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CHAPITRE II

CARACTÈBES ET AFFIMTÉS DU GENRE TRICHIXA. — EXAMEN CRITIQUE DE SES DIVERSES ESPÈCES. — PSEUDO-TRICHINES.

Par la forme générale du corps, comme par les traits essentiels de l'organisation interne, la Trichine doit évidemment prendre place dans l'ordre des Nématodes, mais de quels types convient-il de la rapprocher ? Quelles sont ses véritables affinités taxonomiques ? Telles sont les questions qu'il importe d'examiner d'abord avec attention.

Je crois inutile de rappeler l'infructueux essai de Schneider, tentant de réunir la Trichine et quelques genres voisins dans la tribu des « Holomyaires (1) » ; j'aurai l'occasion d'y revenir en examinant la structure du système musculaire. Ce mode de groupement ne présente plus d'ailleurs qu'un intérêt historique, tous les zoologistes contemporains se refusant, et fort justement, à l'admettre (2).

Le démembrement de cette tribu éphémère des Holomyaires a déterminé la constitution de plusieurs familles dont la valeur est fort inégale et dont les frontières, comme l'autonomie, semblent parfois douteuses. Dans

(1) A. Schneider, Monographie der NematoJen, 1866, p. 28. ('2) Voy. Butscbli, in Zoological Record, 1873, p. 490. — Claus, Traité de Zoologie, trad. franc., 1878, p. 311, etc.

l'une d'elles, celle des trichotrachelides, se trouveraient réunis les Trichocéphales elles Trichines (1).

Bien que proposé par des naturalistes dont on ne saurait nier la compétence et l'autorité, ce rapprochement me paraît difficilement acceptable, et je doute qu'il soit conforme aux affinités véritables des deux genres ainsi réunis. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer leurs caractères respectifs.

La configuration extérieure est profondément dissemblable : tandis que la Trichine réalise pleinement la forme normale du Nématode classique, offrant un corps cylindrique et d'un diamètre sensiblement égal sur toute son étendue, le Trichocéphale revêt, au contraire, un aspect bizarre et tout à fait spécial: composé de deux parties bien distinctes, le corps débute par une longue portion antérieure filiforme, extrêmement grêle, à laquelle succède brusquement une région postérieure dilatée au point de devenir presque claviforme. Ces deux parties ne se distinguent pas seulement par leur diamètre, elles diffèrent en outre par leur constitution : la région antérieure et capillaire ne renferme que Tinteslin initial et une partie de l'intestin moyen ; la partie postérieure et renflée contient, avec la partie terminale du tube digestif, l'ensemble de l'appareil sexuel. Dans la Trichine, rien de semblable ne s'observe : s'amincissant à peine, et fort légèrement, à ses extrémités, le corps n'offre aucune trace de la singulière constitution propre aux Trichocéphales ; l'appareil génital se prolonge même assez en avant pour s'ouvrir, chez la femelle, dans la région sub-céphahque.

(1) Claus, op. cit., p. 319. — Voa Hayek, Handbuch der Zoologie, t. I, 1877, p. 320.

Chatix, Trichine. 2

Le Tiiclîocéphale mâle montre à l'extrémité caudale une simple capsule ovoïde ; chez le Trichma spiralis, la même région porte deux appendices autour desquels le cloaque s'élargit en forme de bourse sinueuse.

Si de ra>pect extérieur on passe à l'organisation interne, on ne tarde pas à découvrir de nouvelles et importantes différences.

Le tube digestif offre, chez les Trichocéphales, des dispositions caractéristiques : « il débute par un bulbe œso- « phagien musculaire, de forme ovoïde, se rétrécissant en tt arrière où il est suivi d'un œsophage qui se continue « lui-même avec l'intestin, sans étranglement bien mar- « que (1). » Chez la Trichine, on trouve un œsophage dépourvu de bulbe et limité par des parois minces ; l'iiilestin moyen, bordé de grosses cellules, lui succède et aboutit à l'intestin terminal ; sur les flancs de l'intestin moyen s'insèrent deux petits cœcums symétriquement situés et parfaitement indiqués, dès 1851, par Luschka (2) dont la description fort exacte semble aujourd'hui tombée dans un oubli complet et inexplicable.

Dans le genre Trichocephalus, le testicule se continue par un tube séminal présentant deux rétrécissements sur son trajet et semblant ainsi figurer, dans l'ensemble, trois vésicules placées bout à bout (3). L'appareil mâle de la Trichine offre seulement une vésicule séminale en forme de massue et un très long canal déférent.

L'orifice vulvaire se montre, chez les Trichocéphales, au

(1) Em. Blanchard, Recherches sur l'orgmiisation des Vers {Annales des sciences naturelles. Zoologie, 3* série, 1849, t. XI, p. 195).

(2) Luschka, in Zeitsclirift fur Zoologie, 18ôl.

(3) Em. Blanchard, loc. cit.

point de jonction des deux parties du corps, c'est-à-dire sur la moitié postérieure de celui-ci. Dans les Trichines, au contraire, il se trouve à peu de distance de la tête, vers la fin du premier sixième de la longueur totale.

Les œufs des Trichocéphales présentent une forme absolument typique : oblong et revêtu d'une coque épaisse, l'ovule se termine à ses deux pôles par un mamelon obtus et translucide. L'œuf de la Trichine est régulièrement ovalaire.

