CHAPITRE XX
<<A'fCC Pts PAIM DU ÔO JUILLET. — PBCDliBe PROTE»TATIO;< DS N. DE CHA- TEAUBDIA^D. » RAPIDE raPUUIOR DES éviSEllEKTS. — F.^TREVIE, AU PA* LAIS ROYAL. *— DÉLIBÉRATION DE LA CMAIIBBE DES PAIRS SUR LA RÉVISION DE LA CUARTE ET LS CIIA.NGERENT DE U COURONNE. — DISCOURS DE H. DE CUA- TKACSRUND : CONSÉQUENCE ET DIGNITÉ DE SA CONDUITE. — SA RETRAITE. — •CS ÉTUDES lllSTOniQCES. — SA PRISON ROUENT «NÉE. — SON ABSTENTION DE TOUT COMPLOT.
Déposé, par son coiiégc, prés du grand escalier du Luxembourg, M. de Chateaubriand parvenu à la salle des séances, y trouva M. le duc de Mortemart, qu'il avait peu cherché, depuis la veille, et auquel il ofTrit de se concerter avec lui, selon le vœu du Roi. Mais, il était bien tard, pour étudier les rôles, quand la scène allait s’ouvrir; et, d'ailleurs, ce n’était pas au Luxembourg que pouvait se faire le dénoûment. Le duc de Mortemart venait seulement à la tribune communiquer au petit nombre de Pairs assemblés en trouble, ces ordonnances signées la veille à .Saint-Cloud, que, le même jour, M. Colin de Sussy apportait, en double, à la Chambre des députés. C’étaient le retrait des ordonnances dictatoriales du 25 juillet, la nomination du duc de Mortemart, comme président d’un nouveau Ministère, et, enfin, la nomination du duc d'Orléans
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comme lieutenant général du Royaume. Cette lecture ' achevée, quelques Pairs insistent sur l'état eiïrayant de Paris et la dilïiculté présente d'y ramener l'ordre, au nom du roi Charles X. L’Assemblée paraît hésita'nte. A ce moment, une députation de la Chambre des députés vient en aide à cette incertitude. Le général Sébastian!, avec quatre autres Commissaires se présentant à la tribune des Pairs, annonce que la Chambre des députés, saisie des nouvelles ordonnances, les a considérées comme non avenues, eu ce qui touche l'e.xercice du Pouvoir royal pour la formation d'un nouveau Ministère; que, dans les dangers de Paris, elle s’esl attachée seulement à l'idée du Pouvoir tutélaire remis au duc d’Orléans, et que nulle autre question ne doit, en ce moment, occuper les Chambres.
Ce fut alors que M. de Chateaubriand (il, auprès de ses collègues, reFTort dont il a consigné le souvenir, dans ses Mémoires, mais pour lequel il ne s’était ménagé le concert, ni l'appui de personne. Démentant les craintes exprimées sur l'état révolutionnaire de Paris, il dit qu'il venait de parcourir une grande partie de la ville, et que trois mille jeunes gens l’avaient rapporté, sur leurs bras, dans la cour du Luxembourg; qu'à leur cri de vive la Charte! il avait répondu par le cri de vire le Roi! Et s’attachant dés lors a nier tout symptôme menaçant de l'opinion publique, il ajoutait :
« Je soutiens, moi, que rien n'est perdu, que nous « pouvons accepter les ordonnances. La question n'est « pas de considérer, s'il y a péril ou non, mais de garder « les serments, que nous avons prêtés à ce Roi, dont nous a tenons nos dignités, et plusieurs d'entre nous, leur for- « lune. Sa Majesté, en retirant les ordonnances et en
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« changeant son Ministère, a fait tout ce qu’elle a dû.
« Faisons, à notre tour, ce que nous devons, et donnons « à la France l’exemple de l'honneur et de la loyauté.
« Ëmpêchon$-la de tomber dans les combinaisons anar- « chiques, où sa paix, ses intérêts réels et sa liberté iraient « se perdre. Le périt s’évanouit, quand on ose le rc- « garder. »
Ces paroles n'eurent aucun effet ; et elles ne pouvaient en avoir. Comment M. de Chateaubriand, qui lui-même décrit en grotesque ce triomphe populaire, qu'il eut à supporter, pensait-il que l'impression en fût rassurante et décisive pour ses collègues? Ce qui dominait, à ce moment, c'était l'effroi de l'anarchie et le besoin d'une prompte issue. Qu'aurait fait ici de plus ou de moins la reconnaissance des ordonnances, que le noble Duc, qui en était porteur, n'avait aucun moyen d'exécuter?
