I. Oj). cit., p
l'S\CHOMECAM(^)LE J)K I. A TRISTESSE ET DE E\ JOIE .)J-
rémotion-choc, que ce soit la joie aiguë, la tristesse aiguë ou la surprise.
^ous avons déjà signalé, dans Tordre mental, le désordre des images, des idées et de tous les éléments psychiques, pendant le premier moment de rémotion-choc. — Il existe un égal désordre dans Tordre parallèle des mouvements, et ce désordre nous apparaît dans les manilestalions diverses de
la décharge diffuse.
Sans doute Spencer a formulé une sorte de loi poui- la propagation de cette décharge en disant qu'elle affecte les nmscles en raison inverse de leur propre poids ou des poids (pTils ont à mouvoir; c'est ainsi que les cordes vocales et les muscles du visage sont plus affectés par les émotionschocs que les nmscles du tronc; mais c est là une loi de puie mécanique qui trou\e aussi hien son apphcation dans Téhoulement dun las de cailloux que dans Texpression de Témotion, et qui ne témoigne d'aucune espèce d'organisation.
Bien mieux, c'est un signe flagrant du désordre moteur que cette subslilution des lois mécaniques aux lois physiologiques de l'adaptation des mou^ements.
Pierre Janet nous a déjà appris, par Tanalyse de ses hystériques, que Témolion désorganise les fonctions de synthèse mentale en substituant à l'ordonnance de l'attention, de la réflexion, de la colonie, le désordre et l'automatisme; on ])eut constater la même désorganisation dans les fonctions motrices; c'est le désordre, c'est la mécanique pure (pii se substituent, en j)arlie ou en lolalilé, à T(Miseml)le de nos mou- ^ements organisés. — Kl c'est |)our(|U(>i Tc'molion iiihMionipl nos actes, dissout les synthèses motrices, connue elle dissout les sMithèses mentales; les luains laissent échapper les objets (|ii"('lles lieimeiil. la marche s'airèl(\ elr.
Kn même tenq)s et sans doute à cause de la dépense exagérée d'énergie sous forme d'idées, de sensations ou de luou-" vements Témolion épuise le corps connue Tespril. — Klle nous r<Mi(l faible> v{ misérables pour loule (^spèce (Tc^lTorl |)hN<i((n(^ (Ui uKMilal.
3'28 l-V TUISTESSE ET LA JOIE
On exprime d'ordinaire ce genre d'elTel en disant que rémolion nous brise, et c'est bien en elTet comme si Fètre, fragmenté tont à coup, ne pouvait plus se leprendre ni dans la pensée ni dans Faction.
Un de mes amis, professeur de philosopliie, me signalait à ce sujet un exemple curieux d'épuisement déterminé par rémolion du crime cliez deux criminels. Celaient des paysans qui avaient assassiné deux vieillards et (pril a ^isités dans leur prison quelques jours avant Texécution; ces niallieureux lui ont raconté leur crime: ils avaient éprouvé après Fexcitation de l'assassinat un épuisement tel qu'ils pouvaient à peine marclier et se traînaient péniblement sur la route où ils fuyaient; leur dépression nerveuse était si forte, que, rejoints presque aussitôt par les gendarmes, ils n'avaient même pas essayé d'échapper, et avaient accepté leur arrestation comme une manière de délivrance.
L'usage très répandu des cordiaux et des toni({ues après les fortes émotions, nous montre jusqu'à quel point ces effets épuisants sont connus ; et qu'on ne confonde pas cet épuisement avec la syncope immédiate et primitive qui peut se produire par arrêt du cœur. Le phénomène est ici très diftérent, ce n'est pas une syncope brusque et ce n'est pas non plus, comme le voudrait Spencer', une sorte de syncope larvée due au ralentissement du cœur; c'est un épuisement véritable qui se produit dans la joie comme dans la tristesse ou la peur, pourvu que ces émotions soient intenses, c'est une dépression consécutive à la suracti\ité cardiacpie et respiratoire, à une dépense excessi\e d'énergie ner\euse.
Ces deux caractères généraux d'excitation désordonnée et d'épuisement sont en réalité corrélatifs et presque simultanés ; ils constituent au poinl de Nue physique, connue au point de vue mental, l'essence même du phénomène émotif, et nous expliquent quelques caractères plus spéciaux, connue le dérobement des jambes et le tremblement.
Le dérobement des jandies, qui a été étudié par M. Pierre