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coii(;ii fl souliaitê un système d’èlcclioiis plus favorable à l’ordre, et par là même, à la vraie liberté. Mais, de ce vœu si sincère, |tlusieui-s fois trompé, s’accroissait d’autant plus sa défiance contre la politique du Royaltsme de 181ô, s’appuyant sur la Sainte-Alliance de I8'22. Soutien de la Monarchie constitutionnelle, voulant et es|)éranl encore la liberté par les lois, le duc de Rroglie n’était ni personnellement blessé, ni découragé de voir en Fronce le Pouvoir en d’autres mains que celles de scs amis et les siennes, tant qu’il restait, pour limiter ce Pouvoir, un droit public et des barrières légales. Mais, une guerre, pour supprimer ailleurs la liberté politique, lui semblait un grave danger, et un mauvais exemple pour la France.
C’est donc, à ce point de vue, que l’crateur ami de la liberté ramena ses arguments contre l’expédition d’Espagne, en les résumant avec une piquante énergie. La réponse dn Ministre était faible et dut le paraître davantage, après l’événement. A cette objection, que notre armée allait entrer en Espagne, pour livrera leur maître les Espagnols pieds et poings liés, il répondait : « .l’ai dit tout le contraire, j’ai souhaité aux Espagnols une liberté dans la mesure de leui-s mœurs et qui les mette également à l’abri de l’anarchie et du despotisme, etc. Nous ne faisons pas la guerre à des Institutions; mais nous prétendons nous défendre contre des Institutions qui nous font la guerre. »
A la bonne heure! seulement, ce qui importait ici, ce n’était pas le souhait du Ministre français, mais le résultat effectif de l’expéilition ; et ce résultat fut de replacer, sans précaution et sans sauvegarde, l’Espagne sous un despotisme bas et cruel, d’où elle ii’est .sortie que j)ar des secousses stériles, en sens divers. Là n’est
l..\ TftlBUNK MODERNE.
pas, sans doute, la condamnation absolue de l’entreprise, mais celle de la politique qui ne sut pas tirer parti du succès.
L’habile et sincère orateur, auquel répondait M. de Chateaubriand, avait touché, dans son discours, un autre point plus général que l'intérêt de la France dans les affaires intérieures de l’Espagne : il avait abordé cette question du droit de résistance, résolue deux lois, dans le dix-septième siècle, et que n’a pas supprimée le droit de la force, employé depuis, tant de fois. M. de Chateaubriand, qui lui-même l’a souvent invoqué, le niait alors en ministre et en homme pieux : « Il y a, disait-il, des mystères en politique, comme en religion. Prétendez-vous les expliquer'/ vous tombez dans les abîmes. Je crois être aussi indépendant d’esprit et de caractère que le noble duc; je crois aimer autant que lui les libertés publiques. Je hais les tyrans; je déteste l’oppression ; mais je soutiens que disputer la doctrine de la résistance, c’est s’exposer à bouleverser le monde; je soutiens qu’aucune société, même une société démocratique, ne peut exister avec ce principe. »
Oui; mais, si cette société démocratique est elle-même une tyrannie, est-ce un mal de réserver, contre elle aussi, un droit de résistance, une protestation de la justice contre rini([nilé? C'est ici, qu’au lien de parler de mystères et d'abîmes, l’homme d’Etat aurait pu reconnaître ces principes nécessaires à toute société, ces garanties essentielles, condition de l’obéissance, ces droits privés, dont la violation seule peut ébranler, et ébranle en cITet le droit public. Mais, ce langage convenait peu à la passion du moment; et. il s’agis.sait d’emporter, aux applaudissements d’un parti, une résolution qui, bien conduite, aurait pu sejustitier par l’intérêt national.
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M. UE CMATEAl'DRIAND.
La guerre allait décider du reste ; el, les premières dilficultés une fois surmontées, tout devait s'aplanir. Les principaux points de réunion militaire, les approvisionnements, les moyens de transport avaient été médiocrement combinés par le ministre de la guerre; mais les cliefs étaient bien choisis, les troupes excellentes; et la valeur française, reposée depuis quelques années, avait besoin d’entrer en campagne. Au milieu même des rangs français, un danger pouvait naître des défiances et des calomnieuses alarmes, que l'esprit de parti rendait aloi's si communes el si puissantes. Mais, cet écueil fut évité par le bon sens du Prince, que Louis XVIII avait nommé généralissime. Associé à la modération du Roi son oncle, bien plus qu’aux passions de son Père et de la Cour, d’un esprit médiocre, mais droit, disposé à la confiance, |)arre qu’il était brave, le duc d’Angoulême avait souhaité pour son Etat-major, el pour les principaux commandements, d’anciens militaires, quelle que fût leur opinion présumée. Ainsi avait été choisi, pour chef d’étal-major, le général Guilleminot, justement distingué sous l’Empire, cl réputé fort constitutionnel, depuis la Charte.
