‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 45 sur 76 · I.A TUIRl^MC MODERNE · texte numérisé non relu

I.A TUIRl^MC MODERNE

par les proscriptions, disait : « Je crois donc un decret « d’amnistie aussi utile aux intérêts de Votre Majesté qu’à « ceux de son royaume. » Puis, d’après l’intention, attribuée à Ferdinand, de chercher dans les anciennes Institutions de l’Espagne le moyen île contenter ses peuples et d'alTermir la couronne sur sa tête, il ajoutait : « 11 n’ap- (( partient à personne de donner sur ce point des con- « scils à Votre Majesté. C'est dans sa sagesse et dans la a plénitude de ses droits qu’il lui convient d’en délibérer; « mais, je puis lui dire qu’un arbitraire aveugle, loin O d’augmenter la pui.ssance des Rois, l’affaiblit ; que si a cette puissance n’a point de régies, que si elle ne recon- « naît aucune loi, bieiitét elle succombe sous ses propres « caprices ; l’adminislration se détruit, la confiance se re- « lire ; le crédit se perd; et les peuples, inquiets et lour- « menlés, se précipitent dans les révolutions, etc. » L'intention de celte lettre était bonne; mais des conseils si vagues et des vœux n’étaient pas tout ce qu’un Roi, dont l’armée occupait encore l’Espagne, avait à faire, pour tempérer les instincts cruels et la tyrannie violente d’un prince aussi vindicatif, dans le Pouvoir, que vil dans la défaite. Parler, en passant, des vieilles Cortès à ce monarque absolu, c’était no rien dire; conseiller à demi l’amnistie, c’était ne rien faire. En renonçant à l’idée d’exiger pour l’Espagne quelques-unes de ces garanties constitutionnelles, dont il avait d’abord fait grand bruit, M. de Chateaubriand prétendit qu’en cela l’homme d’Etat l’emportait, elle/ lui, sur l’homme à théories. C’était se mettre à l’aise, pour ne point agir, cl donner une excuse à son inaction. Il n’y avait nulle prévoyance d’homme d’Etat sur l’Espagne à remettre le Roi Ferdinand, avec des haines et des rancunes de plu^, dans les conditions de Despotisme, dont

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il avait tant abusé, et qu’il s’élail vu arracher une première fois. Il n’y avait nulle prévoyance d'homme d’Etat, au prolit de la Monarchie française, à la laisser sans influence sur les Bourbons d'Espagne, et à no garder pour elle que la responsabilité d'avoir, à ses frais, restauré la tyrannie d’autrui. Il était mal aisé sans doute de tempérer un tel Pouvoir. Mais, notre Diplomatie s’en découragea trop vite, lorsque nos troupes étaient encore maîtresses de tout, en Espagne.

Impuissant, ou timide à rien tenter dans ce sens, M. «le Chateaubriand se berçait encore de l’idée d’établir à l’amiable des infants espagnols sur les trônes du Me.vique et du Pérou; et déjà le roi Ferdinand, rentré dans sa Capitale, aux acclamations d’une partie du bas jieuple, avec les conseils d’une obscure eamarilla, renouvelait les plus mauvaises pratiques de son ancien règne. Le duc d'Angouléme blâmait, sans empêcher, et sentait pour lui-incmc, dans l’ingrate amertume du Roi d’Espagne, les inconvénients du Pouvoir sans limites qui lui était rendu.

Pendant ces premières et sourdes violences qui suivirent aussitôt la rentrée de Ferdinand VII, les félicitations royales et les insignes honoriliques arrivaient au Ministre des affaires étrangères de France, en réponse aux communications qu’il avait faites. Pas un mot, dans ces lettres, ne rappelait l’ancienne promesse d’institutions protectrices qui émaneraient du Roi. « Le règne du crime était passé; a l’Espagne affranchie ; la cause sacrée de l’autel et du a trône avait triomphé : » voilà les succès, dont était loué le Ministre, et pour lesquels, il lui était décerné l’ordre de Saint-André par le Czar, l'aigle noir par le roi de Prusse, et l’ordre de V Annonciade par le roi de Sardaigne. Peut-être même M. de Chateaubriand, même à

LA TmilUNE HODEIINE.

