‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 66 sur 76 · I.A TniDt'Ni; modf.rm · texte numérisé non relu

I.A TniDt'Ni; modf.rm

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pularitc, uutaiil que di^nc de la (gloire, nous lu vurrons accueillir el meme chercher de préférence ce qu'il a loué, dans scs Éludes historiques', le rapprocheniciil avec les hommes célèlires d'un autre parti, d'une autre opinion. Il sera chanté par Bé-ranger, que le Conservateur trouvait impie et séditieux ; il deviendra l'ami de Carrel, qui faillit être fusillé, après le passage de la Bidassoa; et il aimera, dissident et tribun contre l'Eglise et le trône, cet abbé de Lamennais, dont il avait à demi partagé d'abord l'ardeur ultramontaine, sans adopter jamais scs théories despotiques. Mais, il nous reste encore ,à considérer quelques travaux du grand écrivain et quelques distractions dernières de sa retraite.

Séparé de son ancien parti royaliste, rejeté bien loin de ses amis de lbl5, mécontent de ses alliés parlementaires de 1828, encore incertain et peut-être un peu inquiet du choix de ses nouveaux partisans, M. de Ehateauhriand n'avait de refuge que la solitude et les lettres. La secousse de 1830 avait bouleversé les arrangements de librairie, sur lesquels il avait fondé son indépendance: et de grands travaux lui restaient à terminer, sans les avantages promis d'abord. Indépendamment des œuvres inédites de sa jeunesse, revues et en partie refaites pour une publication générale, M. de Chateaubriand voulait finir un ouvrage médité depuis longtemps, ses Études historiques. L'introduction d'un pareil livre n’était autre que l'Iiistoirc meme de la révolution chrétienne, la naissance de la foi, ses combats contre la société grecqueet romaine, sa victoire dans le monde transformé, puis, le déluge de la barbarie couvrant rEuro|>c et ne laissant que la croix debout sur

' lUtcours hitloriqiic*, votumo XX

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l’abimc, pour cire le signe de ralliement des sociélés nou voiles.

A vrai dire, ce sujel-là inêmc élail celui qu’avail en* Irevu, rêve, saisi par les bords l’éloquenl écrivain, dès le premier pas et dans toute la duree de sa course. On peut regretter meme qu’il ne s’y soit pas renfermé, à l'âge de sa plus grande force et de sa plus vive ardeur. S'inspirant alors de l'érudition, au lieu de s’en charger, comme d’une corvée tardive, consacrant à l'apostolat de la vérité ce qui est le plus digne d’elle, la jeunesse de l'imagination et du cœur, il eût élevé, sur la solide base de l’iiistoire, un monument immortel.

A une autre époque de la vie, dans d’autres conditions de fortune et d’avenir, son application .à reprendre et à presser cette œuvre si vaste parait plutôt l’impatience d’achever une lâche que l’inépuisable curiosité d’un tel sujet, et la poursuite enthousiaste d’un tel problème.

Les dix-huit mois qu’il consuma, dit-il, dans un travail de dix à quinze heures par jour, à s’abstraire l’esprit des spectacles du présent, pour vivre dans le passé, ne furent qu’un sécjucstre pénible, dont les laborieux résultats ne lui semblent que radotage et faiblesse jmérile . La critique impartiale doit protester contre celte injuste humeur, et celle détraclion du génie par lui-méme; elle ne peut s’empêcher d’y reconnaître une disposition malheureuse, que la puis.sancc seule du talent a parfois surmontée. Sans ce spleen d’orgueil découragé, l’auteur n’eût pas ainsi dédaigné lui-même cette grande étude des souvenirs du passé, dont il s’entourait, contre une réalité déplaisante à ses yeux. Pourquoi celte œuvre, si digne de couronner une glorieuse vie d'étude, n’a-l-elle été pour l’Iiislorien luimême que l'exécution hâtive d’un engagement forcé? Cela,

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sans doute, explique, surquelques points, ce qui peut manquer de liaison dans les parties, d’exactitude approfondie dans les détails, à travers les splendides ciïoits et les rapides ébauches d'une inspiration, qui renaît par moments.

