‹ La trichine et la trichinoseChapitre 14 sur 48 · MORPHOLOGIE DU KYSTE. 11 J · texte numérisé non relu

MORPHOLOGIE DU KYSTE. 11 J

sur le mode de genèse du kyste. Ce dernier, je l'ai précédemment établi, dérive d'un processus inflammatoire et tire son origine d'une néoformation embryonnaire, non d'une sécrétion de l'helminthe qui, dès son arrivée dans le tissu, se fût entouré fatalement et immédiatement d'une capsule unique, simple et lui appartenant en propre (1).

Dans les viandes américaines on trouve fréquemment non pas une ou deux, mais quatre, cinq, six ou sept Trichines (2) dans un seul et même kyste, que celuici soit d'ailleurs uniloculaire ou pluriloculaire. Ces helminthes sont entourés d'un tissu kystique analogue à celui qui a été déjà décrit et à la périphérie duquel se trouve la paroi hmilante. Il est donc impossible d'admettre 'que l'une des Trichines ait isolément assuré l'édification de cette capsule commune et l'on voit que l'élude des kystes à Trichines multiples fournirait, s'il en était besoin, un nouvel argument à opposer aux idées anciennement admises.

En ce qui concerne les types commerciaux de viandes offrant de semblables formations, il suffit de mentionner qu'on les observe indifféremment dans tous les produits américains, car on les trouve dans les jambons, les épaules et les poitrines comme dans les lards (longues bandes et courtes bandes),

(1) « Nous n'hésitons pas à affirmer que le kyste est simple et qu'il est « la propriété du parasite lui-même. » (Biistowe et Rainey, Trarisactlonx ofihe pathological Society ofLondon,t. V, 1853-54, p. 278.)

« Le kyste appartient à l'animal lui-même ; c'est un reste de l'état de nymphe » (Vogel, Traité d'anatomie pathologique, trad. franc. 1849, p. 409, note).

(2) Planche VII, fig. 52.

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§ 7. Effets de l'enkystement sur les tissus ambiants ; pliéaomènes qui se manifestent dans les tissus conjonctif, alipeux et musculaire. — Apparition des dépôts graisseux périkystiques.

L'imporlance du lissu conjonctif, au double point de vue de la dissémination des jeunes Trichines et du mode de constitution de leurs kystes, oblige à étudier tout d'abord les altérations, de ce tissu.

Les pliéiioniènes inflammatoires qui déterminent l'apparition de la néoformation et assurent son entier développement provoquent aussi des modifications profondes dans le tissu conjonctif; celui-ci peut môme disparaître complètement et le kyste vient alors s'appuyer sur les éléments voisins, tels que les faisceaux musculaires primitifs dont le sarcolemme semble faire partie intégrante delà [)aroi kystique; mais, le plus souvent, et suivant une loi que j'aurai bientôt l'occasion de rappeler, un certain nombre de cellules embryonnaires se transforment en éléments connectifs qui viennent renforcer la couche prolectrice du kyste.

Dans les masses adipeuses, l'helminthe détermine des phénomènes dont la sériation est peu dilTérente : la graisse tend à disparaître, le proloplasma devient apparent, des noyaux de nouvelle formation se montrent et, la prolifération s'accentuant, de nombreuses cellules embryonnaires se constituent; ces manifestations se réalisent toutefois moins rapidement et surtout moins régulièrement que dans le tissu conjonctif. Parmi les cellules adipeuses, il en est un assez grand nombre qui paraissent avoir déjà subi une surcharge graisseuse telle que leur protoplasma

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ne peut plus se manifester ni anatomiquement, ni fonclionnellement ; elles demeurent alors inertes au milieu de la néoformation dont elles ralentissent l'évolution qui peut même se trouver complètement suspendue si le nombre de ces éléments indifférents est tant soit peu considérable. C'est sans doute à celte cause qu'il convient d'attribuer l'aspect si fréquemment offert parles Trichines observées dans les masses adipeuses : la plupart n'ont pas dépassé le stade embryonnaire de leur développement, beaucoup d'autres sont mortes au milieu d'une masse granulo-adipeuse peu différente du tissu ambiant; il en est relativement peu qui se montrent entourées d'un kyste normal, ce qui se comprend lorsqu'on se reporte aux obstacles que rencontre, dans le tissu adipeux, la formation du kyste.

Plus complexes sont les phénomènes observés dans le tissu musculaire; je crois devoir les décrire d'autant plus minutieusement que mes observations m'ayant conduit à restreindre l'importance généralement attribuée, dans la formation du kyste, aux éléments contractiles^ je me suis attaché à suivre^ dans leurs moindres détails, les altérations que présentent ces éléments chez les animaux trichinoses.