Les événements suivirent leur cours précipité. Les hommes mêlés, par devoir ou par calcul, à cette Révolution si soudaine, se hâtaient ailleurs d’y mettre un terme et de la retirer des mains de la foule. Que celte pensée ait déterminé tant de démarches pressantes vers Ncuilly, qu’elle ail agi sur les préjugés et les théories de quelques hommes, qu’elle ail promptement rallié M. de La Fayette au duc d'Orléans, qu’elle ait attaché à cette cause de jeunes publicistes pressés d'arriver au but, beaucoup d'hommes du barreau, du commerce, des professions intelligentes qui donnent quelque goût de liberté et un grand besoin de paix active et d’ordre public, on ne peut s’en étonner. Et, au lieu de parodier quelques accidents de l’Hôtel de Ville et des Chambres, l'illustre auteur aurait mieux fait d’expliquer lui-même ces causes de révolution, devenues irrésistibles, lorsque Charles X s’achemina lui-
même, avec une partie de sa Garde, vers un lieu d’embarquement, pour quitter la France.
Si ces événements allaient enlever à M. de Chateaubriand l'occasion de la vie publique, du moins ils laissèrent à son caractère politique l'unité et la dignité, dont sa gloire avait besoin. Il ne sera pas compté parmi ces hommes qui, sous des vents contraires, ont toujours conspiré avec la fortune et oublié leurs opinions, déserté leurs causes, renié leurs amis, pour la vanité de quelques honneurs, ou la réalité de quelques profits. Ce qu'il blâmait, il ne le servit jamais; ce qui, sous un autre drapeau que le sien, dans une autre cause que la sienne, fut entrepris et achevé même de sage, d’utile et de conforme aux principes de liberté, qu’il aimait, ne le ramena pas vers ceux qui en avaient l'honneur, sans en avoir le droit, disait-il. Restant fidèle aux infortunes du parti, dont il censurait les fautes et ne partageait ni les idées de gouvernement, ni les derniers vœux, il n’aljusa point de quelques rapports de vues et d'opinion avec la Cause qui triomphait, pour s’en rapprocher, et pour accepter les avances, qu’elle était prête à lui faire.
Présent à cette séance du 5 août, où Louis-Philippe annonçait la remise en ses mains et le dépôt dans les archives de la Pairie de l’acte d’abdication de Sa Majesté le roi Charles X, et de la renonciation du Dauphin, Louis- Antoine de France, M. de Chateaubriand n'était pas à même d'invoquer à haute voix la condition exprimée de cette abdication-, et il subissait, comme un autre, la loi du silence olhciel , dans le cérémonial d’une grande Assemblée. Fit-il ailleurs, avant ou après ce court moment, quelques efforts de protestation et de résistance? Il faut l'admettre, comme certain; mais, la trace n'en est nulle part que dans
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SCS Mémoires ; et, là même, elle est bien faible; « Mes O conseils, mes vœux, mes cris furent impuissants, dit-il;
« je demandais en vain Marie-Caroline. » Le sens de ces paroles reste obscur : rien n’indique ni le conseil donné, ni quel jour, ni à qui, ni comment il fut refusé.
