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iiiùnie im grossier poignard enfoncé profondémenl, et voit son sang jaillir, à grands llols, sur la Princesse, qui s’esl aussilcU rejetée de la voilure vers lui. Déposé d’alwrd sur un banc, prés la porli; intérieure du théâtre, aujourd’hui démoli, pcndantqu’oii poursuit l'assassin cl qu'on cherche du secours, il est porté par les bras de quelques serviteurs, suivi de sa femme couverte de sang, dans le petit salon de sa loge, où sont essayés les premiers soins.
Le bruit du crime remplit, en un moment, la salle et disperse celle foule effarée, qui va répandre la sinistre nouvelle dans les lieux publics encore ouverts et dans les réunions du monde si rré(|uenles, à ce moment de l'année.
Un autre amas nombreux de serviteurs, d'ofliciers , du Prince, de grands fonctionnaires, se pressait de toutes parts, vers l’espèce d’ambulance, où le royal blessé était gisant et mourant. Ce n’est plus le petit salon de sa loge, mais l’appartement du liq/isseur : il y est étendu sur un lit dressé à la hâte dans la plus grande pièce, tandis que des princes, des ministres, des généraux cncombrenlceite chambre funèbre. Déjà une saignée a été faite, et plusieurs remèdes tentés, lorsque, à une heure du malin, le célèbre Dupuylren apporte, par sa présence, un dernier espoir. Il élargit la plaie, pour prévenir l'éloufl’ement interne; et il rend au blessé la respiration et la voix, dont le malheureux Prince se servait, pour demander la grâce de l'homme, la grâce de la vie, pour l'homme qui m'a fiappé, disait-il.
Jamais, par le lieu, par les témoins, par l'horreur du S|)ectacle, par l’angoisse d'inquiétude et d’afniclion, scène plus tragique ne remplit de longues heures de nuit. A côté de la Princesse en pleurs, penchée sans cesse sur le lit sanglant, étaient le père et le frère de la victime, le I n
comte (l’Artois, le duc d’Aiigouhnne, la duchesse d’Angoulcme accoutumée, dès l'eiirancc, à de si grandes douleurs, et, quchiues pas plus loin, le duc de Bourbon seul, puis, le duc et la duchesse d'Orléans, toutes les pensées unies ou contraires, toutes les passions rivales, tous les embarras intérieurs de cette famille tant frappée par les coups du dehors, et ramenée de si loin sur le tn'mo. Derrière ce premier cercle, autour du mourant, s’approchait un autre rang de spectateurs silencieux et troublés, et, dans le nombre, immobile sur sa jambe de bois, pendant toute cette nuit, le Ministre de la guerre, le brave Latour-Maubourg, cet invalide des batailles de Leipsick, noblement mêlé à des braves de la Vendée.
Durant l'agonie, dans une des pièces voisines le moins envahie par la foule, l'assassin, amené dc^vant un Magistrat du Parquet, était interrogé sur son crime, dont il parlait avec un calme atroce. Par une première question à voi.v basse, le Ministre de l'intérieur s’était pressé de demander au coupable même si son arme était empoisonnée; et, le croira-t-on, à moins d’avoir vu en action les haines politiques'/ Ce mouvement rapide, dont les spectateurs n'avaieiit pas saisi le motif, ce peu de mots, dits à l’oreille et provoquant un non fortement prononcé, furent signalés par quelques-uns comme la marque d’une intelligence secrète, d'un concert entre le ministre et l'assassin. Cette folie couva jusqu'au lendemain, dans quelques âmes, puis éejata dans des libelles : et on sait que, pour la dissi|>er entièrement, il fallut la loyale véracité d'un advec.-airo politique, la parole du duc de Fitz-Jaines, déclarant qu’il avait lui-meme suggéré la ([uestinn faite à l’assassin.
L’aflliction de M. Dccazcs étriit d’ailleurs si profonde et si vraie, qu’elle avait paru toucher le cœur meme du
M. DE OlATEAUniUAND.
Prince le plus aliéné de lui, par des dissidences et des rcssenlinienls plus ou moins fondés. Le comte d’Artois, durant les courtes espérances, les crises et le deuil de cette nuit, adressa plusieurs fois au Ministre de l’intérieur des paroles de bienveillance et de douleur commune.
I.a dernière heure cependant approchait, au milieu d’efforts impuissants, la blessure ayant pénétré jusqu’au milieu du cœur, la: Prince mourait en homme de courage, en pénitent, et, il faut le dire, en chrétien vertueux. Il avait accueilli et béni, au pied de son lit de mort, deux jeunes filles nées en Angleterre d’une de ces liaisons de plaisir, qui avaient occupé son exil. Il demandait avec instance les sacrements de rKglise; et, comme on ne pouvait essayer pour lui la Communion, à travers les flots de sang qu’il vomissait, par fréquents accès, il .s’était résigné à ne recevoir que l’extrême-onction, après l’absolution des mourants.
