‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 37 sur 76 · SG · texte numérisé non relu

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res, (le nouveaux atteiitaU possibles, de lois d’exception à proposer. M. de Fonlanes conseillait, comme beaucoup d'autres alors, le rélablissemcnt provisoire d'une censure sur les journaux, mais avec la j'aranlie, disait-il, d'un comité de députés et de pairs, devant lequel on pourrait en appeler des suppressions prescrites cl provisoirement exécutées. M. de Fontancs était revenu des Tuileries profondément ému des douleurs royales, et frappé de la persévérante du Itoi à défendre la politiqne qu'il avait suivie et riiommc qui en était le piincipal soutien : Je ne le crois }m perdu, me dit-il le soir; mais, gare à vous autres : Chateaubriand est un terrible homme ; il aurait fallu faire la paix avec lui. Mais, voilà comme sont les ministres, tnéme parlementaires : ils ménagent Bédoch , et ils blessent un homme de génie implacable.

Le soir même, le 14 février, la Gliambre des députés présentait au Itoi une adresse de respectueuse douleur, sans violence politique et dont le langage, unanimement volé, avait été comme inspiré par quelques nobles paroles du général Foy, qui commençait alors sa brillante carrière d’orateur polilii|ue. Un hommage semblable exprimait les sentiments de la Pairie, en invoquant avec ardeur ces lois répressives, que l'inquiétude politique croit toujours nécessaires et le Pouvoir toujours utiles.

Le lendemain, le Ministre de l intérieur ai)porlait à celte tribune, où il avait été la veille si follement calomnié, le projet d'une nouvelle loi électorale, en même temps que les deux lois de suspension de la liberté de la presse cl de la liberté des journaux étaient portées, par M. Pasipiier, à la Chambre des pairs. Une courte allocution sur le projet présenté remplaça, dans la bouche de M. Decazes, le long exposé de motifs ([u'il n’aurait |)as en la

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force de prononcer, ni la Chambre des députés la patience d'entendre. Nul incident ne suivit cette communication, nulle attaque ne fut renouvelée. Le combat était ailleurs, au Château, dans quelques salons politiques et dans la presse.

Le jour même, le ministre tant accusé s'était présenté chez le Prince, père du malheureux dut de Berry. Cette marque de respect douloureux n'était pas seulement pour lui un devoir de bienséance. Averti de nouveau que des menaces étaient proférées contre sa vie, et que parmi les Gardes de Momieiir on parlait de faire un mauvais parti au Ministre dénoncé par M. Clauscl deCoussergue,]U. Dccazcs avait dû courir au-devant de ce danger prétendu, et le faire tomber par sa présence. Il avait traversé, comme à l’ordinaire, les pièces d'attente du pavillon Marsan et trouvé dans le Prince un accueil bienveillant, dont la tristesse même annonçait la sincérité. Mais, dans les luttes de partis, le calcul se mêle bientôt à tout, meme à la douleur la plus vraie. On vint réveiller la défiance du Prince, exciter son aversion ; on lui signala son malheur même, comme la seule occasion de briser enlin cette influence odieuse, qu'il avait toujours combattue; on le pressa par la conscience et par la passion; et on prévalut, sans beaucoup d’efforts. .Au moment même, où les lois nouvelles venaient d’être présentées, le comte d’Artois avec la duchesse d’Angnuléme, en grand deuil, entrant chez le Roi, le supplia de lui permettre de quitter aussitôt les Tuileries, si .Al. Dccazes devait encore y venir comme ministre. « Je ne puis, disait-il, rencontrer l’homme accusé, comme il l'a été par M. Glausel de Coussergue. » Et cependant, cette accusation était, aux yeux de tous, un délire de la haine. Mais la douleur profoiide de madame d'Angoulème agenouillée, scs prières, et, comme le dit un jour Louis XVlll,

celle nuijeslé du malheur qui élail en elle, ébraiilèroiil le Roi. Après une première réponse impatiente, après un éclat (le voix et de colère contre ta prétention <|u'on avait de forcer sa volonté, il parut s’attendrir cl dit à Madame, qui pleurait : « Vous le voulez, ma fille! eh bien, nous verrons. El, dès lors, il avait C(‘dé.

La nouvelle en courut aussitrM par tous les degrés du parti, que l’espérance et l’amljilion tenaient en éveil. On sut que le Roi, après celte entrevue de famille, le jour même, recevant son ministre, l'avait chargé d’offies et d'instances à communiquer au duc de Richelieu. Le sacrilice élail fait dans le cœur de Louis XVIll : il voulait encore marquer sa hienveillance à l'ami, dont il se séparait, et tenir à distance le plus qu’il pourrait les ennemis de ce ministre. Rien de moins moral, en efTel, et de plus oITensant pour le Roi que cette tactique si acharnée à profiler du malheur qu'elle affectait de déplorer.'

M. de Chateaubriand, avec des personnages politiques réputés sévères et religieux, pressait cet insidieux assaut, (ionlre un homme honnête et droit, contre un ministre habilement dévoué, dont la modération courageuse avait tant concouru, dès le commencement, à sauver la Restauration de son plus grand [)éril, de la tentation fatale, qui la perdit, en 18ÔH, il écrivait celte phrase, qu’il a depuis n'iraclée, en reiïaçant de ses œuvres ; « Les pieds lui ont glis.sé dans le sang; et il est tombé. » Puis, il S('niblait, à la façon d’un chef de partisans, animer de ses éloges d’obscurs libeilislcs, qui couraient à la trace de ce sang, comme des chiens dételés sur la proie. Un des prétextes de cette violence, c’était la présentation meme de ces lois temporaires demandées par l'opinion royaliste, et dont le Ministre acceptait la charge, sans en avoir le secours. Mais

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nul tloulc que, ilaiis la disposition des esprits, si ces lois n'eussent été proposées au nom de la Couronne, le même parti n'cùt accusé de trahison Oagrante la réserve constitutionnelle du ministre, et signalé son serupule comme un crime. Mieux eût va|u, cependant, ne pas abandonner le but poursuivi, avec tant d'efforts, cl ne pas ébranler le droit du pays, même devant un malheur public et la vague épouvante des suites d’un grand crime. La mobilité des luis en France a été l’obstacle à rétablissement de la liberté régulière. Altérée d'abord par des exceptions à temps, elle a péri sous des exceptions permanentes; et cependant, cet arbitraire transitoire, qui se discute, et dont il faut répondre, sous bref<lélai, est, par lui-même, bien différent de l’arbitraire durable cl sans contrôle iml)osé par la force et conlirmé par le silence. Mais la France semblait alors, aux yeux de toutes les opinions, à l’abri pour jamais de celle compression entière, que l’Empire lui-même, après tant de victoires, n’avait |iu maintenir. Par là s’excuse, en partie, ce qucla douleur et l’inquiétude publique faisaient admettre à tort, comme une précaution passagère.

Un autre péril, cependant, pouvait menacer la France: c'était la domination du parti, dont elle avait soufrcrl en 181.'), et qu’elle accu.sait d'un zèle amer et bigot. Rien dans lcs,succes.seurs immédiats de M. Deenzes, en partie scs anciens collègues, ne favorisait cet esprit. Mais de nouveaux alliés, ceux que Louis XVIII lui-même nommait les u/tru, n’avaient pas une autre pensée, ni souvent même un autre langage. Le duc de Ricbebcif et son Ministère ne pouvaient obtenir leur appui (|ue sous la condition de leur frayer la roule, eide leur rendre ce que leur avait ôté l'ordonnance du 5 septembre 1810. A dire vrai même.

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