessolles, qui ne la garda point. L’acceptant lui- même, bientôt ajjn'-s, il attira sur lui seul une polémique, où ne se mêlait plus aucun reste d'égards ou de justice. I>e nom, l’origine de M. de Richelieu avaient imposé, quelque peu, même à la passion royaliste; sa chute, la victoire non pas seulement d'une opinion modérée, mais d’une influence Ionie plébéienne, accrurent .sans mesure la défiance et la colère. .M. de Chateaubriand s’y livra tout entier. Leduc de Richelieu, cependant, trop peu regretté de Louis XVIIl, donnait, en s’éloignant, un exemple de ce désintéressement, qui va si bien aux hommes publics d’un Etal libre. Par un mouvement de reconnaissance, que personne ne combattit, les Chambres lui avaient voté une dotation annuelle de cinquante mille

francs. Il remercia de la justice rendue à ses elTorts; il fit don de l'argent à la ville de Bordcaii.v. Il n’avait cependant aucune fortune ; mais, il n’en voulait pas : et il ne consentit à recevoir (jiie le traitement d’une charge de cour, ([ui servît à sa dépense nécessaire et à ses fréquents voyages. On ne peut trop redire ces faits oubliés, dans un temps où, pour rétablir le principe d’autorité, on a réuni les gros traitemens sur la même personne, et où le profit des spéculations financières se cumule avec l’éclat des dignités. Le désintéressement du duc de Richelieu, sans effort et à peine remarqué de lui-même, le rendait puissant contre les empressements decouret les servilités banales. Il honorait le Pouvoir : il eût mérité de fonder, parmi nous, l’alliance longtemps heureuse, en Angleterre, de grands noms voués au service de l’Etat, et d’hommes nouveau.v produits par le débat public et le talent de la parole. Il était luimême très-instruit des affaires de l’Europe, diplomate habile parla lojaulé, précis, facile, persuasif dans ses lettres, supérieur à tous les petits sentiments, comme à cet intérêt pécuniaire, qu’il méprisait souverainement; homme de bien et de lumières, suffisant pour faire un habile et heureux ministre, s’il avait eu plus de patience à sujiportcr les petitesses des cours et les injustices des partis.

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