‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 4 sur 76 · I..\ TRIBINE MODKB.NE · texte numérisé non relu

I..\ TRIBINE MODKB.NE

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yeux de madame de Sévigné, dans le dix-seplième siècle, élail arriérée pour l’esprit nouveau du dix-huitième. Cet état de mœurs ne se marquait pas seulement par la durée de certains usages, mais par la rudesse générale de la vie. El ce n’est pas une rencontre sans intérêt (juc de retrouver le nom de Chateaubriand, pour la première fois, au dix-huitième siècle, dans le livre, très-célèbre alors, d’un éex)nomisle et d’un agronome anglais, à l’occasion du jugement que ce voyageur porte, en passant, sur la saleté des rues de Combourg, le mauvais site de celle pauvre bourgade, et la fantaisie d’un sieur de <]haleaubriand, qui a perché sa résidence sur un rocher, au-dessus de cet amas do misérables demeures couron- 4iaiit un lac sauvage.

François -.Auguste de Chateaubriand fut le dixième enfant de ce noble père, de ce gentilhomme de vieille race, un moment déchu jusqu’à n'étre qu’un simple armateur, mais redevenu seigneur châtelain parle courageux exercice de son industrie maritime. C’était à trentecinq ans que, rapportant des Antilles une modique fortune refaite par le travail et l’économie, le comte René de Chateaubriand s’était allié à une famille noble, comme la sienne, en épousant Apolline S’u/.anne de Bédée, qui comptait, parmi ses parents, un chef d’cscadre distingué. Ce mariage avait été, comme on le voit, très-fécond, sans être heureux. Les quatre premiers enfants, qui en naquirent, moururent presque an berceau. Le cinquième enfant survécut et fut l’ainé de M. de Chateaubriand, que précédaient encore quatre sœurs.

La part dominante que, suivant Buffon, la mère a souvent eue dans le caractère et le génie de son fds, ne paraît pas douteuse ici. Lejeune François -Auguste de Cbalean-

M. DE CIIATEAUBHIAND.

briand, sans peindre avec trop de complaisance la physionomie de sa mère, et en y mêlant meme qiiel<|ues expressions qui font peine, nous la représente pleine d'esprit et d’imagination, vive et gaie par nature, triste seulement par ennui du ménage, aimant le monde, l’agitation, la politique, d'un goût cultivé d'ailleurs par les meilleures lectures dés la jeunesse, la mémoire et l’esprit remplis de Fénelon, de Racine, et aussi de quelques romans de mademoiselle de SLuderi, encore à la mode en Bretagne; bizarre eniin, mais charmante.

I^e caractère, qu’il décrit dans son père, est plus sombre et avait dû troubler et ternir le brillant naturel de sa mère. Il le montre, insociable et dur, la terreur de scs domestiques, le tyran de sa famille, d'un silence glacial, ou d’une violence qui effrayait jusqu’à ses cnl'ants. Ace portrait M. de Chateaubriand ajoute, il est vrai, comme par rcQexion, que son père était certainement un homme de génie, et qu’à la tête d’une grande administration, ou d’une armée, il aurait montré des talents extraordinaires. Mais rien, dans la hauteur oisive et fantasque, dans la rude vieillesse d'un petit châtelain de Bretagne, ancien armateur, ne confirme cette induction, qu’a pu rêver l’orgueil, aussi bien que la tendresse du fils. .Seulement, il est à croire que cette nature âpre et solitaire, cette humeur chagrine ne durent pas peu contribuer aux instincts de tristesse et de fierté du jeune enfant. Celte éducation à la fois impérieuse et négligente, cette c.<pècc de terreur, sans surveillance, entrèrent certainement pour quelque chose dans le tour d’esprit de cet enfant, dans ces vagues inquiétudes et cet ennui violent et mélancolique, dont il a fait une passion si vivement sentie et dépeinte, qui, disait-il lui-même, avait été comme le fond de sa vie.

I,.\ TIIIUI .NK MiiDKItM-:.

