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essentiellement transitoire et momentanée, elle devait prendre fin dès qu'on aurait trouve les bases d'un contrôle suffisant.
Tout clément d'appréciation faisait alors défaut : on ignorait quelle était réellement la proportion des viandes trichinées; on ne savait dans quel état s'y trouvaient les Nématodes et leurs kystes ; on ne possédait entin aucune notion qui permît de décider si Texamcn microscopique pouvait être appliqué à de telles quantités de produits. Lo port du Havre recevant la presque totalité de ceux-ci, M. icMinistrcde ragriculture et du Commerce résolutd'y instituer un laboratoire dont les recherches ne devaient pas seulement avoir pour objet l'étude des questions qui viennent d'être indiquées; un but plus pratique leur était encore assigné : elles devaient se poursuivre jusqu'au jour où l'on aurait achevé l'examen des viandes en cours de marché ou d'embarquement au moment de la promulgation du décret de prohibition, une décision gracieuse ayant autorisé l'importation de ces viandes après expertise préalable.
M. le Ministre voulut bien me confier la direction de ce laboratoire dont les travaux se continuèrent sans interruption durant près de quatre mois. Grâce au personnel habile et dévoué qui me fut adjoint, ils ne cessèrent d'être poursuivis avec la plus rigoureuse méthode; leur extension fut considérable et, pour en permettre l'appréciation, il me suffira de rappeler que nous avons examiné plus d'un million de préparations.
Les résultats ainsi obtenus n'ont pas seulement élucidé les divers points relatifs à l'inspection des viandes sus-
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pectes : rapprochés de mes études antérieures, ils fournissent les matériaux nécessaires pour édifier complètement l'histoire de la Trichine spirale, histoire dont les traits généraux avaient seuls été esquissés.
Parmi les faits nouveaux que l'on trouvera exposés dans ce travail, je me borne à signaler les chapitres consacrés à l'anatomie et à l'histologie de l'Helminthe, au développement de l'ovule et de l'embryon, à la formation et aux dégénérescences du kyste, à l'étude expérimentale de la trichinose, etc.
Onze planches, entièrement originales et dessinées d'après nature, reproduisent les caractères du Xéinatode à ses différents âges et les détails essentiels de la formation kystique suivie dans ses diverses périodes et dans ses modifications régressives ou morphologiques. Elles facihteront, je l'espère, à l'hygiéniste et au clinicien l'étude d'un parasite tristement célèbre et dont on ne peut prévenir la propagation ou combattre les effets qu'à la condition de le bien connaître.
En terminant cette longue série de recherches, c'est pour moi un devoir d'adresser mes remercîments à toutes les personnes qui ont bien voulu s'y intéresser et me donner les moyens de les réaliser.
Je prie M. Tirard, Ministre des finances, alors 3Iinistre de l'agriculture et du commerce, de recevoir l'expression de ma profonde reconnaissance pour m'avoir fait l'honneur de me charger de la direction du laboratoire micrographique du Havre^ où j'ai recueilli les principaux éléments de mes observations.
j^ AVANT-PROPOS
Quil me soit également permis d'exprimer ma vive .ratitude à M. Girard, Directeur du Commerce mterieur. îc ne saurais oublier le bienveillant appui, les précieux encouragements que je n'ai cessé de trouver auprès de lui pendant toute la durée de ma mission.
JoANNF.s CHATIN.
Le 1" déceml.re 1882.
LA TRICHINOSE
Après avoir reçu des acceptions assez différentes suivant les époques et suivant les auteurs, le nom d'Eelmi7ithes se trouve généralement appliqué par les zoologistes contemporains, à des Vers qui, sauf de rares exceptions, présentent le caractère commun de vivre à l'état parasitaire, c'est-à-dire aux dépens d'autres êtres vivants, que ceux-ci appartiennent d'ailleurs à l'un ou l'autre des deux règnes organiques.
Comprenant un grand nombre de genres et d'espèces, offrant de fréquentes et notables différences morphologiques ou anatomiques, ce groupe s'est depuis longtemps imposé à l'attention des taxonomistes qui s'accordent actuellement à le diviser en quatre ordres :
1° Les Nématodes.
2° Les Acanlhocéphales.
3° Les Trématodes.
4° Les Cestodes.
Le nom donné à chacune de ces divisions rappelle l'aspect général des types qui s'y trouvent rangés. Les
Chatix, Trichine. 1
q INTRODUCTION.
Nématodes H-.a, fil) représentent des Vers cylindrique, et filiformes tels que la T.ichine, l'Oxyure vermiculan-e, l'Ascaride lombricoïde ou la Filaire de Médine. Les Acanthocépliales (àV.avOa, épine; -/.eoaXvi, tête) sont caractérisés par une tête ou mieux par une trompe armée de crochets; l'Echinorliynque qui vit chez le Porc, le Sanglier, le Mouton, parfois même chez Tllomme, en est un fort bon exemple. Les Trématodes (tp^ixa, pertuis, bouche) possèdent des ventouses, organes d'adhérence et de fixation, que les anciens considéraient comme autant de bouches, d'où le nom qu'on leur donne encore aujourd'hui; ils sont aplatis, discoïdes ou lancéolés : la Douve hépatique, si commune chez les Ruminants, en est le représentant vulgaire. Quant aux Cestodes (-/.s^to;, ceinture, ruban), ils comprennent ces vers rubanés ou festonnés,' connus sous les noms de Ténias et de Bolhriocéphales.