A cinq heures du matin, le Roi, dont la sollicitude avait été, depuis minuit, entretenue par des messages successifs, qui n’étaient pas d’abord sans espérance, arriva péniblement près du lit funèbre. Un moment ranimé par cette présence, qu’il avait demandée, le duc de Berry pressa de ses lèvres la main du Hui qui, saisissant aussi une de.s mains du mourant, lui rendit le même signe de tendresse, pendant qu’il murmurait encore ces mots : « Grâce pour la vie de l’homme, » mêlés, tant de fois, aux gémissements et aux cris à demi étouffés de son agonie.
Le Roi, pour calmer cette agitation si touchante, fut obligé de dire : « Bien, mon fils; nous nous occuperons « de cela; mais, songeons d’abord à vous. » Et, les yeux attachés sur M. Dupuytren, il lui adressa quelques mots
latins, auxquels il fut répuiulu par un signe de découragement absolu. La mort en effet, dont rien ne pouvait plus retarder l’atteinte, commençait à glacer les membres roidis du Prince, au milieu de ses élans de prières et d'adieux aux siens, et, tandis que, pressant un crucilix sur sa poitrine baletanlc d'angoisses, il se soumettait avec une ardeur de foi qui, à ce moment, élevait son àine au niveau des plus saintes. Vers six heures du malin, il expira; et alors, entre les sanglots déchirants de sa famille, le Ilui, profondément ému, mais calme dans sa douleur, s'inclina sur le corj)S inanimé, lui ferma les paupières, le baisa au front, et quitta lentement la chambre mortuaire, s’en retournant à ce palais de passage et de malheur, d'où Louis XVI était sorti, pour aller au Temple, dans la captivité, attendre l’échafaud. Puis, quelques prêtres à genoux et un chirurgien du palais étant laissés près du corps, tout le cortège de cette nuit de douleur se dispersa, aux premières lueurs du jour: avec combien de tristes pensées, de conjectures et de regrets, que les passions, les intérêts aux prises allaient empoisonner de leurs fureurs I
Il n'y avait pas seulement l’horreur d’un grand crime commis, l’efl'roi d’autres crimes peut-être imminents et partout un trouble d'indignation et de douleur publiques ; il y avait aussi, .selon la loi trop commune de l’iiumanilé, les calculs de l’ambition, le sang-froid de l'égoïsme, emiircssés à se saisir d’un malheur inallendu, comme d’une arme nouvelle, comme d’un hasard soudain de vengeance, eide succès. Je ne puis oublier celle lugubre matinée du 1 i février 1820, le bruit sinistre qui m’en vint, avec le réveil, mon triste empressement à voir le Ministre, dont j’étais, dans un poste as.scz considérable, un des moindres
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auxiliaires. Huit heures du mutin venaient de sonner aux Tuileries, lorsque, sur le quai Voltaire, j’entrai à riiôtel du ministère, et, qu’à travers le morne .silence de quelques hommes de service, je fus introduit dans un cabinet retiré, où M. Decazes, après une nuit d’insomnie active et d'angoisse, tâchait de diminuer par un bain son extrême fatigue et sa fièvre. Je fus frappe du bouleversement de scs traits pâles et mouillés de larmes, de l’altération de sa voix entrecoupée.
Déjà, depuis quelques jours, sons l’irritante agitation des afiàires, il était pris de la poitrine; mais le mal, aujourd'hui. semblait fort aggravé, a Eh bien, me dit-il « à la première vue, que dites-vous de cette horreur? « — Que vous allez être atlaiiué avec furie, et que vous a avez besoin d’une grande force. Vous paraissez bien « souffrant. — Ah! me dit-il, n’importe ; j’ai à veil- « 1er sur la vie du Roi. Ce crime affreux n’est peut- « être qu'un commencement. Quel coup épouvantable « pour le lloil Je ne crois pas à une venle d’assassins « soldes; mais tout est possible. Il faut parer à tout et « prendre toute la responsabilité de la défense, dussé'-je « mourir à la peine. J’attends ici M. Pasquier, qui sera « de cet avis, j’en suis sûr. En présentant sans retard la « nouvelle loi d’élection, telle que nous l’avons conçue, « j’ai besoin d’armes de défense pour le Roi, pour la so- « ciété; et j’y mettrai ma tête, s’il le faut. »
Ces paroles, adressées au jeune homme qui travaillait à l'expose des motifs do l’interminable loi électorale, n’étaient ni une consultation, ni une coiiGdence. Le Ministre, dévoré d’inquiétudes, harassé, malade, mais ferme dans ce qu’il jugeait son devoir d’honneur, s’en rendait compte à lui-même, devant un témoin dont, avec raison, il tenait
U TRIBUNt MOUERKK.
la foi pour assurée. L'accent même de ses paroles, l'efforl qu’elles lui coûtaient, ses fréquentes interruptions exprimaient, plus que les paroles memes, toute sa souffrance de corps et d'esprit.