Que n’a-t-il été donné à M. de Chateaubriand d'être vraiment Milton, c’est-à-dire, en se séparant du monde, d'en retirer son âme entière, d'emporter avec lui toute sa force et de la déployer, dans un ouvrage aussi supérieur à ce qu'il avait fait jusqu'alors que les choses immortelles le sont aux temporelles? Mais cet exemple du génie accru par la solitude et le délaissement, cette grandeur d'une imagination animée par les accidents qui découragent, par l'infirmité, par l’oubli, par l’injustice des hommes, ne s’est vue qu’une fois, dans le monde ; et sans doute, le point d'appui était pris cette fois plus haut que l’amour de la gloire. Le grand écrivain français n’eut pas ce détachement sublime, ce mépris de tout ce qui n’était pas la science et lu vérité, l'enthousiasme et la foi. Il ne remonta point vers son art, comme vers un asile inaccessible et sacré; il s'y résigna, par nécessité : il le reprit en patience et non plus, en amour, comme le demande la devise immortelle du grand consul romain.

La polémique venait encore le ressaisir. C'était, en mars 1831, un pamphlet piquant sur la Restauration et la Monarchie élective; c’était, en novembre de la même année, une réclamation généreuse, impuissante, mais libre, contre la proposition relative au bannissement de Cba ries X et de sa famille. La verve, l'énergie d'expression jetées par M. de Chateaubriand dans le débat politique ne manquaient pas à ces deux écrits ; mais, elles n'avaient plus le même effet sur les esprits. La parole était la même, l’auditoire différent.

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lii((uiètc des passions qu'elle voyait soulevées, la société detnaiidail l’ordre et le repos. Des plaintes passionnées la toucliaient moins que le sentiment du retour graduel de la paix, publique, par la seule force de la modération et des lois. M. de Chateaubriand persuadait peu, lorsque, dans son dépit de n’avoir point à dénoncer à l'Europe ces lois d'exception qu'il prédisait naguère, il s’écriait par un genre d’accusation tout nouveau : « Je doute que la lic( bcrté SC plaise longtemps ù ce pot-au-feu d'une Mouar- « cbie domestique. Les Francs l'avaient placée, cette « liberté, dans un camp ; elle a conservé, chez leurs des- « ccndants, l'amour de son premier berceau. Comme « l’ancienne Royauté, elle veut être élevée sur le pavois; et <( ses députés sont soldats. »

A la bonne heure ; mais sont-ils alors bien soumis à ces formes légales célébrées par vous? Et dans ce bruit du camp des Francs, et cette royauté militaire élevée sur le pavois, espérez- vous trouver la Monarchie de consentement et de raison, que vous recommandiez à notre siècle ?

La colère polémique trompait ici le publiciste; et, loin de rendre justice à l’esprit constitutionnel et modéré, que le gouvernement nouveau portait dans sa difficile épreuve, son adversaire trop passionné lui prophétisait, comme une nécessité, la guerre, pour s'agrandir au dehors, et le Pouvoir absolu, pour se défendre au dedans. Parfois même, il semblait conseiller la guerre comme une excuse et une expiation du reste.

C’était le conseil de la haine; ce n’eût pas été celui de la politique. Malgré l'éclat des trois journées de 1830, et la surprise dont elles frappèrent l’Europe, la France, débordant de Paris vainqueur sur la Belgique, ou saisissant la

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ligne du Rliin, eût reirouvê debout la Coalition entière. Des torrents de sang auraient coulé, sans une cliance de liberté pour le pays, et sans que la France pût jamais assez vaincre, pour réconcilier l’Europe avec une révolution de nouveau si menaçante. L’honneur du roi Louis Philippe fut de rejeter cette tentation, que vous déclariez néce.ssaire au salut de sa cause. H ne crut pas pouvoir, et surtout il ne voulut pas chercher le succès à ce prix. Son nom en vaudra mieux, dans l'Iiistoire.

