‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 40 sur 76 · CHAPITRE XIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIll

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TEACBRIANO r'eST POIKT APPIiU, MAIS QCl LU DOMRE l’aMKASSADS DE LOüORCS.

ASfECIMiOCVEAD DE LA POLtTIQVC FRANÇAISE. SITCAT105 DE M. DE

ClIArEACBRlA^D A LONDRES. RAPPORTS ET DIFFéRESCES EÜTRE M. CANMVG ET

LU. — GRAVITÉ DE LA QrKSTIOW d’eSPACXR. CIRCORSPECTIOX DE M. DE VIL* LÉIE. — ARDEIR et FIRESSE DE M. DE CIlATEAtlDniARD. ~ SOR BRVOt AC CONGRÈS DE VÉllORE. — DIFTICCLTÉS ET CHARGEMERT5 DE RÔLE. SON RE- TOCR A PARIS ; SA TENDANCE A L'INTERVEKTIOR HILITAIBC ER ESPACRE ; SON AVÈNEMENT AL’X AFFAIRES ÈTRARGÈDES, SODS LA PRÈSIDERCB DE M. DE TILLLLE, QOI RE YOl'LAlT PAS CETTE IRTCRVERTION.

Les fêtes pour le baptême du duc de Bordeaux ne furent, en effet, qu’une trêve de Dieu fort courte accordée au ministère du duc de Richelieu. Les deux membres du côté droit do la Chambre, MM. de Villèle et de Corbière, qu'il avait admis dans le Gouvernement comme une garnison étrangère, pour le soutenir et le surveiller, étaient mécontents et voulaient davantage, pour leurs amis d'abord, et puis pour eux-méraes. M. de Villèle, homme d'affaires laborieux et sagace, se trouvait mal partagé de n’avoir pas d'affaires, et d'assister au Conseil, sans portefeuille. M. de Corbière, placé, avec le titre de ministre, à la tète de l'Université, qu’il n'aimait pas, s’ennuyait de n'avoir à nommer, ou à destituer, après enquête et débat.

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LA TRIBI NE MODEBNE.

(|uc (les professeurs et des administrateurs de colleges. «La guerre, les finances, la justice, la police du « royaume, les affaires (ilrangères, c’est là le grand point, « disait-on ; c’est le Gouvernement même ; et c’est ce « qu’on interdit aux royalistes, pour en garder le niono- « pôle dans les mains des hommes venus de l’Empire, ou « partisans de rordonnance du T) septembre. »

M. de Chateaubriand, à son arrivée de Berlin, approuvait fort, on iwiit le croire, cette impatience de ses amis politiques; et il la jugeait parfaitement d’accord avec la logique constitutionnelle, qu'il avait établie dans sa Monarchie selon la Charte. Nos principes nous paraissent surtout irrésistibles, quand ils ne font ipi’un avec nos passions. On était revenu d’une tendance démocratique réputée dangereuse à des opinions, plus conformes à l’intérêt du Trône; on avait résiste au parti révolutionnaire, et même à l'esprit libéral; on avait fortifié la Monarchie par des lois nouvelles. Il fallait, pour être conséquent, l’entourer d’hommes monarchiques, et gouverner, non pas seulement, d’après leur système, mais par leurs mains. .Ainsi raisonnait M. de Chateaubriand, nu nom de tous les niinislres Tories qu’avait eus l’Angleterre, et, sans examiner si bien des difl’ércnces d’origine et de but ne se rencontraient pas, entre les hommes réunis sous le drapeau blanc de 181T), et si lui-même, avec scs princi|}es de droit constitutionnel et de liberté, n’était pas fort éloigné de bien des hommes prétendus monarchiques. Alors, comme souvent, bien des voix animées d’intentions différentes, répétant les mêmes paroles, semblaient unies et imposaient, par leur concert, comme par leur nombre.

Sous cette impression, .AIM. de Villèle et de Corbière, après quelques cfl’orts pour dominer dans le Cabinet, où

M. DE ClIATEALBniAND. 279

ils étaient admis, avaient déclaré que, ne pouvant faire le bien, autant que le souhaitaient leurs amis du dehors, iis SC retiraient du Ministère. Cette séparation à l’amiable, mais en esprit d'hostilité, d’abord suspendue, pendant quelques semaines, se lit à la tin de la session, dans l’attente du choix de députés, qu’allait amener le renouvellement annuel d’un cinquième de la Chambre. M. de Chateaubriand, que le ministère pressait déjà de retourner à Berlin, répondit par sa démission, et suivit la sortie des deux Ministres, dont il avait, six mois auparavant, facilite l’avénement passager.

