‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 56 sur 76 · I.A TIIIUI.NK MOUEBNK · texte numérisé non relu

I.A TIIIUI.NK MOUEBNK

digne et iiièine plus profitable pour l’avenir. Dans cet intervalle une fraction religieusement zélée du parti royaliste, sur laquelle M. de Chateaubriand s’appuyait encore par habitude, tout en la froissant par ses vives allures, souhaita pour lui le ininistcre de rinstruclion publique, et le lui fit offrir par M. le duc de Ilivière, alors gouverneur du duc de Rordeaux, et un de ces boinmes pieux, (pie M. de Villèle n'avait pas gagnés. M. de Chateaubriand refusa, et, sans doute, ne dissimula pas à son ancien et loyal ami le motif de refus, <|u’il donna , quelques jours plus tard, à l'év(<que iril(‘rinopolis renouvelant la niûine olfre: a Je n'ai « nulle envie d’être ministre; mais, si le roi voulait abso- « lument me rappeler au conseil, je n’y rentrerais que « par le ministère des affaires étrangères, en réparation « de l’affront que j’ai reçu. » l‘uis, M. de Chateaubriand ajoutait (|uc :< ce portefeuille étant si bien placé dans les « mains de son noble ami, il n’y pouvait songer, a Dans la réalité, le roi, loin de vouloir absolument rappeler M. de Chateaubriand dans son conseil, le voulait le plus loin qu’il fut possible. .Autrement, la désignation de M. de la Ferronays, alors absent, eut été facilement modifiée; et ce loyal gentilhomme se fût retiré bien vite, sur le passage d’un ami, dont il sentait l’ascendant et désirait l'élévation. Mais, hormis le langage de révè<|ue d'Hermopolis, lionimc droit et sans ambition, toutes ces offres n’étaient (|u'une apparence, pour adoucir un peu celui qu’on écartait.

Seulement, le Roi consentit à nommer au ministère de la marine, ,M. ilydede Neuville, intime ami de M. de Cliateaiibriand et déisigné par lui. M. Roy fut le négociateur de cette satisfaction donnée â l’ancien ministre, et lui offrit en même temps, à Ini-mêine, an nom du roi, l’ambas-

M. DE CIIATKAliimUND.

silili' lie Rüiiio, iilüi's oocupcc; |);irM. lu duc du l.iivid, i|in |insscrail à Vienne.

M. de Chateaubriand accepta sans retard et avec joie. t]e mol de Rome, dit-il dans ses Mémoires, cul sur moi un etTel ma}<iipie : « J'éprouvai la tentation, h laquelle les Anachorètes étaienl exposés dans le désert. » Quelle tentation est ici dé.siiinée? Est-ce l'inertie contemplative, on la vision trop présente de certaines images du monde'.' Si c'est la première, alors on pouvait dire à M. de t^hateauhriand que, pour certains hommes, la vie active no saurait SC suspendre ainsi, à volonté, par une préférence de fantaisie rêveuse. 1,'auleur de la Muuarcliie selon la Charte n'était plus nii artiste, un penseur mélancolique. Il avait lutté pour le Pouvoir; il avait ébranle ce qu'il voulait affermir; son œuvre était maintenant de rester prés de la brèche, de surveiller les suites de la victoire et de les tourner au bien du pays, fiH-ce même en servant sa propre ambition, n Je me sentis, nous dit-il, saisi du désir de « tixer mes jours, de l'envie dedisparaitre, même parcalcnl « de renommée, dans la ville des funérailles, au moment « de mon triomphe politique. »

Ce sont là des jeu.x d'esprit. I.a vie publique a des devoirs plus graves et des prévoyances plus laborieuses. .M. de Chateaubriand, par la liberté même et le succès de ses attaques, avait contracté une dette plus étroite envers la monarchie. Il avait à la soutenir, dans la voie, où il l'entrainail, à la prémunir contre ses regrets et scs rechutes. ■Son dé|>art pour Rome était peu politique; et les souvenirs gracieux qu’il y mêle dans ses Mémoires, le plaisir ipi'il prend à placer là tout un épisode sur une femme chai^ mante, indique de sa part une interruption volontaire 4lans la vie sérieuse qu'il s'était proposée, dans celte am-

LA TRIULNK MOÜER^t.

liilioii (lu service publie qui, si elle est (ilevée et sincère, n’a pas de meilleure apulogie que sa propre persévèraïuv et sa ténacité.

Quoi qu'il en soit, insouciance ou sécurité sur l'avenir, .M. de Chateaubriand partit bientôt pour Home, laissant un vieux roi entouré d'un conseil nouveau, dont il se déliait, contre lequel il conspirait, et où personne, pour b‘ public non plus que pour le prince, ne remplaçait, même de loin, M. de Villéic. Ce conseil s’était com|dété par deux hommes d'alTaires Irés-éclairés. M. de Saint-Cricq, longtemps à la tète des douanes, d'un esprit sagace et souple. Tort exercé dans la tactique des Chambres, était nommé Ministre du coujiiierce. M. de Vatimesnil, membre habile du parquet cl du conseil d'Klal, prenait le Ministère de rinsiruction publique détaché des cultes, où (-tait appelé l'évêque de Beauvais, M. Feutrier. Mais nul de ces talents ne pouvait suppléer l'unité de direction qui manquait au Cabinet et que ne lui donnait pas même la brillante racililé de M. de Martiguac, aulrefuis an.viliaire cITacé de M. de Villéle, et aujourd'hui le représentant d'uue politique, dont il couvrait au moins, par sa pande, les indécisions un |>cu timides. Cela suflit quelque temps, et d'abord, pour passer la session et prendre quelques sages mesures. Les Chambres, flattées de leur victoire récente, et ayant éprouvé que la volonté du roi pouvait céder, étaient exigeantes sur quelques points, mais sans intention olfensive. La Chambre des pairs, pleine de sagesse et de lumières dans .sa majorité précédente, mais troublée par une création nouvelle, présentait au ministère peu d'obstacles et peu d'appui. La Chambre des députés avait pour Président respecté un homme sincén*iiumt dévoué à la monarchie, peu préparé lui-même à