Lassé bientôt d’une controverse désormais sans clTet, devant la secousse violente des événements et des esprits, M.de Chateaubriand quitta quelque temps la France, avec sa femme, visita la Suisse, y choisit une retraite, puis revint seul à Paris, pour essayer de vendre sa maison, rue d'Enfer, songeant à s'expatrier tout à fait. Ce fut durant ce voyage que, rapproché de lui par une communauté d’indépendance et d’ironique misanthropie, Béranger lui adressa, pour le retenir, quelques vers de ce tour élégant et rare, qu’il donnait à la chanson.

Ces vœux de quel(jucs amis bien nouveaux n’auraient pas changé, sans doute, les projets de l’illustre émigrant, s’il avait trouvé lui-même plus (l’accueil à l'étranger. Mais les Cours du Continent lui étaient peu favorables; et sa fidélité à la Dynastie tombée ne jusiiliait pas, à leurs yeux, scs principes constitutionnels et l’usage qu’il en avait fait. Pour un ancien Pouvoir arbitraire, l'usurpation même, à condition d'être absolue, |)arait de moins lilcheux exemple que la libcité. L’Angleterre aurait mieux convenu à M. de Chateaubriand; mais, à travers l’habile médiation d’un homme d'Etat qu’il n’aimait pas, la politique britannique s’était déclarée pour la Monarchie française do 1850, où elle semblait voir alors une image de la

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Sienne et une solution analogue d'un problème presque identique.

Ayant voyagé en Suisse, sans s’y plaire, M. de Clialeaiibriand revint donc bientôt dans cette France, que ses indigènes ne quittent pas volontiers, pour toujours, et que viennent chercher tant d’étrangers. Ce n’était plus par les amitiés politi(|ues, qu’il s’y sentait rappelé. Mais, son attachement pour une femme, dont le charme singulier fut presque une illustration, était devenu le plus fort sentiment de sa vie. Depuis quelques années, à travers les vicissitudes de son ministère, de sa chute, de son ambassade à Rome et de sa retraite dernière, il avait trouvé l’amitié de madame Récamier toujours égale et sûre. 31aintcnnnl que ces alternatives avaient ce.ssé, que le sceau de la disgrâce était sur lui, qu’il était déchu de la Puissance et même de l’opposition, que le déclin des ans venait ajouter à ce déclin du sort, il trouvait celte amitié plus vive, plus délicate, plus dévouée que jamais; et il s’y reposait.

L’attachement de cette femme du monde, qui aimait la retraite, de cette beauté célèbre qui se plaisait surtout à la simplicité, de celle personne entourée, dans sa jeunesse, de l’hommage des parvenus au trône, et demeurée toujours dédaigneuse de la fortune cl partiale pour le malheur, cet attachement convenait au cœur noble de M. de Chateaubriand : il adoucit ramerlume de scs dépits, sans affaiblir ses répugnances, que de nouveaux griefs vinrent bientôt exciter.

La révolution de Juillet, celte révolution non pas imprévue, mais plus accidentelle que préméditée, entraînait, après elle, ce qui suit toute grande mutation politique, les folles utopies, les reprises d’armes des hommes qui

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grandis, un moment, dans le trouble, ne peuvent consentir au repos.

Ce turbulent arriéré de tout cliangemenl de Pouvoir se compliquait et s'aggravait encore des libres habitudes et des tolérances légales, que maintenait l’esprit du temps et la modération du Prince. Il n’y avait pas tout à coup, après le bruit, le silence; après la lutte des partis, la compression absolue des opinions.

