‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 53 sur 76 · I.A TIIIÜUNK M0DI:R.NK · texte numérisé non relu

I.A TIIIÜUNK M0DI:R.NK

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rauteiiil, <l\)ù il avait régné. La translation delà Couronne, raccession d'un héritier, moins allaqué, niais non moins suspect au liays, sous le règne de son fière, que ne l’avait été le duc d'York, sous Chai les II, s’accomplissait avec autant du facililé que de calme. Grâce a l’abolilioii d'une des mesures, qu'auparavant il avait appuyées de son crédit de Prince, le nouveau Roi trouvait meme une occasion toute prête de faveur puhiiquc. Par don de joyeux avènement, il révoquait la Censure des feuilles pubrupii\s; et, ce premier acte, ([ue les esprits sages regarilaient comme une adoption et un affermissement dn Réeime constitutionnel voulu par la France, semhlait alors démentir les pronostics et les alaéines attachés longtemps an nom du comte d'.\rtois.

Dans les grands corps judiciaires, dans toutes les proiessions lihérales, dans l'administration, dans le peuple, cette mesure fut approuvée, ressentie avec joie et parut de favorable augure. Parmi les pompes oflicielles des premiers jours, Charles X, sur son trône, reçut de l'Académie française, au nom de rinstitut, l’éloge d'avoir marqué son avènement par le n tour de la plus vitale des libertés publiques.

Un si grand changement politique, inauguré sous d'heureux auspices, ne pouvait laisser muette la voix de M. de Chateaubriand mêlée, depuis tant d’années, aux latastrophes tragiques, aux luttes, aux longs deuils, aux triomphes inespérés de la fortune des Rourbons. .tulorisé de ses anciens souvenirs, de sa disgrâce récente, et des nouveaux alliés gagnés par celte disgrâce, il fit paraître, à l'appui du nouveau règne si bien accueilli, un écrit tout monarchique et tout libéral, sous ce titre ; Le Boi est mort ; vive le Roi!

M. DE ClUTKAtBRIANÜ.

Sans exagérer, comme l'auteur l’a fait dans scs Mémoires, riiilluence immédiate et le contre coup magique de cette Adresse au public français d’alors, on doit en reconnailre l’éloquent à-propos. Il faut meme le dire, l'amertume, bien âcre quelquefois, où le Ministre déchu avait trempé .scs premiers traits, ne reparaît sur aucune page de cet écrit noble, sensé, patriotique, vraiment digne de toucher et d'éclairer le Prince, dont il voulait servir la cause. Nulle impatience d’ambition ne perce même dans le langage du Conseiller fidèle; et, il y avait là l'occasion d'un rapprochement sincère, si les préventions de Cour et les intérêts d’amour-propre l’avaient permis.

Tout fut vain, cependant. I..a solennité du sacre royal, à Reims, où M. de Chateaubriand était appelé, d’après une ancienne étiquette, s’acheva, sans produire autre chose, pour l’ancien .Ministre, que l’honneur de s’agenouiller, (fuelqucs moments, après M. de Villèlc, aux pieds du nouveau Roi, et d’y recevoir le grand cordon du Saint-f’sprit. M. de Chateaubriand parait penser, dans scs Mémoires, qu’un retour de confiance royale était alors possible, et que Charles X attendait seulement une respectueuse avance, à laquelle il aurait répondu aussitôt. Un oubli seul de M. de Quélen rendit inutile cette intention, que le prélat s'était chargé d’annoncer. L’obstacle était plus grand, nous lu croyons; et le rapprochement ne manqua point par hasard. Les premiers actes populaires de Charles X ne faisaient point partie d’un plan bien conçu de retour à la Charte, et d’administration legale et modérée. Les regrets de l’ancien régime, le goût de certaines formes plus choquantes pour notre pays même que l’exercice du Pouvoir absolu, gardaient tout crédit sur l’esprit du Prince; et rapplication en paraissait plutôt .ijournce que