La reproduction est ovipare dans les Trichocéphales, vivipare chez les Trichines.

Pour le genre Trichocephalus^ le mode de propagation paraît assez simple : expulsés avec les fèces, les œufs se développent lentement dans l'eau ; puis, ramenés par les boissons dans le tube digestif, s'y dépouillent de leur coque et mettent en liberté un embryon qui accomplira rapidement, dans le même miheu, son entière évolution. Pour la Trichine, le développement est loin d'être aussi direct : la vie se partage en deux périodes,, l'une stagiaire, l'autre active ; deux hôtes sont nécessaires pour en assurer la réalisation qui exige, en outre, des conditions spéciales et multiples.

Les enseignements de la morphologie, de l'anatomie et de l'embryologie s'accordent donc pleinement et obligent à repousser l'alliance que l'on a trop hâtivement tenté d'établir entre les Trichocéphales et les Trichines (1).

(1) Les auteurs qui admettent le groupe des Tricliotrachélides y rangent, auprès des Trichines et des Trichocéphales, le genre T-richosomum, mais ses caractères sont si peu différents de ceux du genre Trichocephalus que rensemble des considérations précédentes peut lui être appliqué presque

C'est ailleurs qu'il convient de cliercher les véritables affinités du genre Trichina. Si la forme du corps l'éloigné des Tricliocéphales et des Tricliosomes, elle le rapproche au contraire des Pilaires, des Strongles, des Ascarides, etc. D'autre part, la constitution de l'appareil génital, l'absence de spicides vrais, la situation de la vulve, le mode de développement distinguent nettement des Ascarides les Trichines qui se rapprochent, par la position antérieure de la vulve et par la viviparité, des Pilaires; celles-ci ont été fréquemment confondues avec les Trichines dont elles ne se séparent guère que par des détails secondaires (gracilité du corps, papilles buccales et préanales, etc.). Par la conformation de l;i bouche, par la constitution interne, les Strongylides s'éloignent des Trichines; cependant certains d'entre eux semblent s'en rapprocher par divers caractères, et surtout par la configuration de l'extrémité caudale qui dans quelques strongles offre une réelle parenté morphologique avec la même région observée chez le Trichina spiralis.

Cette dernière ne saurait demeurer désormais unie aux Trichocéphales et aux Tricliosomes ; on peut au contraire la rapprocher des Pilarides et des Strongylides.

Toutefois, l'ensemble de ses caractères empêchant de la classer dans l'une ou l'autre de ces familles, il convient de la considérer comme type d'une famille spéciale, celle des Trichlmues, qui doit prendre place auprès des précédentes.

Cette conclusion, la seule qui semble conforme aux

intégralement. Aussi crois-je inutile d'insister sur les dissemblances qui obligent à le séparer des Trichines.

légilimes exigences de riielminlliologie moderne^ n'est d'ailleurs pas absolument nouvelle ; elle a été formulée, dès 1866, par Pagenstecher, constituant dans le voisinage immédiat des Strongylides et des Gordiides Ja famille des Trichinides (1) dont il a donné la diagnose suivanle, qui peut être conservée :

« TaicmNiDiE : CoUum corpore angustum, caput inerme, « os simplex ; anus terminalis ; extremitas caudalis ro- (( tundato-obtusa ; maris apertura genitalis terminalis^ « feminsB ad collum ; spicula nulla. »

Après avoir analysé les caractères fondamentaux du genre Trichina, après avoir reconnu ses véritables affinités et déterminé sa place dans la série des Nématodes, il importe, pour achever son histoire zoologique, de rechercher quels types spécifiques doivent y figurer.

Chacun connaît les effets déterminés par la généralisation de cette déplorable tendance qui entraîne certains naturalistes à considérer comme nouvelles la plupart des espèces offertes à leurs investigations, sans se préoccuper aucunement de l'histoire antérieure de ces êtres, souvent dénommés déjà sous deux ou trois noms différents et rangés parfois même dans des genres complètement distincts.

C'est surtout dans le domaine de l'helminthologie que l'on peut trop facilement et trop fréquemment apprécier les résultats d'une pareille méthode; on se l'explique aisément en se reportant aux conditions dans lesquelles

(1) Pagenstecher, Die Tncl.ineit, etc. 18CG.

se poursuit l'observation des Helminthes dont la découverte, souvent fortuite, se réalise presque toujours au cours d'une dissection pratiquée par un anatomiste trop fréquemment étranger à cette branche de la zoologie générale : ue sachant cependant pas résister au désir d'attacher son nom à une espèce qu'il croit nouvelle, il s'empresse de la créer avec un Yer déjà connu et dont il ne peut même discerner la véritable parenté taxonomique; aussi le range-t-il hâtivement, en raison de quelque vague ressemblance extérieure, dans un genre où jamais il n'eût dû figurer et dont l'éloignent à la fois son organisation, son mode de développement, etc. Parfois même c'est une simple larve qui devient le type de l'espèce nouvelle.

On va pouvoir s'en convaincre par l'étude critique des Nématodes actuellement encore rapportés au genre Trichina, qui ne compterait pas moins de neuf espèces :

\. TricJiina spiralis Owen.

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