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liiro ])ulitique, eslima-l-il tni|i liaul ces iléiiionstralions, et fut-il trop blessé de ne pas voir rempemir d'Aiitrielie et son principal minislre y joindre un témoignage aussi marqué.

Ce qui eût forlifié le Ministre français, c’était d’agir en l•'spagne, d’y seconder la modération du Prince généralissime, de soutenir la polili(jue sensée de son étatmajor, et non d’accroître par d’insignifiants honneurs de Cour la jalousie déjà trop excitée de ses collègues. Ce grand cordon de Saint-André, envoyé directement par l’empereur de Russie au Ministre des affaires étrangères, devait blesser M. de Yitlèle, président du Conseil. Le roi. prenant parti pour lui, iléclara aussitôt que, pour mar- (|uer sa satisfaction de la guerre d’Cspagnc , il voulait créer M. de Villèle chefalier des ordres. M. de Cbateaubriand, irrité à son tour contre celte manière de rétablir la primauté, fit entendre qu’il se retirerait du ministère, s’il n’oblenait, on même temps, le même honneur que M. de Villèle. Il reçut donc le cordon hleit; et, en écrivant à notre audiassadeur en Rus.«ie, il put annoncer la lin de l’orage, que lui avait involontairement attiré la faveur du Ciar.

« J’ai été obligéde parler, » ilit-il dans sa leltie à.M. de la Ferronnays; « et on a bientôt reconnu qu’aller, sans « moi, était impossible. » Puis, il ajoute, comme s’il devait par là tout terminer : « Il n’y a plus qu’une chose à faire, « c’est que vous demandiez à l’empereur, en mon nom « et pour m’obliger, le cordon de Saint-André pour Vil- B lèle. Ne craignez pas ; je ne serai pas blessé ; et c’est « moi qui joue ici le beau rôle. Il faut être juste d’ailleurs : K Villèle, après le premier mouvement d’humeur, est re- « venu aux sentiments de l’intérêt commun et do l’amitié.

M. IlE CIIATKALimiANU.

« C’esl ni loiil lin liiiiiinic iriiii iiiérilc su|)érit*ur i el, <( comme ilêsorniiiis il faut bien qu’il m'abaiidunnc ciilièn muent la emuluile de la pülitiqne étrangère, nous ne « pouvons pins avoir de rivalité; et noire union est iiulisn pensable an repos de la France. »

.M. de Villèle reçut donc aussi le cordon de Saiiil-André, et n'onblia ni le retard, ni l'origine de cette faveur. Son miiilié pour M. de Chateaubriand, on peut le croire, n’en lut pas accrue. Plii.s allentif à (|uel<pies négligences de son (iollèguc que frappé de scs grands talents, il ircntendait nullement lui laisser toute la conduite de In |iolitique étrangère : et, il comprenait autrement que lui les prolits à recueillir du succès, disait-il. Certaines vivacités de langage qui échappaient à M. de Chateaubriand, certaines |dirase$sur la limite du Rhin étaient redites, pour impiiéter le. Roi. M. de Villèle, du reste, planti ur à l’île Roiirbon tians sa jeunesse, se piquait avec raison d'avoir un avis et une volonté, dans la grande affaire des Cidonies espagnoles. I..ni, que nous avons vu. pour un arrangement péenniaire modique et mal a.ssnrc. concéder la reconnaissance de la sanglante émancii)ation de Saint-Domingue, Icnail peu, vous lecrovez bien, à la Souveraineté légitime île la Couronne d'Espagne sur le Me.viqne ; il inclinait à linir promptement sur ce point, en bon accord avec r.tnglelerre, et de façon à ménager quelques avantages an eommeree français. Il riait un peu des Monarchies ItoiirboniennesetTrans-.Xtlantiipies projetées par son Collègue, cl disait un jour à riiahile directeur des douanes, .M. de Sainl-Cricq : « Regardez bien, mon cher direclcnr, à nos « expéditions et à nos retours, du coté de r.\mériquc iné- « ridionale. l'réparons pour cela des tarifs hien cnlendns. Il .Moi, vous le savez, je ne mi ls pas de poésie dans les

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« alTaires. Tout cobcaii pays de là-bas ne sera qu'im ninr- « cbé anglais, si Chateaubriand continue seulement, cn- « coreune année, sa correspondance tôle à tête avec Canu ning. »

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