Même, lorsque la Trichine n'atteint pas primitivement le sarcolemme, les faisceaux ambiants ne tardent pas à se modifier notablement : ils montrent, dans leur substance, de fines granulations dont la nature est d'abord fort vague, puis parmi lesquelles on distingue bientôt des globules très ténus, évidemment adipeux. Pendant que la substance contractile subit cette transforma-

Chatin. Trichinp, 8

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tion granuleuse ou granulo-adipeuse (1), on voit apparaître des indices de prolifération dans les noyaux sous-jacents au sarcolemme. Il se dessine ainsi un véritable processus inflammatoire, dont il importe de rechercher les elîets; mais, auparavant, je dois faire connaître la technique suivie dans ces délicates observations; le principe en est emprunté à MM. Cornil et Ranvier (2).

A l'autopsie de l'animal trichinose, qui doit être observé dans la seconde période de la phase tissulaire de la maladie, on pratique sur le muscle, et parallèlement à la direction des faisceaux, une incision qui met à nu la masse contractile; puis, sur celle-ci, avec le tranchoir de Strauss, on circonscrit un petit lambeau prismatique qui est placé sur la lame de verre avec une trace d'eau distillée. Deux aiguilles, courbes sur le plat, sont appliquées sur les deux surfaces de section perpendiculaires au grand axe du prisme et, par une lente dilacération, celui-ci est dissocié en fragments de plus en plus ténus, comprenant par conséquent un nombre progressivement moindre de faisceaux primitifs que l'on examine suivant la méthode

(l)Si ces modes dedég:5nérescence sont, de beaucoup, les plus fréquents, il ne faudrait pas croire cependant que ce soient les seuls qui puissent ôtre constatés dans le tissu musculaire. Dans une observation qui date déji de plusieurs mois, j'ai noté une altération du muscle devant vraisemblablement être rapportée à la « transformation cireuse ') de Zenker. La Trichine qui Tavait provoquée était morte et se trouvait simplement entourée d'une masse cellulo -granuleuse non encore limitée par une couche pariétale.

Dans d'autres cas, j'ai constaté, dans le muscle, des dégénérescences pigmentaires ; quelquefois môme, on rencontre dans les éléments contractiles des concrétions de carbonate et de phosphate de chaux indiquant une réelle tendance à la crétification. Enfin, il convient de rappeler que l'irritation résultant de la formation et de la présence du kyste détermine à son pourtour l'apparition de nouveaux vaisseaux sanguins.

(2) Cornil et Ranvier, o^. cit., p. 52.3.

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habituelle, après avoir éliminé les parties sur lesquelles ont été appliquées les aiguilles et dans lesquelles l'altération traumatique de la substance, contractile pourrait induire en erreur,

A la suite des phénomènes que nous venons d'étudier dans les faisceaux musculaires et qui ont été précédés de profondes modifications dans le tissu inter-fasciculaire, des cellules embryonnaires apparaissent, qui pourront, selon les cas et selon l'intensité de l'irritation, se confondre avec les cellules du tissu kystique ou donner naissance à de nouveaux faisceaux primitifs suivant la loi à laquelle je faisais précédemment allusion : « Quelle que soit la provenance du tissu embryonnaire , il a de la tendance à reproduire le tissu de la région où il siège (I) ». Il se produit donc alors, si l'irritation est faible, si surtout le sujet peut résister aux premières atteintes de l'affection, une véritable régénération musculaire. Colberg l'avait déjà signalée dani la tricliinose, mais s'était mépris sur le mécanisme qui en assure la réalisation. Pour Colberg, les faisceaux de nouvelle formation eussent été dus à la superposition et à la soudure de cellules qui se seraient unies par leurs extrémités et dont la substance plasmique se serait ensuite segmentée transversalement, pour revêtir les caractères de la substance musculaire striée. Un tel mode de développement eût été en contradiction complète avec ce que nous savons de l'évolution des muscles; aussi ai-je porté toute mon attention sur ce point et je crois pouvoir conclure de mes observations que, dans cette régénérescence, le tissu musculaire repro-

(1) Cornil et Ranvier, op. cit., p. 131.