Reste pour M. Chateaubriand, et alors cl plus tard, l'honneur de la conduite privée. Cet honneur fut entier. Durant le court intervalle du ô au 7 août, j’ai vu, chez madame Récamier, M. de Chateaubriand sollicité par les prévenances d'un homme de grand nom cl d’un esprit lettré, alors chevalier d’honneur de la duchesse d’Orléans : il s'agissait d’une visite au Palais-Royal. M. de Chateaubriand accepta volontiers. L’entretien qu’il eut, cl qu’il raconte, n’a plus aujourd’liui de témoin qu’une auguste Princesse, dont la dignité inaltérable a rc(,'u la consécration de toutes les douleurs royales et domestiques. Nous laissons aux Mémoires de M. de Chateaubriand les paroles, qu’il prêle à la reine Amélie. Quant à lui-même, sa réponse fut ce qu’elle devait cire : « Madame n’ignore pas « mon dévouement au jeune roi et à sa mère. » El, à ce moment, l’arrivée du duc d’Orléans jeta dans l'entretien de nouvelles instances, reproduites peut-être avec une ironie trop marquée, pour faire croire à la parfaite exactitude. Le Prince si brusquement poussé vers le Trône, faisait alors très-peu d’idylles et de phrases, sur le regret de quitter les douceurs champêtres de Neuilly. Son langage était adroit, mesuré, confiant, ou du moins empressé pour chacun. Il n’avait nullement, je crois, l’espérance de gagner M. de Chateaubriand à la Révolution nouvelle; mais, il voulait le flatter et l’adoucir : car, il prévoyait toute la difliculté de son œuvre : fonder un gouvernement nouveau par la liberté ; le fonder sur le choc et malgré
U TniUt.NE ilODEIUSE.
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l’i’IToil iissidu des partis, en ajanl contre soi-même l'exemple de sa propre élévation! Il ne s’agirait pas, en eiïet, de contenter la France, avec un repos, ou même, avec un bien-être matériel acheté delà perte de tous scs droits. La France était alors plus avide et plus jalouse de garanties politiques et de libertés qu'on ne l'en supposera dégoûtée, dans un autre temps. Et, c'était au milieu de toutes les luttes des opinions indépendantes et souvent hostiles que, sans Dictature, sans lois d'exception, sans exil arbitraire, sans silence imposé, il faiidrait élever la Monarchie nouvelle. Valait-il mieux, pour le Prince et pour la France, ne pas tenter cet elTort si laborieux, si combattu, et dont le résultat devait disparaître, en deux jours, après dix-huit ans d'épreuvCs et de sueccs? M. de Chateaubriand l'albrrnait expressément, le 4 août 1830; et les raisons qu'il en donna lui-même au Prince, devaient être sans doute les mieux choisies, à l’appui d’un tel conseil.
Au nom prononcé du duc de Bordeaux par le Prince lui-même, à son désir exprimé d’être le tuteur et le soutien de cet enfant, à sa crainte que les événements ne soient plus forts que sa volonté, M. de Chateaubriand répond : « Quoi, Monseigneur, n’êtcs-vous pas investi de tous les R pouvoirs? Allons rejoindre Henri V. Appelez auprès « de vous les Chambres et l’Année. Sur le bruit de votre » départ, toute cette effervescence tombera; et on cher- « chcra un abri, sous votre pouvoir éclairé et protecteur. »
Maig ré la contrariété visible que ce conseil donnait au Prince, et sa première réponse : Nous n’avons rien encore pour nous défendre, M. de Chateaubriand insista de nouveau : mais, le moyen qu’il proposa était-il praticable et fait pour entraîner le bon sens d’un Prince qui, menacé lui-même, cherchait un refuge dans le Trône?
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Sur l’objection au projet de rejoindre Henri V, M. de Chateaubriand, enciïel, change aussitôt son plan; et rien ne lui paraît plus simple et plus facile : « Déclarez, dit-il, « que la Chambre actuelle n'a pas les Pouvoirs nécessaires, « pour disposer de la forme du gouvernement; qu'il faut « que la France soit consultée et qu’une nouvelle Assemblée « soit élue, avec des Pouvoirs ad hoc, pour décider une si « grande question; Votre Altesse royale se mettra dans la « position la plus populaire. Le parti républicain, qui fait « tout votre danger, vous portera aux nues. Dans les deux « mois, qui s’écouleront jusqu’à l’arrivée de la nouvelle « Législature, vous organiserez la garde nationale Tous « vos amis et les amis du jeune Roi travailleront avec vous « dans les provinces. Laissez alors venir les Députés; « laissez se plaider publiquement, à la tribune, la Cause « que je défends. Cette Cause, favorisée en secret par vous, « obtiendra l’immense majorité des suffrages. »
Puis, suivait la rapide esquisse des événements, le ralliement des républicains autour du Prince, quinze ans de règne, sous le nom du Roi pupille, etc.