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M. DE CIIATEAL'BKIAND.

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«•xerecr le |xiuvoir, ii’ei» chcrchanl pus la rcspunsahililé, mais, paria meme, pouvant secoiuiei',sans la contraiiulre, une adminislraliun habile. La majorité en accord avec im Ici Président était nombreuse, formée d'éléments divers, mais unie dans rattachement à l’ordre et le respect des lois. Elle se composait de beaucoup de constilnlionncls royalistes, ou pouvant le devenir chaque jour davantaj'C, sous une monarchie lé}jale et modérée. Elle comptait peut-être plus d’anibilieu.x que d’hommes à principes. Mais nulle de ces amhitions n’était menaçante; et Casimir Périer, (|ui, dans les ranj^s de l’opposition, survivait à la perte prématurée du général Foy, n’eut pas failli à la défense d’une Royauté légitime et sensée, dont il eut été le ministre.

CHAPITHE XVII

»kJOt'R D»: M. DF. CliATr.ACBRtANO A ROMi:. — MTDATlüN HL lll.'(l>TLIlF DF CIlAi;- I.F8 X. ABAXHON HR U BOTAITI^ A SUS I ROPftFS ERAF.niS. — IKTRICIRS |.T

FAIBLIfAr». MAI.ADIE DF H DF LA rFRROBXATS. ~ M. DI CP>Tt: ALBAUNH

I.FVICXT A PARIS CT SC RRXD MX FAUX DES PTRÉSÉKS. — ronMATU jI Dt Ml- SISTRRE Dr H. DC DULIGdAC. — DÉMISSION DF V. DE CHATEAl'ItRI \ND

Pcndiinlque l'anibassadcur de Krancc tncliail, à Ituiiud'uiiblicr Paris, qu'il sc reprenait au goût des arts, qu'il \isitail l'école française, tju’il dirigeait des recherches d'antiquités et élevait un nionuinent à notre grand peintre le Poussin, la session de 1828 s’était ouverte sons d'assez heureux auspices. La presse^ où ne régnait plus la polémique puissante de M. de Chateaubriand, était enlore, par moments, amère et diflicile. Mais, elle ne dominait pas la vive et juste parole deM. deMartignac, dans les Chambres; et ce Ministère modéré, constitutionnel, réparant quelques injustices particulières, et, ce qui importait davantage, quelques mauvaises lois, pouvait faire le bien du pays et du trône, sauf les causes de faiblesse, bientôt visibles en lui et hors de lui. Le roi le supportait à peine et attendait, comme une représaille, le moment de sa chute. IJnelqnes-uns des actes que ce ministère avait du réclamer

M. Dt: CIIATKALBHIANÜ.

lui L-laient di-jù vivcmoiit rcprucliés. liC roi était in(|uiet d triste de la plainte des évè(|iies contre deux de ces actes, les ordonnances de 1828 ipii dotaient les petits séminaires épiscopaux d’une subvention annuelle de douze cent mille Francs, employés en bourses gratuites, mais qui limitaient le nombre des élèves, que ces établissements pourraient recevoir. D'autres projets du ministère, de. nouvelles dispositions sur le Jury, un projet de lui sur la l'ormalion des conseils généraux de département déplaisaient vaguement an roi, et lui inspiraient sur quelquesuns de ses ministres des mots de dérision et de blême. Ces diriicultés extérieures n’étaient pas compensi“es par une l)-rme union du Cabinet, surtout à partir du moment, où la mauvaise santé du loyal comte de la Ferrunnays amena d’abord sa longue absence, puis sa démission. Un magistrat d’un mérite supérieur, homme d’un grand savoir en «Iroit public, «m histoire, en jurisprudence, mais d’un esprit indécis et timide, avait, de|>uis un an, tenu convenablement les Sceaux; mais, quand il y joignit l'intérim des alTaires étrangères, en janvier 1829, le ministère en parut alTaibli.

A cette époque, M. de Chateaubriand, malgré ses plaisirs de contemplation à Rome, son goût des arts et ses magnifiques réceptions, s'ennuyait d’être loin de la France, nous en avons la preuve. En même temps, pour les amis de notre ambassadeur à Rome, la retraite prochaine de M. de la Ferronnays semblait une occasion irrésistible d’appeler M. de Chateaubriand au gouvernement. Mais, ce vœu trouvait bien des obstacles, d’abord dans réloigncment du roi, puis dans l’amour-propre ou la prudence des ministres en fonction. M. Hyde de Neuville seul souhaitait et demandait ce puissant auxiliaire;

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