I\ TlUBU.NK MOItKR.Nt.

l•(■j(■têe. Le choix des hommes, ce sijiiic |ires(|iie toujours le plus expressif des iiileiilioiis d'un "oiivernemcnl, donnait de nouveaux sujets à la défiance publique ; et, dans cet ensemble, il ne s'olfrait à M. de Chateaubriand, sous son caractère dès lors plus marqué de constitutionnel royaliste, ni chance de crédit actuel, ni motif de paraître satisfait, en acceptant quelque riche faveur, ou (pielque ambassade honoriliqne. On doit toutefois le reconnaitre ; l'homme, qui venait de saluer avec enthousiasme rinauguralion de Charles X, sentit du moins (ju'une polémique suspecte d'ambition ne devait pas succéder à ce libre hommage. Il se tut et attendit, comme la France.

Ce fut alors que les consc(|uenccs politi(|ues, dont luimême ne s’était pas assez délié, <|uc M. de Villéle avait peu prévues, et qu’il éludait, sans les combattre, se dévelop|iéreut chaque jour, avec plus de gravité. M. de Villéle portait tout à fait la peine de n'avoir pas su garder une noble alliance et se servir du secours d'un grand talent. Il s'engageait, de plus en plus, dans une autre solidarité antipathique à son bon sens, mais dont il se sentait moins gène, croyant la satisfaire par des intérêts, plutôt que par des principes. C’est ainsi que l'Administrateur, froidement politiiine, qui naguère avait si peu de goût pour Vannée de la Foi en Espagne, qui voulait, d'ahord, la médiation anglaise, et songeait surtoul, au bon ordre des finances, au maintien du crédit, subit en partie le joug d'une imprudente et mystique coterie. SI. de Villéle était un de ces hommes d’alîaires, dont, an dix-septième siècle, on disait, f/ir'l/.v n'avaient pas le temps de penser un moment à Üieir, et il laissait proposer, deux ans de suite, une loi sur le Sacriléye; il

M. nu CfUTKAl'BKUMl.

la faisail reproduire surchargée d'un ameiidenunt rigoureux, (jiie son niinislère avait d’abord combattu; et, pour complaire à un zèle Taux on vrai, il acceptait une apparence d'ispril inquisiteur, In plus détestée, dans ce pays.

En mêii e temps cet homme, qui s'était donné devant la Cour et l'émUjration le mérite très-positif de vouloir et de saxuir résoudre la grande question de V indemnité, et qui avait gagné à cette mesure les spéculateurs et les gens d’aiïaires, comme il y conciliait les indifférents, c’està-dire le plus grand nombre, M. de Yillèlc se laissait induire à présenter aux Chambres un projet île loi sur le droit d'fiinesse, une de ces dispositions déplaisantes à l’es|)ril fraiigais, et qui choquent au plus haut degré ses deux instincts politiques, l'aversion de l’ancien régime et la passion pour l’égalité. Chose singulière encorel dans cette fausse démarche, dans cette attaque à l’opinion dominante du pays, c’était aux conseils du prince de l*olignac, que cédait l’esprit judicieux de M. de Villèle. Une correspondance authentique nous montre l’ambassadeur de France à Londres, dans les loisirs de ses négociations, pour entraver ce qui était déjà fait implicitement, la reconnaissance des colonies espagnoles, dissertant sur le Droit d'utnesse, sur les avantages qu’en retire l'Angleterre, et que devrait bien vite s’approprier la France, afin de consolider la Monarchie.

Le prince de Polignac prenait ici la partie pour le. tout. Il ni‘ songeait pas à tant de libertés précieuses, à tant de garanties populaires, que possède d’ailleurs le Roijaume- Uni, et qui contre-pesent, do tant de côtés, un privilège plus restreint (|u’on ne le dit. 11 désirait seulement doter la Fi ance de ce qu’il serait impossible de lui donner, même

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