A ce moment, un chef du service de sûreté, un général ami du Ministre arrivent près de lui, et donnent quelques détails sur l’état tran(|uillc de Paris dans la nuit, et l'aspect lugubre du matin. Un magistrat pénètre aussi près du ministre et rapporte diverses réponses de l’assassin. D'autres faits ont été recueillis sur l’excitation violente des esprits, sur des menaces proférées dans la Garde royale, et sur les précautions que devait prendre M. De cazes pour lui-même. « Bien, bien, dit-il avec lierté : « qu’on veille autour du Roi ! qu’on serre la baie sur son « passage, et qu’on me tue après, si cela paraît plus ino- « narcbiquel »
Nous nous relirons, quelques moments, dans le salon voisin, pendant ipic M. Decazes s’habille à la hâte. Deux personnes survenues retournent à la Préfecture et à l’étatmajor, et, quelques moments après, arrive le Ministre des affaires étrangères, M. le baron Pasquier, dont les premiers mots furent, Je m’en souviens : « .''iinéon pense « comme moi sur la nécessité de porter aux Chambres « deux projets de loi, pour suspendre provisoirement la « liberté individuelle et la liberté des journaux. Cela est M dû à la sûreté du Roi. Autrement, ce que peut tenter la a passion révolutionnaire est incalculable. Quel malheur « que de Serre soit absent et malade encore ! Mais, il sera «.revenu pour le débat de la loi électorale, qui est laqnes- « lion d'avenir; et, d’ici là, nous ferons face. » Puis, avec cette netteté précise qui, dans la politique, comme à la guerre, est le privilège de certains esprits, devant la crise
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même du danger cl sous l'impression des plus vives douleurs, il indique rapidement les chances cl les moyens de succès du conseil qu’il donne.
Dienlùl d’autres hommes considérables arrivent; et leurs opinions s’accordent, tous insistant sur des mesures rigoureuses à proposer aux Chambres, pour les satisfaire, ou les prévenir. Chacune d’elles, en effet, va tenir séance aujourd’hui meme; cl Tordre du jour sera l’effroyable assassinat du Prince et le péril de la monarchie. L’initiative que n’aurait osé prendre le Gouvernement, d’autres vont la saisir; et l'inaction des ministres serait leur plus grande faute.
Attentif à celte opinion qu’il partage, M. Dccazes n’en persiste pas moins dans la pensée de ne pas séparer les lois d'exception temporaires de la présentation d’un projet de loi électorale. Tandis qu’on réunit les éléments déjà lixes de ce dernier travail, il se rend, avec un douloureux courage, aux Tuileries, où doit se tenir dans la journée un conseil de cabinet, dont la résolution est d’avance assurée.
Mais, avant même ce conseil, un symptôme bizarre de la vidlence aveugle, ou calculée des partis se produisait à la Chambre des députés. FTassembléc était nombreuse et immobile. A peine la lecture insigiiiliante du procès-verbal de la veille était-elle achevée, qu'un membre de la droite, magistrat de la cour suprême, et, disait-on, homme pieux cl grave, s’élance à la tribune et, prenant la parole, déclare qu'aucune loi n’ayant encore fixé le mode d’accusation des ministres, toute question de cet ordre doit être portée devant la Chambre des députés, en séance publique, à la l’ace du pays. « Kn conséiiuence, dit-il, j’ai l’iionneur de « proposer à la Chambre de porter une accusation contre
i.\ TnmrsE moder>e.
(I M. Deca/.fs, niinislro ilc rinlt'ricur, comme complice H lie l'assassinat de monseifîneur le duc de llerry; et je « demande à développer ma proposition. »
Cette folle impudence de la haine n’cxcita dans la Chambre i|u’un loii}' mnrmiire et ne trouva personne immédiatement, pour la soutenir. L’orateur descendit de la trihune, en halhulianl les mots de complicité morale, ce qn’il expliqua, plus tard, dans un long factum qui, dénué de tout bon sens et de toute logique, tendait à établir (|nc l'esprit des lois, auxquelles le ministre avait concouru, et ses ménagements pour les hommes de la Révolution, avaient dû exciter les passions cl conduire le bras de l’assassin.
Mais, avant que le dénonciateur eût construit ce bizarre sophisme, sa proposition, dans l’absurdité de la rédaction première, ne pouvait être .sérieusement discutée. Kt, c’est en ce sens que M. de Villèle, non pas plus scrupuleux, mais pins avisé, prenant à part l'accusatenr, à sa dc.''Cente de la tribune, lui disait : « Qui « donc avez-vous consulté’.' Votre accusation n’csl pas « bien rédigée : il fallait accuser vaguement M. Decazes « d’attentat à la sûreté de l’Étal et de haute trahison. » Toutefois les chefs de parti, et nous ne voudrions pas y comprendre M. de Chateanhriand, qui connurent d’avance et qui tolérèrent celle incartade calomnieuse de M. Clausel, ne se trompaient pas sur la portée dangereuse des armes déloyales, durant la (iévre politique. Vainement rallaquo, méprisée d'abord cl repoussée, au milieu d’un bruit confus, fut-elle, le lendemain, démentie par ces mots, dits en face à racensatenr : « Vous êtes un calomniateur! » malgré le mensonge notoire de la première formule et la misérable subtilité de la di ini-rélraclation qui suivit, il y