Nul homme, cependant, d'un esprit éclairé, parmi ceux que des intérêts ou des souvenirs attachaient à la Restauration de 1814, ne pouvait croire que cette Royauté tombée devant une juste résistance, allait être rétablie par un coup de main, comme elle s'était elle-même perdue. M. de Chateaubriand n'eut point cette illusion; il sentait que ce qu'il y avait de fortuit, de si rapidement irrésistible dans la catastrophe de 18ü0, tenait à des causes plus profondes , qui n’avaient pas cessé. Il n’acceptait donc, malgré son dépit amer, aucune espérance de changement prochain, et, dès lors, aucune solidarité d’efforts, ou de projets. Il voyait meme, avec un singulier mépris, ce long murmure après la tempête et ces écumes de courants divers, qui s'amassaient et bouillonnaient contre la barrière élevée. Rien ne l’attirait de ce côté ; et sa détiance même l’aurait plutôt rendu timide : ou du moins, faisant deux parts de sa conduite, il ne mettait aucune réserve à l'expression de son attachement aux Princes déchus, à la défense de leur mémoire, pour ainsi dire, à la réclamation des droits, que, dans un régime de liberté, on pouvait invoquer pour eux. Mais, il était résolu à s’abtenir de toute manœuvre cachée, de tout concert de partis, et même, disait-il, de toute espérance, pour n’avoir pas le dégoût des mécomptes.

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Ce 11' était pas seulement juste appréciation de l'insuflisance des hommes et de l’illusion des partis, c'était aussi juste fierté d’un grand esprit, et sentiment de sa gloire, sur laquelle il ne voulait pas laisser porter la main. Cette réserve, constamment gardée, aurait dû prévenir des rigueurs inutiles. Dans l'élc de 1852, avant l'époque, où l'entreprise hardie et légère de la duchesse de Berry troubla, plus qu’elle ne souleva la Vendée, M. de Chateaubriand, sollicité par une lettre de la princesse, avait, dans une réponse respectueuse, décliné toute mission secréte, tout concours furtir, toute participation confidentielle à des projets, qui lui étaient vaguement annoncés. Un nouveau message, qui lui parvint au nom de la princesse, n'excédait pas le rôle, que la fidélité la plus prudente pouvait accepter. C’était un envoi de dou/.e mille francs, offert pour le soulagement des malades, dans le fléau du choléra. L’emploi de cette offrande par M. de Chateaubriand, qui, sur le refus du préfet de la Seine et des maires, la remit en partie à l'archevêque de Paris, n'avait rien de séditieux. On devait donc s'étonner que, le 12 juin 1852, M. de Chateaubriand, arrêté dans sa demeure, fût conduit dans un cachot de la Préfecture de Police, comme inculpé de complot contre l'État.

L’épreuve fut courte. Le préfet de police, homme d’esprit, comprit la honte de ces procédés, dont il était l'exécuteur : il vint, dans In journée, tirer M. de Chateaubriand de sa geôle, l'accabla de politesses et d’excuses, et le conduisit dans la pièce la plus élégante de son propre appartement. C’était encore la prison; c'était, au moins, quelque chose des égards dus à l'homme illustre qui, dans un pays de garanties civiles comme l’Angleterre, n'aurait eu besoin que de se réclamer du droit commun, pour obtenir

sa liberté, sous caution. Bien des signatures se seraient oiïertes, pour tirer aussitôt M. de Chateaubriand même du salon de M. le préfet de police. Mais, il avait à subir les conséquences de nos formes judiciaires; et, inculpé dans une procédure ouverte devant la Cour royale de Bennes, contre M. Berryer, pour complicité dans la tentative de la duchesse de Berry, il devait répondre, sur faits et articles, à un magistrat délégué de la Cour royale de Paris.

De là sortit, le HO juin 18ô2, une ordonnance de nonlieu; et M. de Chateaubriand, après quinze jours d’ennui, dans sa captivité de faveur, revint chez lui, remerciant les amis et les admirateurs, qui s'étaient indignés de celte persécution. Il me comprit dans le nombre, et il me nomme, à ce sujet, dans ses Mémoires. L’effort n'était pas grand de ma part. Ecrivain et député dans un régime libre, j’avais le droit de dire ma pensée sur toutes choses, de blàn.er une procédure. J’étais à l’aise pour le faire devant le garde des sceaux d’alors, M. Barthe, avocat longtemps réputé trc.s-con3titutionnel, et que j’avais entendu, après 1850, demander la suppression de tout droit de timbre sur les journaux. Tant il était encore fervent ami cl zélateur ivconnaissant de la liberté de la presse ! S'exprimer, comme je le faisais, devant ce ministre et à la Chambre, pouvait déplaire à quelques-uns de ces flatteurs du plus fort, qui se rencontrent toujours. Mais, c’était justice et devoir d’honneur pour moi.

