‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 58 sur 76 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

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KüOVEAO votack c!a soisse.

La retraite de M. de Cliatcauliriand dans un lointain quartier de Paris, sa maison et son jardin abrités par une infirmerie pour de vieux prêtres, furent bientôt isolés. M. de Chateaubriand était un drapeau bien plus qu’un chef. L’éclat de son génie, sa passion et son imagination, qui s’excitaient réciproquement, frappaient au loin les esprits avec une sorte d’éblouissement et d'empire; mais, de près, il attirait peu. Une liabitude de fierté polie, trop souvent glaciale, de longs silences, une sorte de rêverie ou de distraction apparente, au milieu du plus vif intérêt s’agitant autour de lui, c’étaient là comme autant d’obstacles <à ce caractère de clief de parti placé si haut par le cardinal de Retz, dans un temps de guerre civile, et non moins difficile à remplir et à garder, parmi les luttes régulières d’une liberté légale.

Le plus ennuyé des hommes, le |>lus impatient de toute

)!. DE CHATEALBRIASD.

contrainte, M. de Chateaubriand n’avait rien des soins minutieux, des attentions, des complaisances d’esprit, qui servent à gagner et à retenir de nombreux suivants. Par une antre disposition, non pas de dédain, mais presque de timidité, il montrait, sauf deux ou trois exceptions, peu de goût pour les noms célèbres de son temps, peu d’empressement à les rallier, à les unir, ù les animer de sa présence. Le cercle habituel de ses soirées, rue d'Enfer, se formait de quelques familiers obscurs, de quelques anciens royalistes de 1815, assidus encore là, où ils étaient inutiles, de quelques adtnirateurs plus récents du granil écrivain et du généreux publiciste, de quelques ecclésiastiques, étonnés parfois de cc qu'ils entendaient, et inquiets pour la religion du bruit (|uc faisait la politique. M. tie Chateaubriand parlait peu, et n'essayait j>as de concilier les dissidences, dont il était entouré.

Mais, ce qu’il ne faisait pas d’homme à homme, par la parole, il le faisait avec toutc-pui.ssance et pour un grand nombre d’esprits, quand il prenait la plume. Quelques pages sans signature, jetées par lui dans le Journal des Débats, portaient de bien rudes coups à ce malencontreux ministère du 8 août, et faisaient regretter à Charles X de n’avoir pas accordé raudience demandée, deux mois auparavant. «J’ai eu tort, disait-il; je ne lui aurais « pas cédé d'une semelle; mais j’aurais exigé sa parole de « gentilhomme ipi’il n’écrirait pas un mot dans le Jour- « nal des Débats, sauf à nous attaquer, dans la Chambre «des Pairs, où Polignac lui aurait répondu. »3Iais, il était maintenant trop tard pour ces ménagements. La furie de la polémique était déchaînée; et lorsque M. de Chateaubriand s’abstenait, il était relayé par de jeunes écrivains d’une bien piquante énergie. Devant cette pre-

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mière ligne J’etlaquc, la forteresse du 8 août s'ébranlait ; le doute, l’embarras d’avancer ou de reculer avaient pénétré parmi les défenseurs de la place, hormis le chef, imperturbable, par défaut de lumières.

Fort éloigné de cette quiétude, un homme redouté pour sa violence, le comte de la Rourdonnaye, avait déjà quitté le ministère de l’intérieur, sans avoir marqué son passage autrement que par quelques circulaires et une ordonnance sur l’Ecole des Charles. Compromis, depuis 1815, par une ardeur d’opinion plus déclamatoire que réellement impitoyable, persécuteur à la tribune, mais ne portant autour de lui, dans sa province d’Anjou, aucun esprit d’inquisition, ni de vengeance, adoptant, à ses propres yeux du moins, les idées constitutionnelles, en meme temps qu’il affectait la rigueur de caractère et de volonté, il rompit bientôt avec M. de Polignac, par impatience de ses airs de grand seigneup, par dédain pour oc qu’il appelait sa faiblesse, et par défiance de sa fidélité à la Charte.

La retraite de cet esprit impétueux, mais vague et médiocre dans les affaires, sans rien ôter au Cabinet, parut un premier succès pour V opposition. Les esprits timides, au service de toutes les puissances et meme de toutes les folies, affectèrent de voir dans ce pas rétrograde une garantie de la modération de M. de Polignac. Le Roi, comme pour flatter cette espérance, remplaça dans le ministère de l’intérieur le redoutable auteur des catégories, par le ministre de l’instruclion publique, M. de Montbel, maire de Toulouse, du parti de M. de Villèle, homme doux et poli, faisant de petits vers et jouant la comédie de société. Puis, au Ministère de l’instruction publique il nomma directement un procureur général

M. DE CHATEAUBRIAND. Ml

i-l ranger aux Chambres, mais choisi, sur la présomption lie son talent de parole, M. Gucrnon de Ranvillc.

