CHAPITRE XII
«DISE PROLONGÉE, APRÈS L.\ RETIUITR Di: Dl'C RR RICIIELinr. — M^MORmE SES>
SlUN liE 1810 — RirriCl'LTÉS XOUVEUES. LUTTE IMMINENTE 8I R M CUES-
TIUN ÉLECTemALE. ASSASSINAT I>ü DUC l»P. DERRr. — CALOMKIELSE VIOLENCE
RE LA INILE'NR^UE. TORT CR.VVE liE M. DE CH VTEAUCRUND. — CHANGEMENT PAR-
m.L DU CABINET. POUTIQUE NOUVELLE. MOHlFICATIONS DANS LES LOIS
DES ÉLECTIONS ET DE LA PRESSE. — PERSISTANCE: (E M. DE CIIATEAUBRIAND. DANS SA DÉFENSE DK LA UDEItTÉ DE U PRESSE. — IL 8£ RAPPROCHE DC MI- NISTÈRE : IL SE REND, COMME AMB.ASSADFtR. A DEKLIN.
Après réloignementdeM. le ducde Richelieu, un cabinet l'ormé du plus grand nombre de ses anciens cullègucs, sous une présidence ostensible, celle du général Dessoiles, dura deu.x mois à peine^ devant de vives attaques parties surtout de ce camp royaliste, où dominait M. de Chateaubriand. Bientôt divisé, ce cabinet se reconstitua sous un de scs membres, M. Decazes, qui réunit la Présidence au ministère de l'intérieur. Cet incident avait été prévu et souhaite par le Roi. Voyant son Ministère partagé, il s’était décidé, d’après sa prélérence et l’idée qu’il se faisait de sa prérogative, dans l'intérieur de son Gouvernement, du moins : « En ma présence, écrivait-il à M. Dccazcs, il n’y « a point de majorité ; c’est ma volonté qui doit tout faire. « Des ministres responsables disent au Roi : Voilà notre « opinion. Le Roi répond : Voilà ma volonté. Si les mi-
« iiislres, après y avoir réfléclii, croient ne pas trop ris- « qtier, en la suivant, il la suivent. Sinon, ils déclarent « (jii’ils no le peuvent. Alors le Roi cède, s’il croit ne « pouvoir se passer de ses ministres. Dans le cas contraire,
, « il en prend d'autres. »
Choisi d'après celte théorie fort sensée, le nouveau Président du (ionseil avait la double tache de résister à l’ardeur du parti nionarchi(|iie et de contenir, en le satisfaisant, le parti libéral. Cette diflicile manœuvre marqua la mémorahlo session de 1819, où fut discutée, avec tant d’éclat, la loi sur la liberté de la presse, un an après la loi sur le recrutement. Par ces lois si dilTércntes, la France semblait sérieusement fonder son régime constitutionnel, comme elle avait repris son rang de grande nation militaire. Deux hommes diverseinenl remarquables attachèrent b nrs efforts, l'autorilé de leur talent ou de leur gloire à ces lois nouvelles vivement débattues. C’étaient M. de Serre et le maréchal Gouviou-Saint-Cyr, un des grands généraux de l’Empire, improbateurdes Cent-Jours, et ami de l-i liberté civile, autant que de la discipline. La loi de la presse, plus avancée peut-être que ne l'était l'esprit de la nation, loi sincère, généicuse, établissant le droit d’examen, sans chicane, sans fraude, sous la sanelioii du jury, était un acte mémorable, dont il faudra toujours se rapprocher, quand on voudra garantie pour les citoyens, et vrai contrôle des alVaircs publiques. La loi sur le recrutement, eflicace et prudente, avec son contingent annuel de quarante mille hommes, s’était tenue loin de cette exagération dispendieuse, dont Moiites(|uieu disait : « L’Europe se « perdra par les gens de guerre. » Elle donnait à la fois à la France une force active de premier ordre, un grand ressort d’émulation et une puissante réserve.
M. DE CIIATEADUniAM).
De tels actes furent le terme de la politique libérale, sous Louis XVill. Les passions et les tactiques de parti réagirent contre ces bienfaits publics. L’élection annuelle d'une partie de la Chambre seconda l’esprit d’intrigue. Piientôt il parut impossible de ne pas changer la loi, et diflicile de tenter cette épreuve.
Le Ministère fut encore divisé sur ce point; et, cette fois, un des membres sortants, le maréchal Saint-Cyr, emportait avec lui une grande force d’estime publique et d’ascendant. Le ministre principal, .M. Dccazes, déjà plus faible d'avoir survécu à plusieurs combinaisons qu'il avait tour à tour formées et dissoutes, était préoccupé d’une inquiétude, qui ne portait pas sur lui-même. Après avoir résisté aux premiers contre-coups de la loi électorale, cl aux demandes de changement, qui suscitaient d'autant plus le zèle des défenseurs de celte loi, il s’était résolu luimême à la modilicr. Mais, il sentait à la fois les dillicullés de la tentative et les conséquences du succès. Il voulait garder un tempérament pres(|ue impossible à maintenir, sous les feux croisés des partis.
Pendant que ces dillicullés succédaient à la session parlementaire de 1819, et que M. de Serre, retenu par sa santé dans le Midi, était absent du Conseil, dont il décorait encore la liste, M. de Chateaubriand, comme chef de la politique ardente, qui se nommait con.servalrice, redoublait de passion et d'habileté. Ses coups tombaient plus pressés, comme à l’approche du succès. Il poursuivait sans relâche ce qu’il appelait l'épouvantable loi des élections, et ce qui n’était au fond qu’une loi mal calculée, dans laquelle un seul élément, celui qui n’est ni le plus éclairé, ni le plus indépendant, avait une part trop prédominante.
C’étail à cel inconvcnienl que voulaient remédier le Ministère nouvellement reconstitué et, en particulier, le ministre, qui ne pouvait, qu’à ce prix, garder la confiance du Roi, et se croyait oblige d'honneur à vaincre des obstacles, qu’il n’avait pas assez prévus. Dans une pareille tâche, il voulait à la fois ménager ceux qu’il allait heurter de front, et regagner, en partie du moins, ceux qu’il avait longtemps combattus.
Dans le travail de ce rude problème, il cherchait à réunir des conditions nouvelles qui rassurassent ceux-ci, sans être trop défavorables pour les premiers. Il espérait, en augmentant le nombre des députés, en rendant le renouvellement de la Chambre, intégral et en divisant l’élection par arrondissements, amortir le mouvement de l’opposition, sans bles.ser l’esprit constitutionnel et môme avec un progrès dans le jeu régulier des Institutions. Le cabinet, auquel manquait toujours le Garde des Sceaux, M. de Serre, malade dans le Midi, adhérait à cette pensée, avec des talents unis et divers. Ainsi, commençait lahorieuscment la session de IH'iO, à travers les pronostics menaçants des partis, les défiances mutuelles de quelques chefs et l’attente inquiète de la foule.
C’est au milieu de cette préoccupation presque générale ijue, dans la soirée du 15 février, à la sortie de l’Opéra, le duc de Berry fut blessé mortellement. Le Prince, avant la lin de la représentation, venait, avec quelques-uns de ses officiers, de reconduire a sa voilure la duchesse fatiguée du spectacle; et il se détournait, pour rentrer dans la salle lorsqu’un homme, longeant brusquement la galerie extérieure, le frappe, au passage, d’un coup violent cl s’enfuit. Soutenu par quelques-uns des siens, le duc de Berry porte la main à l’endroit de la plaie, reliie lui-
M. l)E CIlAïliAlltlUAM).