I. Principes de psychologie, U, i}. o
PSVCIK)MtCAMOI r. DE l.\ TUISTKSSr TT DE TA .ir>TE ?)9.?)
l)rûlcr pourra excculcr les méincs gestes, faire les inènies bonds qu'un enfant qui éprouve une joie intense.
Suivant l'expression de Spencer, il y a, dans la décharge nerveuse, une décharge diffuse ([ui indique simplement Texistence d'une émotion, sans désignation d'espèce, ot une décharge restreinte spéciale à tel ou tel nnisclo. ])nui- ]a(|uelle valent les lois particulières de l'expression.
Tl faut donc nous attendre à trouver, dans lémotion-choc, un certain nombre de mouvements spéciaux, coordonnés, exprimant bien, comme le dit AI. l\ibol. « la réaction del'indi- \i(lu [)(t\ii' loul ce qui louche à sa conservation ou à son amélioiation, à son être ou h son mieux être ». Mais nous y trouverons aussi, surtout quand l'émotion-choc sera intense, des mouvements peu cohérents, désordonnés même, qui traduiront seulement la réaction musculaire de riiuliNidii pour toute espèce d'excitation.
(hiaiit à l'origine de cotte énergie qui se dépense ainsi en mou^ements cohérents cl incohérents, en décharges diffuses et en décharges restreintes, il faut la chercher dans les celhiles nerveuses où elle s'accumule et d'où l'excitation la fait jaillir.
(( Ces appareils admirables que sont les êtres vivants, dit (( à ce sujet M. IVichet, onl en eux une éneigie latente con- « sidérable : il existe dans l'organisme de rindi\idu ^i\alll « une somme de forces accunndées depuis l(^ngtenq)s, et (( cjui lait explosion tout à couj)' ».
^oiis sonmies |)eu llxés sur le mode de conserNalion el d'accumulalion de celte force, mais nous saxons f|u*(^ll<^ pni>e >a xiiH'ce. connue tontes les forces organi(jnes. dans le< owd.ilinn^ (M lo> li\{lialali(»n< do li>^ii«^. C'c^l ri'niolion (|ni. I)rns(piemenl, la d(''gage.
(les consi(l('ialion< générales [\i\c lois po-iM'-.. non- pou \on< couipi-eudic la niécanicpie des (li\(M-- nioUNcnicnU de liMnolion clioc ; non- \ IrouNon- loujoui>^ une l)iu-(|U(* d»'' cliai'ge ncMNcnse, el l(^s uiouNem(^nl> g(Mi(''rau\ «m parliculuM"par le>(|nel> vvWo déchaige se liaduil.
I. Iliclnl. I^/nsiolii^ic des nmsrlfs rt (tes rwi/'s. |». S.'{-.
3*i/i LA ïiiiSTESsi:: et la. joie
Pour comprendre Fexpression de surprise qui fait toujours partie de Fémotion-choc, on ne doit pas oublier qu'elle se compose psychologiquement de deux phénomènes : un choc mental, et une réaction de la pensée qui converge spontanément vers la cause de ce choc.
Au choc correspond cette décharge diffuse dont parle Spencer, et c[ui se traduit par des mouvements cardiaques et respiratoires plus ou moins rapides et désordonnés.
On y peut joindre cependant un mouvement déjà plus particulier, le tressaillement; presque aussitôt, Findividu surpris se redresse, recule quelquefois d'un pas, semble se mettre en garde contre un danger possible ; les sourcils s'élèvent, la bouche s'ouvre, les mains ouvertes se portent au-dessus de la tête ou à la hauteur du visage, la face palmaire en avant.
Ces expressions spéciales s'expliquent, plus ou moins, par les principes spéciaux de Darwin et de Wundt dont je rappelle les plus solides avant d'en montrer ici l'application.
A. Principe des habitudes utiles (i °'' principe de Darwin) : Les mouvements utiles pour satisfaire un désir ou éloigner une sensation pénible deviennent habituels et continuent à se produire alors même f[ue leur utilité devient nulle ou contestable,
B. Principe de Fassociation des sensations analogues (2° principe de Wundt) : Les dispositions de Fesprit qui ont une analogie avec certaines impressions sensorielles se traduisent de même.
G. Principe du rapport des mouvements avec les représentations sensorielles (3^ principe de Wundt) : Les mouvements musculaires d'expression se rapportent à des objets imaginaires.