Ambition à part, et pour qui a vu de prés le sens droit et juste, l’esprit un peu défiant et moqueur, l’égoïsme nettement résolu de Louis-Philippe, cette poétique d’un acheminement si habile à la Régence et d’une Régence si paisible, n’était pas convaincante. Quoi ! tromper le parti républicain, non pas pour obtenir, mais pour éviter la couronne! se laisser porter aux nues par lui, et favoriser en secret le parti de la légitimité, qui, victorieuse à la tribune, ne manquerait pas d’être très-reconnaissante pour le Prince, dont elle n’aurait eu l’appui qu’inco^ntfo ; tout cela était trop fabuleux et trop complexe, pour persuader au duc d’Orléans de courir tant de périls, contre
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son intérêt. Dans la rcalilc, l'esprit i'rappé des souvenirs de sa maison, de la Régence de son a'ieul, des fautes de son père, il avait toujours en effroi l’idée d'une Régence.
C'est en ce sens, qu'un jour il répondait à Louis XVIII, dont la prévoyance, plus maligne que résignée, lui indiquait celte chance de l'avenir : « Moi, Sire, plutél rclour- « ner en Sicile! plutôt l’exil à jamais! on peut tout sup- « porter, excepté le Pouvoir, au prix d’une acciisatioii « perpétuelle d’empoisonnement. Non, Sire; tant de mal- « heurs n'arriveront pas, pour m’en infliger un plus grand . « Mais, je ne le subirais pas; cl, devant ces Institutions « que j’aime, devant la liberté de la presse et les factions « qui en abusent, jamais je ne serai le nouveau Philippe « d’Orléans d’un nouveau Louis XV. »
Avec M. de Chateaubriand, et cinq ans plus tard, l’entretien devait être plus court encore. Le Prince voyait très-bien que le degré de son ascendant populaire était dans la promptitude du service, qu’on espérait de lui. C’est là un des côtés faibles de la France, dans sa grandeur : ne croyant pas aux principes, elle croit aux hommes. N’ayant pas su se conserver des Institutions stables et tutélaires, clic a toujours besoin d’èlrc sauvée par quelqu’un. Mais, dans ce rapide travail de chutes et d’élévations, le vice de l’instabilité ne se guérit pas; et ce qui en est une preuve nouvelle ne saurait en être le terme final.
Le Roi quitta M. de (üialeaubriand, pour aller recevoir une Députation, en indiquant, pour dernière raison de son choix nettement avoué, ce danger des fureurs populaires, suspendu par ses efl’orts et qui, sans lui, aurait déjà frappé le parti royaliste. Dans ces jours si pressés, M. de Chateaubriand fut, encore une fuis, appelé près de la duchesse d’Orléans, seule avec madame Adélaïde, et il
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reçut J’elle i'ofiVe vürocte de l'ambassade de Rome, avec le vœu le plus formel de la lui voir accepter, dans l'intérêt de la religion. On eût deviné, et on ne peut qu'approuver 1rs motifs de son refus, malgré les exemples contraires si fréquents de nos jours. M. de Chateaubriand, avec le sentiment de ce qu'il était, fit alors ce qu'il devait.