D’autres choix, dans le même esprit, ne furent pas moins heureux ; et M. de Chateaubriand, jadis trop Vendéen, dans le Consemateur , n’élail plus le même pour l’armée : il répétait souvent, que tout oflicier français serait fidèle, devant le feu. Bien des choses manquaient, cependant, au début, par la dilTiculté de tout grand mouvement de troupes et par l’imprévoyance du Ministre de la guerre, le maréchal Victor. D'autres embarras naissaient de l étal des esprits et de quelques intrigues subalternes, fomentées par la folle hardiesse, ou les artifices calomnieux des partis. Un incident misérable faillit tout brouiller, dès
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le commcncemenl. C elait im envoi de cocardes et d'insignes Irieolores, adressé de Paris an Quartier général, prés Bayonne, sous le couvert du chef d'escadron, de Loslende, premier aide de camp du chef d’élal-major le général Guilleminot.
Destiné bien moins à l'exécution (|u'au simulacre d'un complot, cet envoi, intercepté à temps et sur les lieu.x, amena d’abord beaucoup de doute et d’inquiétude, dans le Gouvernement lui-même. Le général Guilleminot fut, (|uelques jours, suspendu de ses fonctions, par un ordre émané du Conseil du Roi, à Paris; et le maréchal Victor partit pour aller, .à Bayonne, prendre le commandeineiit provisoire de l’armée. Toute cette complication, si mal venue à l’entrée d’une grave entreprise, se dénoua cependant, grâce au bon sens du Prince et à cet instinct de pouvoir qui forlilie un esprit honnête et jiidicieu.x. Le duc d’.^ngouléme, arrivé le 2ü mars à Toulouse, refusa d’admettre, dans le .Maréchal, une autorité directe et locale qui, placée près de la sienne, l'aurait annulée. 11 déclara, qu’il quitterait l’armée, si le général Guilleminot, choisi sur sa demande, n’était pas rétabli à la tète de l’Élal-major. 11 fallut céder à celle fennelé. M. de Chateaubriand, lui-même, en donna le conseil, malgré certaines complaisances de parti, qu’il avait pour le duc de Bellune. L’esprit un peu court de ce .Ministre ne prévalut pas sur une résistance intérieure, qu’il n’avait pas prévue. Son brusque voyage se borna, dès lors, à constater l'insulTisancc du service des vivres et à donner sa tardive sanction au supplément de re.ssources, que \'État-mujor du Prince avait cherché sur les lieux dans l'habileté, fort chèrement payée, du fournisseur Ouvra rd.
M. l)K CIIATKAUimiAM).
IJieiilol niôine, il revint à Paris, sans avoir rien empéclié, ni rien fait; et la cani|)agne s’ouvrit, dans un esprit de conliantc célérité, dont le duc d’Aiigouléme donnait fort à propos l'exemple. Se livr.ml avec nohlcsseà riionncur militaire d'ollicicrs, ([u’il ne connaissait meme pas, on vil ce Prince, peu de jo\irs après la saisie et la destruction du ballot de, cocardes tricolores, diriger en personne une reconnaissance militaire, sans autre chef de son escnrle <pje M. de bostende, l’aide de camp même compromis par la réception de cet envoi suspect.