(luit les phénomènes classiques de sa genèse normale : loin d'être formés par des cellules soudées bout à bout, les faisceaux priniitifs se développent respectivement aux dépens d'une seule cellule dont les noyaux se multiplient. Cette prolifération des éléments musculaires ne doit pas être considérée seulement dans son mode évolutif, elle mérite également d'être étudiée dans l'orientation des faisceaux qui en dérivent. On sait que les éléments embryonnaires, formés dans le voisinage d'un tissu, ont de la tendance à s'organiser dans le sens de ce dernier lissu. L'anatomie pathologique du tissu osseux en offre d'excellents exemples dans les hyperostoses et exostoses épiphysaires. Mais il n'en est pas toujours ainsi et, dans le cas qui nous occupe, on constate fréquemment que les nouveaux faisceaux musculaires suivent des directions très variables : tandis que les uns demeurent parallèles au plan général de la masse contractile, d'autres lui deviennent obliques ou même perpendiculaires, et peuvent parfois s'enrouler autour du kyste, semblant ainsi lui former des tuniques multiples et complexes que plusieurs auteurs ont figurées sans pouvoir aucunement parvenir à les interpréter, l'observation des animaux trichinoses depuis longtemps ne pouvant jamais fournir la solution de semblables questions.

Ce n'est pas seulement par la formation de nouveaux éléments conjonclifs, musculaires ou vasculaires (1) que

(1) Je crois Inutile d'insister sur les caractères et le développement des vaisseaux de nouvelle formation qui apparaissent autour du kyste. Ces phénomènes ont élé très complètement étudiés parles observateurs qui depuis trente ans, ont observé les effets de la trichinose musculaire. Ils sont déjà netleinunt décriis et liguros par Luschka en ISûl. (Lusclika,

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la néoformation affirme son action sur les tissus voisins, c'est encore en y déterminant l'apparition d'abondants dépôts adipeux dont l'existence est si fréquente que les helminthologistes et les pathologistes ont depuis longtemps signalé ces productions.

Leur origine est des plus simples : on sait avec quelle facilité les granulations adipeuses se montrent dans les cellules développées sous l'influence d'une irritation, surtout lursque le nombre de ces éléments est supérieur à celui qui eût été nécessaire pour l'édification de la néoformation ou pour la reconstitution du tissu primitif. Le fait est encore mieux accentué quand l'apport normal est insuffisant pour suffire aux besoins des éléments ainsi constitués.

Ces conditions se trouvant réalisées dans les tissus atteints par la Trichine larvaire, on ne saurait s'étonner d'y voir rapidement apparaître des amas adipeux qui peuvent même devenir de véritables collections graisseuses.

Tous les auteurs qui ont mentionné la présence de la graisse au pourtour des kystes ont cru pouvoir la représenter comme se montrant simultanément ou même brusquement sur toute la périphérie de la néoformation. Cette conception est bien excusable si l'on se reporte aux circonstances dans lesquelles la plupart des observateurs ont pu observer les kystes, trop généralement étudiés sur des sujets dont l'helminlhiasis, déjà ancienne, s'était développée lentement.

Mais quand on examine des animaux chez lesquels

loc. cit.,) — Zenker, Colberg, etc., ont également retracé les détails essentiels qui se rapportent à leur histoire.

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l'affeclion s'est propagée rapidement et qui ont été sacrifiés peu après la dissémination des jeunes Trichines, on trouve les kystes à l'état d'intégrité absolue; s'ils présentent quelque altération, celle-ci est à peine ébauchée et peut presque constamment être observée à son début.

C'est alors qu'on parvient aisément à se rendre compte du mode d'apparition des dépôts adipeux : loin d'envabir simultanément toute la périphérie du kyste, la graisse se montre d'abord vers l'un des pôles de celui-ci, et ce n'est que lorsqu'elle a acquis un certain développement à cette extrémité, qu'elle commence à apparaître vers la région opposée. Il arrive parfois qu'on observe ainsi une cellule adipeuse ou un petit groupe de cellules adipeuses vers l'un des pôles, tandis que l'autre n'en offre encore aucune trace; puis, lorsque la formation stéatogèno s'est accentuée autour du point initial, on la voit s'ébaucher à l'extrémité opposée, et c'est seulement à ce moment que le kyste commence à reproduire l'aspect sous lequel on a coutume de le figurer dans la plupart des traités.

L'accroissement de la masse adipeuse périkystique progresse dès lors assez rapidement, finissant même par voiler et recouvrir complètement le kyste qui parfois ne pourra plus être distingué que par la compression déterminant la rupture des vésicules adipeuses ou par l'intervention des réactifs spéciaux. Encore ce résultat ne pourra-t-il être obtenu que si le kyste a conservé, au-dessous de son revêtement adipeux, les traits essentiels de sa constitution originelle; mais il n'en sera pas toujours ainsi, car l'adiposité périkystique coïncide fort souvent avec d'impor-

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tantes modifications dans le tissu de la néoformation et dans l'organisation de l'Helminlhe qu'elle abrite.

J'ai à peine besoin d'ajouter que ces profondes altérations périkysliques et intrakystiques sont fort rares dans les viandes fournies par des animaux morts peu de temps après le développement de l'helminlhiasis ou provenant des pays dans lesquels la trichinose sévit à l'état endémique.

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