‹ La tristesse et la joieChapitre 10 sur 146 · Sensatio/i et Mouvement, p. OV Paris, F. Alcan · texte numérisé non relu

Sensatio/i et Mouvement, p. OV Paris, F. Alcan

INTItOnrCTION Tf)

^Jalgrc la concision des notions qui [)r(''cè(l(MiL elles peiiiul tent,je crois, de distinguer, au moins pour le cohu-, la respiration et les muscles, deux manifestations dilTérentes de la douleur ; il y a des manifestations actives et des manifestations passives, des systoles parfois accélérées et plus souvent ralenties, des inspirations superficielles et rapides ou lentes et profondes, une exhalaison plus considérable ou moins considérable d'acide carbonique, de l'excitation ou de l'inertie musculaire. Pareille distinction est plus difficile à faire pour les fonctions digestives, les sécrétions et la nutrition, puisqu'en dernière analyse toutes les douleurs aboutissent à Tairaiblissement organique ou à l'amaigrissement, et cependant, ici encore, on distingue la douleur active qui pleure de la douleur passive qui ne pleure pas, et ce que je sais de la douleur morale me permet de ])enser qu'on aurait peut-être lieu de faire, parmi les autres sécrétions, des distinctions analogues.

Ajoutons enfin qu'au moins pour la respiration, le cliimisme respiratoire, les sécrétions et les contractions musculaires, les symptômes d'activité paraissent se grouper naturellement et s"inq)li(|uer. — Le même animal (jiii (ri(^ et s'agite, respire en même temps plus vite et brûle plus que le sujet stupide. inerte, nuiet, qui ne pleure pas. Je n'ose atlirluer (jue le parallélisme se poursuive dans le nombre des systoles, puisque l'arrêt du conu* nous est présenté par tous les physiologistes comme un symptôme à ])eu ])rès constant.

Je dois cej)endant noter que Manlegaz/.a e\pli(jue I "accélé ration des svsloles. (piand (^lle se produit, par les conlraclions nnisculaires et les mouvements'.

Les causes de cette dilVérence dans 1(>< uianlleslalions don loureuses soiil peu comuu^s : M. iliclicl. (|ui p(»^(^ la (|ues tion. la r(''>()ul par une livpolbcse (|ui ik^ uiaucpie pas de Araisemblauccv J^es maniléslatious dilVénMJtes dt^ la don leur r(''\('>l (Milieu t. d'après lui. la dillcMcnce des sensibilllt's, I anuiial (|ui >(' di'bal et crie soiilViaiil |)lu^ (pic 1 anuual qiu resl(^ immobile et inu(M. — l ne e\p(''ri(Mi((' lr('>- >iuq>le

I. Manloirazza. Plivsioloi^ir de ht Doulrur, y. \\\) i'\. '\\.

vient à rappiii de cette interprétation : viviséquez une grenouille en hiver, dans un moment où la sensibilité se trouve émoussée ; une fois l'expérience commencée, la grenouille ne remuera presque plus, restera immobile sur la planchette où elle est fixée, sans crier et sans se débattre. Essayez de faire la même opération en été, lorsque la sensibilité est plus vive, vous aurez de la peine à maintenir Fanimal ; il criera et se débattra dès que vous le toucherez.

Recommencez Fexpérience en administrant à une grenouille un soixantième de milligramme de strychnine pour exciter sa sensibilité ; une fois strychninée, elle se débattra et ciiera beaucoup plus.

« On ne peut, conclut M. Richet, attribuer au courage, « c'est à-dire à la volonté, cette différence dans la manière « de réagir, et il est bien plus probable que la différence de « réaction tient plutôt à la différence de sensibilité, la douce leur étant très vive dans un cas et très afftiiblie dans « ^autre^ »

Suivant le même auteur, ce serait cette différence de sensibdité qui expliquerait la différence, dans la réaction douloureuse, des diverses races humaines et même des individus. — « Les races blanches, dit-il, qui ont la sensibilité - « plus délicate que les races nègres, souffrent davantage et « expriment plus souvent leur souffrance par de l'agitation « et des cris. Une jeune femme nerveuse, délicate, élevée à (( la ville ne pourrait pas subir, sans crier et se débattre, « une amputation qu'un matelot endurci aux fatigues, ou un « vieux paysan aguerri par les misères de toutes sortes, subi- {( rait presque sans plainte ^ )>

La supériorité de la race, de l'intelligence, de la sensibilité, du système nerveux tout entier, entrent pour beaucouj:» en effet, suivant Mantegazza comme suivant M. Richet, dans les conditions aggravantes de la douleur, et ce serait là, pour le physiologiste français, la cause de cette différence que nous avons signalée dans les réactions.

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