Quoi qu’il en fût de ces actes et des attaques de la presse, le pronostic le plus funeste pour le Cabinet venait de scs défenseurs mêmes, de quelques écrits salariés ou gratuits, mais certainement sûrs de plaire au Pouvoir, dont ils exagéraient la force et sollicitaient la passion. Ce n’était pas seulement un journal ami de M. de Vilicle, prônant l’article 14 de la Charte, et semblant offrir la dextérité de l’ancien ministre, pour mettre cet article en valeur, s'il le fallait. C’étaient des traités en forme, au profit du droit absolu de la Couronne. Une pesante et folle brochure d’un conseiller de la Cour royale de Paris offrait des modèles à'ordonmnces tout préparés, pour une refonte de la loi électorale, des lois sur la presse, et une reprise de la société par sa base, au nom du droit antérieur et suprême de la royauté. Un autre ouvrage de la même date et du même parti, avait la forme d’un Mémoire à consulter, pour la Couronne. Le Gouvernement représentatif, les chambres, les tribunaux et le public étaient traités, dans ce libelle, avec le dernier mépris par un fanatique à froid, qui concluait à la nécessité d’un coup d'État.

Ces pamphlets signés et impunis révoltaient l’opinion, encore plus que la presse démocratique ne l’excitait. L’homme judicieux du Conseil de Charles X, le ministre des finances, M. de Chabrol publiait, à la même époque, un rcmarqual)le rapport sur les finances du royaume. .Mais, au même moment, on formait en Bretagne et ailleurs des associations pour le refus de l’impôt, dans riiypothèsc d’un budget non voté et de taxes établies par ordonnance. La première association qui s’était formée à

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Hennés , s’étendit dans d’autres departements, eompta de nombreux souscripteurs à Paris, et fra|)pa Charles X d’une réminiscence des premiers troubles de la Révolution.

Rien, cependant, ne fut essayé |)Our prévenir cet engagement d’une résistance éventuelle, qui semblait dans les limites des lois. Les tribunaux, quoique remplis d'hommes attachés à la cause royale, étaient, par l’esprit de l’/nslitution, par la garantie complète alors de l’inamovibilité, capables de ne pas servir, en tout, la volonté du Pouvoir. L’esprit du magistrat, le goût de la règle et du droit touchent à la liberté politique ; et des hommes graves, habitués à l’iinpartialité des formes légales, n’étaient pas disposés à les sacritier, sur un ordre arbitraire. C’est ainsi que, traduit devant la Cour de Paris, pour un article qui, résumant les conséquences du ininistère du 8 août, se terminait par ces mots : « Malheureuse France, malheureux Roi ! » le principal rédacteur du Journal des Débats sortait de l’audience, ae<pnlté et applaudi de tous. A ce sujet, quelqu’un de nous ra|)pelanl les longues épreuves royalistes de M. Berlin, disait devant M. de Chateaubriand : « En vérité, sauf la différence des per- « sonnes, c’est ici le procès des évêques, sous Jacques 11. » « C’est bien dit, reprit avec ironie M. de Chateaubriand. « Mais, quand Louis XYIII m’a chassé comme un laquais. « doit-on s’étonner que Charles X mette en jugement mon « ami Bertin, comme Jacques H, les évêques’? » La blessure était |)rofondc et survivait à tout.

Cependant, le ministère formé sans les Chambres, et contre lesChambres, voyait, avec la fin de l’année 18'2'd, a|iprocher la nécessité d’une session nouvelle. Quelques élections partielles avaient amené des noms indépendants de

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M. «K CIIATEAIBRIASD.

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plus ; et enfin, on ne poiivail supposer que l’assemblée, qui avait aimé la présidence de M. Roycr-Collard, appuierait l'administration de M. de Polignac. Une explication redoutée fut donc difl'érée ; et la session de 1830 ne s'ouvrit que le 2 mars.

Sauf la défiance mutuelle, la Hoyauté ne se présentait pas trop mal à celte épreuve tant différée. Le Monarque, dans une séance d'apparat au palais de la Chambre des députés, pouvait, devant l'élite de la société d'alors et les représentants nombreux des Cours élrangéres, cxposeï d'abord, avec assez de dignité, la situation extérieure et la diplomatie de la France. Après les assurances ordinaires, de l'es[irit de paix et d’amitié marqué par toutes les Puissances, il annonçait la fin de la guerre d’Orient, la Grèce délivrée, le vœu de l'humanité rempli. C’était une grande satisfaction donnée aux opinions généreuses, sous ce régne même qui leur était ciniemi. Charles X insistait peu sur Cette intention ; mais, du moins, il ne la rétractait pas; et il s'honorait que la France eût mis la main à cette délivrance d'nn peu|»le.

Les cflorls du Roi et de ses alliés pour amener la réconciliation dans la maison de Bragance, et assurer la paix du Portugal, étaient également indiqués, sans apparence d’arrière-pensée. Une déclaration plus grave, et d’où sortit un grand événement, annonçait la volonté de ne pas laisser plus loiigtcm|>s impunie l'insulte faite par le Dey d’Alger au pavillon français, et d'en tirer une réparation éclatante qui satisfit à l'honneur de la France, et fût utile à toute la Chrétienté. Puis, sans attacher à cette menace publique aucune mention immédiate des subsides nécessaires pour la soutenir , le roi indiquait dans le budget de 1831 un allégement des charges de l’État,

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