M. de Chateaubriand, cependant, sorti de séquestre et d’interrogatoire, se déplaisait à Paris. Celle inviolabilité, qu’il avait voulu préserver, en s’abstenant avec scrupule de tout engagement secret, lui semblait désormais atteinte; et la vive imagination de madame de Chateaubriand aggravait ce péril, rêvant à tonte heure procédure et prison nouvelle.

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Dans la juste impatience de s’éloigner, M. de Chateaubriand manquait d’argent, et ne possédait au monde que cette maison et ce jardin de la rued’Enfer, qu'il n’avait pu vendre, mais qu'il avait chargés d’hypoihéques. Hormis les occasions publiques, M. de Chateaubriand n'avait aucun faste. Rien de plus simple que sa vie intérieure; mais, il aimait à donner. « Je ne suis pas tendre, disait-il un « jour; mais je ne puis refuser un malheureux. Il me semble O même que, si je manque un peu de sympathie, comme on « ditaiijourd'hui, si je m'emiuie parfois de mes semblables, « je dois au moins, pour acquitter ma delte, les aider et « leur faire du bien. » Et, une autre fois encore, comme il donnait à de pauvres gens, ruinés en ISriO, un billet considérable de son libraire , et que son ancien secrétaire d’amba.ssade, M. de Givré, lui faisait quelque objection de prudence : a Ah! laissez, mon cher ami, dit-il; c'est la O plus facile manière d’être chrétien ; l’aumône est plus « aisée que la pénitence. »

A riieure meme, on celte gène habituelle était rendue plus pénible, un bienfait précédemment offert à M. de Chateaubriand, et d’abord décliné par lui, vint le chercher de nouveau. Le vieux roi Charles X, de son exil en Autriche, lui envoyait une somme de vingt mille francs, et lui faisait dire obligeamment que ce n’était pas sa dette royale tout entière, ni les deux années arriérées de la pension de Pair, que Sa Majesté s'élail promis de lui assurer.

M. de Chateaubriand n’était pas un de ces riches seigneurs d’Ecosse qui pouvaient donner aux Stuarts déchus leur fortune, comme leur sang : il était bien plus pauvre que son ancien roi. Il reçut le don de Charles X. Mais, insistant, par une lettre rcs|ieclucuse, sur son premier refus d’une pension annuelle, il affecta de n’accepter

qu'un secours provisoire, pour se dégager d’embarras accidentels et regagner l’asile, où il pourrait vivre de sun travail ,

Riche, pour quelques mois, de ce bienfait de Charles X etd’un prêt offert par un de ses nobles neveux, M. de Chateaubriand ne tarda plus à quitter la France. Unclettresans date de la duchesse de Berry l'éclairait peu sur les projets de cette Princesse et sur l’état de ce gouvernement secret, dont il avait refusé de faire partie. La disposition d'esprit de M. de Chateaubriand était alors très-découragée; mais, suivant nous, encore plus remplie d'illusions que de découragement. 11 écrivait, pour adieu, au poète Béranger : « Nous ne sommes pas dans un temps de révolution; mais, « dans un temps de transformation sociale. » Comme il arrive souvent aux plus rares e.sprits, le mécompte de ses propres espérances lui faisait croire tout boulcver.sé, dans le monde : et, par une autre fascination tout à la fois de système et d'humeur, que subit plus vive encore l’abbé de Lamennais, il rêvait pour l'Europe une prochaine cl immense Démocratie, sans songer assez que de grandes armées permanentes, une tactique aidée par la perfection des armes, la concentration, dans les mains maîtresses des affaires, de tous les instruments de force, d’intelligence et de célérité, favorisent non pas la liberté, mais l’absolu Pouvoir, sauf à le transférer quelquefois.

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