‹ La tristesse et la joieChapitre 11 sur 146 · Richet. L'Homme et Vlntelligence, p · texte numérisé non relu

Richet. L'Homme et Vlntelligence, p

IMKOniCTlON 1> l

Les manifestations psychiques de la douleur sont la douleur cllc-ménie ; mais il faut se garder ici dune erreur.

C'est une opinion courante, même parmi les psychologues, que la douleur physique est la cause de tous les })héuoniènes organiques par lesquels elle s'exprime.

Il y a là une confusion.

En réalité, la douleur ncsl dabord quuii >igno. un symptôme, une traduction mentale de l'excitation forte, et cette traduction est parallèle et non causale, par rapport à un certain nombre de manifestations physiologiques que nous connaissons.

M. Franck a montré en elTet que. chez des animaux décérébrés, les fortes excitations provo([uent encore Tarrèt du cœur.

Mantegazza a fait les mêmes constatations, et M. llichct, après des expériences personnelles, croit ]wuvoir formuler la loi suivante :

(( La douleur coïncide avec Farrél du cœiu'. la dilatation « de l'iris, l'abaissement de la pression artérielle ; mais ce « n'est pas la douleur qui provoque ces actions réllexes : elles « sont simplement simultanées et produites par la même « cause' ».

Celte même cause, c'est l'excitation externe.

IHiis la douleur, phénomène psyclii([ue de sounV.mce, une fois donnée, peut devenir cause à son tour ç[ liélerniiiier certaines manifestations organiques.

« La douleur, dit encore AL Richet, provoque do< mouve « ments instinctifs et coordonnés, analogues aux inuuNemenls (( de iléfense, caraclél•i^és par le cri. la coiiliaclion (l(^s inii^ (( des de la face et une llexion générale du cnrj)s. Ce sont « ces actions réllexes qu'on pourrait ;q)peler volontain^s ■».

Or ces mouvements, ces contractions seraient, snisaiit .Mantegazza. la cause d<^ raccéli'ralioii car(lia(|U(\ r(><pnal(>ire, et de l'auLiiuenlalinn du cliiiui^inc.

I Oj). cit., j). i.'i.

•À. (Jfl. cit.. J>. 10.

2 2 LA TIllSTESî?E KT LA JOIE

Dans tous les cas, ces différentes réactions actives de la douleur nous ont paru s'impliquer.

On peut donc, sans forcer les faits, conclure que, si la douleur est simplement le concomitant de certaines réactions dépressives, elle peut, quand elle est aiguë, être la cause des réactions actives que nous avons énumérées et groupées.

La bibliographie du plaisir physique est aussi pauvre que celle de la douleur est riche, du moins la bibliographie physiologique, et celte pauvreté s'explique si Ton songe qu'il est autrement difficile de produire le plaisir en laboratoire, de le faire croître et décroître, que de provoquer et de doser la douleur.

Ce qui rend Fétude plus difficile encore, c'est que la sensation de plaisir est en général plus diffuse et plus vague que la sensation de douleur ; elle se localise mal, et, comme le disent très bien MM. Binet et Courtier, « elle s'oppose (( plus exactement à la sensation générale de gène, de ma- « laise^ )).

On ne s'étonnera donc pas que je sois plus concis sur les conditions et les effets du plaisir.

On ne le défmit pas plus que la douleur par ses caractères psychiques ; tout ce qu'on peut faire c'est d'en déterminer les causes générales, et, sur ce point, les diverses formules sont assez vagues.

Herbert Spencer considère le plaisir comme le concomitant des activités moyennes, et la plupart des psychologues ou physiologistes se rallient à celte opinion.

Wundt dit en termes précis : « L'expérience atteste que, (( dans tous les domaines sensoriels, les excitations d'éner- (( gie modérée sont spécialement accompagnées de sentice ment de plaisir. Ainsi des sentiments de plaisir définis « s'unissent avec les sensations de chatouillement qui sont « dues à des irritants cutanés doués de faible énergie et alter-

Page 1