Ce fut le dernier effort essayé contre une volonté qui ne pouvait être gagnée, mais qu’on espérait désarmer un peu. Et, en effet, meme dans sa protestation si nette contre l'établissement du 7 août, le langage de M. deChatcaubriand garda quelques teintes plus adoucies. Au vrai, sa plus grande colère, fut a contre les pieux libcllistcs qui « avaient préparé ou encouragé la conspiration de la bêtise « et de l’hypocrisie, contre les affreux ministres qui « avaient souillé la Couronne et soutenu la violation de « la loi par le meurtre; » sa plus vive admiration fut pour la nation française « grandie sous le régime des lois conn slitutionnelles, pour ces conscrits à Alger, ces écoliers n à Paris, qui révélent les fils des vainqueurs d’Austerlitz, « deMarengo et d’iéna, mais les fils fortifiés de tout ce que « la liberté ajoute à la gloire, etc. Un siècle n’aurait pas <1 autant mûri les destinées d'un peuple, que les trois « derniers soleils qui viennent de briller pour la France. » De ce triomphe exalté avec tant d’énergie, de ces éloges plus enthousiastes que prévoyants, M. de Chateaubriand concluait cependant « le maintien de la légitimité, l’avé- « nement d’Henri V mineur et constitutionnellement « élevé, par les soins d'un régent, qui serait le Roi présent, <1 le Roi actuel, prince qui a vécu près du peuple et qui « sait que la Monarchie ne peut être aujourd’hui qu’une « Monarchie de consentement et de raison. » tju’.à ce langage modéré .M. de Cliateaiibriand ait joint I. Û2
des considérations très-fortes, d’une part, contre la République, de l’autre, contre la Monarchie élective, nous le reconnaissons volontiers. Il y avait, en ciïct, non pas seulement pour le Pouvoir, mais pour la liberté, un grand écueil dans cet exemple d’une translation delà Couronne par violence fortuite, quoique provoquée. Cela pouvait se renouveler et conduire aussi bien à la Souveraineté arbitraire qu’à la Monarchie légale. Pour l’historien, comme pour le publiciste, rien n’était plus contestable que celte malnrili acquise aux deslinées d’un peuple par les trois derniers soleils de juillet . 11 y avait, au contraire, dans cette facilité populaire de tout briser si vite, un grand motif de doute sur la puissance du Palladium, que vous réclamiez comme unique. Accorder tant à l’antiquité du Droit, et tant admirer ceux qui l’avaient chassée à coups de fourche, était une contradiction.
En même temps, par une injustice anticipée, M. de Chateaubriand chargeait cette Monarchie élective, combattue par lui, d’un reproche i|ue, dans sa chute même, elle n’a pas mérité. Rappelant avec prédilection la liberté de la presse, « par laquelle et pour laquelle, disait-il, « le peuple vient de remporter une si étonnante victoire, » il ajoutait ; « Eli bien, toute Monarchie nouvelle sera « forcée, ou plus tôt, ou plus tard, de bâillonner cette li- « berté. Napoléon lui-même n’a pu l’admettre. » Dix-huit ans de règne laborieux et utile ont laissé cette prédiction démentie. Durant dix-huit ans, la libre discussion des affaires et le débat des opinions ne cessa pas, un moment, d’être le droit commun du pays; le Jury ne cessa pas d’être le juge principal et dominant des délits de la presse. Ce bâillon, que redoutait l'illustre écrivain, ne fut mis sur aucune bouche et n’entrava jamais, ni le droit d’examen.
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ni le droit de défense, ni les assemblées délibér.inles, ni les individus, ni mcinc les partis.
La condition que M. de Chaicnubriand déclarait inhérente à la Monarchie légale de 18511 a été noblement répudiée par ejlc. Puisse celte condition ne pas paraître indispensable à tout autre Pouvoir et ne pas justilier la prophétie de l'illustre écrivain, tout en la déplaçant!
Après ce discours, silencieusement écouté, l'auteur de la Monarchie selon la Charte, vota contre la DMarationAc» Députés transmise aux Pairs. Bientôt après, il refusa le serment, se retira de la Chambre et se démit de la pension attachée, dans l'origine, au titre qu'il rejetait. Ce fui son dernier acte public, la lin de sa vie politique.
Pour nous, de celle carrière éclatante et diverse, il nous est resté d'immortels monninents et de grandes leçons. M. de Chateaubriand n'a pas été, comme on l'a dit, tour à tour le bon cl le mauvais génie de la Itestauration. C'est trop altribiier à un homme. .Mais, son influence fut souvent noble, patriotique, et un moment glorieuse; elle concourut .à relever l'esprit français, après 1811; elle entretint ce que la France est toujours si piêle à oublier, pour un peu de gloire, la déliancc et la haine du Pouvoir absolu. Elle suscita l'esprit de liberté et le goût des nobles études, qui en sont inséparables; elle donna l'exemple de la puissance du talent, pour agir sur l'esprit d'un peuple; elle jeta sur la Royauté, en éclat d'imagination, ce qui lui manquait trop en réalité.
Le premier écrivain du di.x-neiiviéme siècle, dans l'ordre du temps et du génie, M. de Chateaubriand, n’élail pas orateur, au même degré. Ce qui faisait sa supériorité même, celle splendeur de paroles, ce luxe d'images, semblait une parure trop brillante pour le naturel et la vérité du
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