I.A TBIBUNE llODEnilE
a seignes *. » Charles X se croyait naïvcmeni à la première (le ces deux époques : il était à la seconde.
Entretenue de discussions et de défiances, forte du bien, que lui avaient fait douze ans de paix et de liberté, mais par là même, plus fière et plus hardie, la France constitutionnelle, recrutée des hommes que lui avaient renvoyés successivement les fautes du Pouvoir, appuyée sur le grand nombre, et le soulevant de son agitation, était ce que fut l'Angleterre, en 1688. L’esprit émigré et absolu de Charles X éveillait, entre la nation et le Roi, quelque chose de cette antipathie, que le mol de Papisme avait excitée contre le règne arbitraire de Jacques 11. L'énergie loyale d’un Ministère ami des lois et du Trône, eût sans doute, détourné, ou surmonté le péril; mais déjà, il n’y avait plus de grandes fautes permises, et d’illégalités sans graves conséquences. C’est assez dire, quelles tempêtes et quelles catastrophes allait susciter une entreprise à la fois si excessive et si mal préparée, si injuste dans le but, si faible dans les moyens. Évidemment, l'esprit d’infatuation et d’erreur, qui avait résolu le coup d’Etat de 18ôO, en dirigea l’exécution, et lit avorter ce que nul succès n’aurait absous.
Les secrets des Conseillers, ou des Instruments de Charles X ont transpiré par leurs propres aveux. On peut y lire comment, à une dernière séance, le Roi, après quelques moments de réflexion stérile, la tête dans ses mains, jugea qu’il n’y avait pas d’autre moyen de salut que ce qu’il allait faire, puis, signa les trois ordonnances, par lesquelles il rétablissait la censure, cassait les élections et constituait une nouvelle loi électorale, où le quart plus
' Labru;irc, Caraclérei. — Du Souverain ou de la Mpublique, n* t.
H. DE GIUT£AUBniA>D.
imposé des électeurs, formant les Collèges de département, élirait seul la Chambre, directement, pour une moitié, et sur la présentation des élccteu rs d’arrondissement, poui l’autre moitié. La rédaction des listes était d’ailleurs confiée aux préfets seuls, sans recours laissé devant tribunaux. Ainsi, pouvoir législatif des Chambres, droits politiques acquis aux citoyens, garanties judiciaires, liberté civile, tout était violemment aboli du même coup.
11 ne nous appartient pas de décrire en détail ce qui suivit, comme l'explosion de la poudre suit l’étincelle, la protestation des journalistes, leur résistance reconnue légale par les tribunaux et appuyée du public, les réunions de députés, les barricades, les combats dans les rues, le rétablissement spontané delà garde nationale, et M. de Lafayctte reparaissant à sa tète, comme le drapeau même et l’épée de 1789 : ce sont là des souvenirs écrits partout. Que, devant cette force du nombre et de l’enthousiasme, un Roi opiniâtre et faible, un Ministère coupable et troublé n’aient su ni agir, ni céder à temps, qu'un Maréchal, malheureux à la guerre et dans la politique, funeste par scs défections et ses services, n’ait pu rien sauver du désastre, même avec une Garde si dévouée et si brave, mais de bonne heure affaiblie par l’abandon d’un régiment de lignej ce sont là des sjiectacles instructifs pour tous. On les a parodiés, depuis. Une émeute non repoussée, une marée montante de cette tourbe d’une grande ville a tout renversé devant elle, comme l’avait fait, dixhuit ans auparavant, le mouvement d’un peuple blessé dans ses droits. Mais, le premier exemple avait offert un caractère particulier, qui en fit la grandeur. C’était un sentiment d’honneur public soulevé contre la trahison du Pouvoir. Jusqu’à la dernière heure, en effet, bien que
tout fût résolu, rien n’était avoué. Les lettres closes pour la convocation des Chambres étaient adressées, à la date du 24 juillet, sous la signature du Roi; et, deux jours après, tout était brisé.
Le 26 juillet, paraissaient donc ces ordonnances fatales par l’instabilité, dont elles ont donné l’exemple. L'émotion , où elles jetèrent Paris, est inexprimable, comme les diversités de conditions et d'intelligences entassées dans cette grande ville. Le séquestre mis sur quelques presses souleva les premiers troubles. Quelques bandes d'ouvriers exclus des ateliers fermés donnèrent la première force : et bientôt de l'indignation de tous sortit la résistance, qu'allait exciter l’ardeur meme de la saison, la longueur des jours, la clarté des nuits, tout cet aspect volcanique des trois journées de juillet.
On sait, avec quelle rapidité le flot monta, quelle foule débordait sur les quais, les places, les boulevards; comment cette foule devint une armée; quels abatis d’arbres, quels amas de pavés multiplièrent bientôt les embûches et les bastions, sur le passage des troupes, quels feux partis des toits et des caves frappaient le soldat, et quelle lâcheté meurtrière se mêla souvent à l’intrépidité la plus héroïque, ou la plus étourdie.
Tout cela fut l’extérieur des trois journées, le hasard ou plutôt la fatalité du combat, telle qu’une imprudente folie l’avait engagé. Chez les auteurs du coup d'État, évidemment, l’insiiftisance fut égale à la témérité. Nous oublions le Roi lui-même, partant, le 26 juillet, de Saint-Cloud pour Compiègne, à cinq heures du matin, et usant à la chasse la première journée tout entière de sa grande entreprise. Mais, le prince de Polignac, chargé par intérim, depuis deux mois, des affaires de la guerre, .M. de Peyronnet,
M. DE ClUTEAl'BRIANÜ.
ministre si habile, disait-on, à mêler l’arbitraire à la légalité, leurs collègues, cnrin, ne firent pas un elTort, n’eurent pas une idée. Tout fut remis à ce chef militaire, qu'on n’avait pas seulement prévenu, deux jours d'avance, et qui se trouvait, disait-il, lui-même le premier pris par le coupd'Ëtat. Que si, dans le chaos de cette attaque, si mal dirigée contre les lois du pays, une étrange idée arriva jusqu’au maréchal Marmont, si, comme on l'a dit, pendant qu’il campait aux Tuileries, il reçut le conseil, ou entrevit lui-même la pensée d’arrêter les Ministres, dont il était le défenseur armé, puis d’annoncer, du milieu de ses troupes encore sous le drapeau, le rappel des Ordonnances et une Amnistie au nom du Roi, ne regrettons pas que la main ait failli au Maréchal pour une œuvre semblable; préférons pour lui un malheur moins chargé de trahison. Dans la réalité, le sens juste et droit du maréchal Marmont avait compris le danger des Ordonnances et n& jugeait que trop l'incapacité des Ministres destinés à leur donner force. L’honneur seul, et ses engagements dans la cause royale lui firent accepter la mission de défendre ce qu'il blâmait. Et, cette mission prise, le mal accru si vite, l’absence du Roi et du Prince, la terreur inerte des Ministres ne le rendirent que plus timide à rien faire, en dehors de son devoir ostensible. La crainte même du déshonneur lui interdit de se séparer un seul moment d’une folie, qu’il ne partageait pas. Il fut inactif par conscience, comme d’autres l’étaient par impuissance d’esprit; et il seconda ainsi cette défaite sans limites, qui devait tout emporter.
Dans le conseil des vainqueurs, l’influence d’une volonté dirigeante fut elle beaucoup plus visible? On ne peut l’aflirmer. Sans doute, depuis longtemps, quelques esprits