Lorsque l'on étudie comparativement ces types, on ne tarde pas à reconnaître que les dissemblances extérieures traduisent d'importantes différences dans la constitution interne. Chez les Cestodes, la dégradation organique est extrême, le parasitisme absolu ayant imprimé sur ces êtres sa marque indélébile : les attributs les plus élevés de la vie, les différentes manifestations de la sensibilité ont complètement disparu ; il semble que l'hôte devienne, à tous les égards, l'intermédiaire obligé entre le milieu cosmique et le parasite qu'il héberge. Chez les Trématodes et les Acanthocéphales, l'organisation se perfectionne et l'on voit celte tendance s'affirmer plus nettement encore chez les Nématodes qui témoignent ainsi
d'une réelle parenté avec les formes supérieures de la série des Vers.
Ce n'est pas seulement par la configuration générale ou par les dispositions propres aux grands appareils de l'économie que les Helminthes peuvent se différencier; les conditions biologiques qu'ils réclament achèvent de les caractériser, rien n'étant plus variable que leur genre de vie.
Si le parasitisme constitue, d'une façon générale, le caractère commun à la plupart de ces êtres, il ne laisse cependant pas de s'y exercer fort inégalement et à des degrés très différents; aussi commettrait-on une erreur grave si l'on tentait d'identifier à cet égard les divers types du groupe.
Chez les plus élevés d'entre eux, le parasitisme, loin de représenter l'état constant, ne s'observe souvent que durant une période de la vie de l'Helminthe; celui-ci pourra mener une existence indépendante pendant sa jeunesse et réclamer seulement à l'âge adulte le secoufs d'un autre organisme; dans certaines espèces, au contraire, la vie, sédentaire duraat ses premiers temps, devient libre lorsque le ver a atteint son complet développement ; il abandonne alors l'hôte qui l'a hébergé et va disséminer au loin ses œufs OH ses jeunes. Quelquefois même le parasitisme fait totalement défaut et le Nématode vit constamment hbre soit dans la terre, soit dans l'eau douce ou dans la mer.
D'autre part, lorsque le parasitisme se manifeste, il peut s'exercer dans des limites variables et dans des conditions assez diverses. Parfois le Nématode naît, vit et meurt dans le même hôte, ainsi qu'on l'observe pour
l'Oxyure vermiculaire. Le mode de développement de l'Ascaride lombrieoïde est déjà moins simple; il se complique davantage encore chez plusieurs Nématodes, le parasite devant subir un stage plus ou moins long avant d'accomplir son entière évolution. Souvent même ce stage devra s'effectuer dans un organisme distinct de celui qui permettra à l'Helminthe d'acquérir ses caractères définitifs. Un curieux petit parasite de la Souris passe ainsi la première partie de sa vie dans le corps des Ténébrions et c'est en dévorant ces Insectes que le Rongeur s'infecte du Nénialode qui pourra atteindre seulement chez lui son élat parfait.
Ailleurs, on voit le parent habiter une région déterminée de l'hôte tandis que ses jeunes iront se fixer dans une autre partie du même organisme. Tel est le cas de la Trichine : à l'état de complet développement, elle s'observe dans le tube digestif du Porc, du Rat, de l'Homme, etc. ; les jeunes, nés de celte Trichine adulte et sexuée, franchissent les i»arois du canal intestinal, émigrent vers les masses musculaires, adipeuses, etc., s'y enkystent et demeurent ainsi à l'état de vie latente jusqu'au moment où, le tissu qui les abrite ayant été ingéré par un autre mammifère, ils se trouvent transportés passivement dans un milieu semblable à celui dans lequel ils sont nés. Mis en liberté, ils y compléteront leur développement et, devenant aptes à la reproduction, donneront naissance à des jeunes qui recommenceront le même cycle évolutif.
Ayant ainsi rappelé la place zoologique de la Tiichine qui doit prendre rang parmi les Nématodes, ayant ainsi retracé les grandes lignes de son existence qui se partage
en deux périodes principales, on peut aborder utilement et sûrement l'élude particulière de cet Helminllie. Pour apporter quelque méthode dans un semblable exposé, il convient d'examiner successivement la Trichine dans sou histoire, dans son organisation, dans son développement et dans son action nocive dont l'étude conduit naturellement à rechercher et à discuter les mesures prophylactiques capables de prévenir on de limiter la propagation de ce dangereux parasite. Tel sera le cadre général dans lequel viendront se grouper les résultats de mes recherches.