Appliquons ces principes aux expressions spéciales qui précèdent : Le tressaillement, qui se manifeste chez l'enfant dès la première semaine \ et qui appartient à la peur plus encore qu'à la surprise, est peut-être l'ébauche (Fim bond ou d'un mouvement de fuite; la mise en garde,
I . l^reyer. L aine de ienfaut, \\. i'\i. Trad. française. Paris. F. Alcaii.
i's\ciioMi:cAMQi i: i)K ].\ ir.isTEssK i:t i)i: i. \ .khi. .)•>.)
le recul sont des actes de défense; rélévation des sourcils est un acie automatique cfiii perniel d'ouvrir -vile et giandemenl les veux pour roimailre au |)liis l(*)t Tobjel de la surj)iise. cl peut-être poiurail (Ml explicpici- de uirine les uiouverneiits et la position des mains, cjui seraient alors des gestes de protection plus ou moins déformés.
Quand ces diflérentes expressions se produisent dans une surprise physicpie. leur raison dètre c'est Tufilité ou l'association des habitudes utiles (i "^ ])iincipe de Darwin); quand elles se produisent dans une Muprise morale, c'est la tanss(» analogie. (2*^ principe de AN undl.)
(pliant à l'ouNcrtuie de la bouche. Darwin a de la [)eine à nous l'expliquei-.
V'aul il admettre a\ec Ini (pie l'aitenlioii >|ionlanée, concentrant sur un >cul point loulc 1 (Miergie ner\euse. les nuisclcs fpii ire\[)rimenl [)as rémotion tendent à se relâcher, cl (pie la mâchoire retombe alors par son propre poids!^ Fautil supposer, comme il le fait encore, (jiie l'ouverture de la bouche permet rins[)iialion \ igouicus(MM ])rofonde cpie nous exccutons toujours aNant un grand etfort et (pie nous faisons dans la sur])rise, en prc\ision de retfort ])0ssible} — Faut-il (^onsidérer au contraire rouNerliir(^ de la bouche comme insiillisamment e\[)li(juée. inéme aprt's les deux hypothèses de Dar\Nin!* — (Test à (pioi je tendrais Aolontiers, en l'état actuel de la (pie>lion. mais, (publie (pi(^ ^oit Topinion (pie l'on adopte, on Aoudra bien reinar(pier. (\i\\\< IcMUOlion choc de surprix», la déchaige ner\euse (jui se j)roduit (lè< le j)remi(>r moiiienl et (jiii s(^ traduit, sous une loruK* dithise. par <le>nioineiiKMil^ (•ar(lia(pi(»> c\ respiratoires et. >ous uik» lorni(> restreinte. j)ar le-« expre^vionv. |);Hliculière"^ de la snrpris(\
Dans )(>> (Muolions ;ugu('s de lris|(»s>c c( i\r joii^ cpii mic (•('dent à la >urprise ou s"\ mêlent, nous terons des confia tations analogues, et nous signalerons de mèiiK^ un(> (l(''cliaige (lithis(^ et {\o^ décharges restreintes.
Sans doute de pareilK^s d(''chargc> ne >(» produiscMi! j)as (l.ins les |iiv((wses |)assi\es. caractérisi'cs par la parésie, ni nienie (|.iii>- !(>» |,)i(«s c.diiiev. depouixnes (re\("itation luen
326 l.\ TRISTESSE ET LA JOll'-
laie, que j'ai décriles plus haut, mais ces joies et ces Irislesses ne se ])rocluisenl guère dès le premier choc émotif; les joies et les Irislesses actives sont alors heaucoup plus frc- 'queutes et, pour elles, la loi de la décharge dilïuse et des décharges restreintes garde toute sa valeur.
^ous a\ons déjà eu Toccasion de uiontrer que la décharge dilliise qui suit le clioc-éinotif se traduit physiologiquemcut par les mêmes phénomènes cardiaques, respiratoires et ^asoinoteurs dans la tristesse et la joie; nous pouvons constater ici la même analogie dans certaines réactions musculaires qui paraissent se rattacher à rexcilation émoliNe et non à sa (pialilé.
C'est ainsi que la soull'rance se traduit par un grand nomhre de mouvements purement mimiques, qui n'expriment rien, et dont l'unique raison d'être est la réaction réflexe engendrée par l'excitation.
Ils servent de dégagement à la décharge nerveuse et n'ont pas d'autre rôle. Tels sont, pai' exemple, les mouvements de Aa-et-vient, les changements de place, et l'agitation musculaire qui se manileslent souvent dans les grandes douleurs morales.
De même, dans la joie on peut constater, suivant la remarque de Darwin, une tendance très marquée à divers mouvements sans but\
Ces mouvements sans but sont la conséquence de l'excitation et non de la joie proprement dite.
De part et d'autre Jious avons ainsi, et pour les mêmes raisons, une décharge diffuse se traduisant par des phénomènes moteurs très analogues.
Les décharges restreintes sont, au contraire, différentes et donnent naissance aux expressions spéciales de la souffrance et de la joie; je pourrais les étudier, dès maintenant, mais, comme je retrouverai toutes ces expressions dans les joies et les tristesses chroniques dont je parlerai tout à l'heure, j'aime mieux insister ici sur quelques caractères spéciaux à