Peu de semaines après ces sacrifices calculés, qui retiraient à l’administration du duc de Richelieu l’alliance du coté droit, une nouvelle session s’ouvrit, avec quelques voix de plus en faveur de l’opinion ascendante alors ; et le ministère, attaqué tout ensemble parla petite minorité libérale de la Chambre cl par la presque majorité, que formait à lui seul le parti nommé monarchique, tomba devant celle union plus apparente que réelle. Une phrase équivoque, adoptée de concert par des opinions différentes, amena ce dénoùment. Leduc de Richelieu, ayant du grand seigneur, non par l’humeur hautaine, mais la fierté délicate, se relira, quand il vit la majorité, n’importe comment, voter une adresse, où la conduite des affaires étrangères de France était indirectement blâmée. Rentré nu ministère à regret et par devoir, sur les instances du Prince, qui lui promettait l’appui de ses amis personnels dans la Chambre, il vil dans leur blâme insidieux encore plus un manque de foi qu'un obstacle, et quitta les affaires, en homme d’honneur blessé.

Avec lui se reliraient les hommes d’affaires et d’expérience, les esprits politiques employés sous l’Empire et

U TKIBUNE MODEllNE.

grandis sous la Reslauralion, M. Pasquicr, M. de Serre, M. Lainé, soutiens du premier ministre. La politique résumée par rordonnance du ïi septembre, cl les lois libérales de 1815), était vaincue, pour un temps du moins; et rien, même dans la volonté froissée du roi Louis XMII, n'arrêtait plus ravénement complet d’une opinion gouvernante, ce résultat dont JL de (Chateaubriand avait donné la théorie, et qu’il semblait avoir toujours en perspective. On y louchait aloi-s. Il était bien visible, en elïet, que la section nombreuse et compacte qui restait de l’ancien côté droit de la Chambre, lorsqu’elle aurait, par ses principaux membres, radminislralioii du pays, deviendrait bien vite une imposante majorité, par le concours de cette fraction plus docile et plus modérée, qui flotte dans toute Assemblée, jusqu’au moment de s’attacher à l’appui le plus durable.

M. de Chateaubriand, toutefois, n’était pas encore à temps de recueillir i>ar lui-même le fruit de celle doctrine, qu’il avait tant défendue. M5I. de Villèle cl de Corbière entrant au ministère, l’un chargé des linances, l’autre de l’intérieur, le portefeuille des affaires étrangères, qu’avait habilement tenu M. le baron Pasquicr de concert avec le ducdcRichelieii, était mainlenitnl disponible, avec ou sans la Présidence du Conseil : il fut donné au vicomte de Mon!morency, personnage respecté même de ceux ijui paiiagcaienl le moins scs opinions actuelles, ancien conslitiiunt, jadis passionné) pour les réformes jusqu’à l’imprudence, honorable disgracié de rUmpirc, ami sincère des i)crséculés de celle époque, et, maintenant, comme toujours, fidèle à la royauté, mais avec un mélange |)arliculier de vues religieuses et de mystique ferveur. Louis XVIII, sans attrait pour cette disposition d'esprit et de caractère. In

H. DË CHATËAL'UKUND.

préférait cependant, à l’éclat plus importun deM. de Cliatcaubriand. On peut le croire d’ailleurs, les alTeclions, comme la fierté du Roi, restaient blessées pour toujours de quelques-unes des attaques de l’ancien Conservateur.

11 ne fut donc question aloi’s, pour notre ambassadeur à Berlin, que d’une autre et plus grande ambassade. Les circonstances rendaient celte issue facile. Le promoteur connu de l’ordonnance du 5 septembre, le ministre tant accusé, pendant quatre ans de luttes, M.Decazcs, n’ayant plus, entre ses adversaires et lui, le nom du duc de Richelieu, devait naturellement quitter le grand poste diplomatique, où il aurait eu ces mêmes adversaires pour surveillants et pour juges. L’ambassade de Londres, devenue vacante, fut aussitôt donnée à M. de Chateaubriand, qui voyait enfin ses amis politiques installes au Pouvoir, la Monarchie amenée où il l’avait souhaitée, les Cours d’Europe bienveillantes, l’ordre, à tout prendre, affermi, et l’avenir ouvert à ce qu’on pourrait tenter de plus important et de plus hardi. Il partit, non sans regret de ce nouveau retard à son ambition, mais tout plein d’une espérance, que lui suggérait l’état compliqué de l’Europe, et qui devait bientôt se réaliser pour lui.

L’ambassade de Londres n’était pas alors, même pour un esprit moins actif que le nouvel amba.ssadeur, un poste de repos, ou de simple observation. Un grave problème, qui se liait à d’autres incidents de l’Europe, était là débattu; et, sous des iniluenccs très-souvent diverses, la même question allait plusieurs fois susciter les memes difficultés, heurter le même obstacle. Cette question était double : elle touchait, d’un côté, à la Sainte-Alliance, à l’ancienne Coalition de l’Europe contre la Révolution et l'Empire, à cette intimité toujours redoutable de plusieurs

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