Dès lors tout fut entrainé vite, et la Bid.issoa franchie sans obstacle. Une embuscade de réfugiés italiens et français venant, à notre passage, déployer les couleurs, <|u’on avait brûlées naguère au quartier général, se dispersa, sous quelques décharges d’artillerie commandées par un brave oHicier des armées ilc l’Empire, le général Valin. Quelques (jiiérillas, dites constitutionnelles, soutinrent mal ce premier combat; cl l'armée française, échelonnée en divers corps, s’avança, par plusieurs points de la frontière, dans ce pays plus troublé qu’ennemi. Le 1 1 avril, le duc d’Angoulènie occupait Tolosa; et, le 17, Vitloria, où il séjourna trois semaines, pour rallier ses forces cl préparer sa marche directe sur Madrid.
llien ne ressemblait moins à la première invasion de l’Espagne, et surtout à l’aspect que celte invasion avait offert, après le soulèvement et le massacre de 3ladrid. 3Iaintenant, les Corps d’expédition de l’armée fratiçaise ne rencontraient, ni forces militaires imposantes, ni villes défendues avec acharnement, ni surtout cette résistance éparse et invincible, cette guerre à mort de jour et de nuit, qui avait tant fatigué les généraux de l’Empire. Devant la nouvelle invasion, tout semblait ouvert et facile, tout
était changé, dans la défense, comme dans l'attaque. Au lieu d’une terre aride et pleine d'embûches, où. douze années auparavant, le soldat français, harcelé, surpris, assassiné plutôt que oomhattu, manquait de tout, entre scs ravages et ceux de l'ennemi, l'armée envahissante était, cette fuis, accueillie par le peuple des campagne.s et nourrie dans chaque village, qu'elle traversait.
S’avançant ainsi par Burgos, Lerma, Aranda de Doiiro, Somo-Sierra, à la tête d’un Corps principal .ippuyé à droite et à gauche, sur deux Divisions françaises, le duc d’Angoulême devait, en six semaines, arriver à Madrid, que les Cortès, sans autre appui que les conseils del’amiiassade anglaise, n’étaient pas en état de défendre contre lui. Quelque rapide que fût cette marche, sans bataille livrée, elle éprouva certains retards calculés sur des négociations secrètes suivies, a Madrid, près de quelques-uns des chefs militaires.
Ca Révolution espagnole del8'20 portait, en effet, la peine de sa mauvaise origine, à part les vices non moins grands du Pouvoir qu'elle avait renversé. Née d'une révolte de soldats mal payés, compromise bientôt par quelques excès anarchiques , mais n'entrainant pas à sa suite la masse du peuple, elle était comme une proie, que se disputaient les généraux de l’armée et les chefs des Clubs et de la milice : elle n’avait rien de cette unité patriotique et religieuse, qui avait fait la puissance des premières Cortès de Cadix contre Napoléon. Quoique le caractère bas et perfide du roi Ferdinand le rendit, en apparence, un instrument docile sous les [tistitutiom et sous les hommes, qu'il détestait le plus, visiblement sa dépendance, précaire comme la fortune, pouvait changer en un moment; et il suffisait que qneh|u'undcs chefs attachés aux Cortès vendit, ou désertât
leur cause, pour que leur pouvoir, adaibli dans l’opinion, ne trouvât plus d’asile et plus de défenseurs.
IjS diploinalic française avait entrevu ce moyen d’abréger l’e.xpédition; et notre Ministre des affaires étrangères le recommanda fort à M. de Villèle, en lui répétant combien la corruption la plus chèrement achetée était moins coûteuse que la guerre. La défection du chef militaire Abisbal en fut la preuve. Adroitement ménagée, un mois apres notre entrée en Espagne, cette défection réduisit promptement les Cortès à chercher leur refuge ailleurs que dans la Capitale, où ils dominaient, depuis trois ans, et à fuir loin de Madrid, traînant avec eux le roi, non comme un allié, mais comme un otage prêt à les trahir.
Ainsi, grâce à la disposition du peuple espagnol et à la marche bien onlonnée de nos troupes, le duc d’Angoulcme entrait le mai dans Madrid, au bruit des acclamations populaires; et il entendait partout, sur son pas.sage, retentir ces paroles : Vire la religion ! meure la nation ! Viva la religion! muera la nacion! Tant il est vrai que, pour la foule ignorante et fanatique, pour celte foule toujours prêle aux mêmes violences, dans des causes diverses, son propre pouvoir peut devenir à elle-même objet de malédiction et d’horreur 1 Le cri singulier : Meure la nation ! n’était autre chose que le contre coup dos folies du Club de la fontaine d'Oro, ou du journal qui s’élail intitulé le Robespierre espagnol.
Quoi qu’il en fût des causes de ce rapide succès, l'impression en était grande par toute l’Europe; et le Gouvernement français, pour qui ce premier emploi de l’armée, dans une guerre d’opinion, avait paru plein d’incertitudes et de périls, dut sentir une grande joie et respirer plus à l’aise.