Dorilicr verni dans celte famille, qui occupail à Sainl- Malo, rue des Juifs, une maison changée, longtemps après, en liàlelleric et aujourd'hui délruile, François-Auguste de Chateauhriand, né presque mourant, resla trois années en nuniTicc, dans un village voisin, et fut voué au hianc et an hieu pir une offrande à Notre-Dame de Nazareth. Ramené enlin à .Saint-Malo, il dut les soins de sa première enfance à une bonne, dont il s'est souvenu, comme s est [ souvenu de sa mie Jacipieline Jean-Jacques Rousseau qui, lui, n'avait pas sa mère. De la maison paternelle, aliénante au rivage, l'enfance du petit Chateauhriand se passa sur la place et sur la grève de Saint-Malo, en jeux un peu rudes, avec les polissons de la ville; et je ne sais si ce n’est point par un souvenir de ce caractère mutin et querelleur de scs premières années, (pic, dans un de ses derniei’s onvr.ages, l’illustre écrivain a donné, sans prétexte aucun, les mêmes traits de turbulente malice à l'enfance d'un grand homme et d'un saint, de Grégoire VII'.

Quoi qu’on veuille conjecturer de celte première époque de la vie, si souvent insigiiinanlc ou trompeuse pour l’avenir, le jeune Chateaubriand, dès qu’il avait eu sept ans accomplis, avait été soleunellemenl relevé de son vieil à la chapelle de Saint-Aaron, protecteur des marins de Saint-Malo; puis, il avait continué de courir sur les rochers et les galets de la plage, de s’ébattre contre la marée montante, et de guerroyer, dans les rues, avec les petits garçons des gentilsbommes et du peuple.

Vers huit ou neuf ans, on songea cependant à scs études et à son entrée au collège de Dol, pour qu'il apprit les

* Kn Ilaîic, un mauvais pclil "arçon île chélivc mine devint d’.ilH)r.l moine de Cliiny, ensuite cardinal cl enfin pape, sous le nom de Cre- * poire Vil. [Oise, hiftor., p. , l. V.)

M. DK CIIATEAI nniAMI

innlia'in.iliqueâ, selon l'ordre de son père, cl lu laliii, comme le souliaitait secrètcmeiil sa mère.

C'esl alors, danslesprcmiersjoiirs du printemps de 1777, avant son entrée au eollêoe, *pi'il fut conduit d'abord à la terre de Combourg, ce domaine raelielé par son |>ère, et dont lui-même a gardé une si vive et si poétique impression, dans quelques-unes des pages qui commencèrent sa gloire. Dieu des années après, il a peint encore ce printemps de la llretagne sauvage et fleurie, avec une grâce, qu'on ne peut ni oublier, ni contrefaire. >’ul doute que dés lors, aux instincts énergiques de naissance, à la liberté cl à la rudesse des premiers ans, aux émotions sévères et tendres de la famille, aux sombres sourcils du père, aux éclairs de tendresse de la mère, aux sourires de la plus jeune sœur, ne vinssent se mêler, chex cet enfant, les vives images de la nature, le frémissement des bois, après celui des flots, et l'horizon désert et diapré de mille couleurs de ces landes bretonnes préludant aux savanes de r.Amériquc.

Tandis (|uc, sous ces impressions diverses, de petits trésors cachés, gouttes d’eau du génie futur, s’amassaient dans la pensée du jeune garçon encore inculte, le supérieur de Dol venait chercher son nouvel écolier, et l'emmenait à son collège, sur la route de Combourg à Saint- Malo. Arrivé là, le jeune élève, suivant une méthode qui n’est pas une découverte de notre époque, commença un cours élémentaire de malhématiipies, et reçut, en même temps, des leçons de latin : il se plaisait, dit-il, à ces deux études, cl même au rudiment, plus docile en cela que saint Augustin, qui se confesse de la répugnance cl du dégoût, que lui donnaient les conjugaisons de la langue grecque. « Mon aptitude au travail, dit M. de Chateaubriand,

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