‹ La tristesse et la joieChapitre 124 sur 146 · I. MfMicii. Maladies iht rfi\-f/n( nntcrirnr. p. :i()o · texte numérisé non relu

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358 LA TlUSTESï^E ET EA JOIE

agissant sur le bulbe provoquerait des phénomènes cVcxcilation tels que de la dyspnée respiratoire et des convulsions épileptiformes.

Cette interprétation est ingénieuse et conforme d'ailleurs à tout ce que nous savons des effets ordinaires de Fanémie sur les muscles, les nerfs et les centres, a A cet égard, dit « M. Richet, les centres nerveux se comportent comme les (( nerfs, comme les muscles, comme la moelle. Avant de « périr ])ar privation de sang-, ils subissent une période de « suractivité, d'evcitabilité plus grande*. »

Il paraît même, si Ton accepte l'opinion de Brown-Séquard, que Facide carbonique serait la cause de cette excitation passagère. (( D'après Brown-Séquard, écrit encore M. Richet, le « sang a deux fonctions. Tune qui est nutritive, c'est Fapport « d'oxygène, Fautre qui est stimulante, c'est Fapport « d'acide carbonique ^ » Et l'excilabilité des éléments anémiés augmenterait ainsi par accumulation de Facide carbonique.

Tout cela semble venir à Fappui de la théorie de Meynerl, mais nous demandons alors pourquoi dans la tristesse passive Fanémie cérébrale n'est pas douloureuse tandis qu'elle le devient dans la tristesse active, et pourquoi cette même anémie cérébrale produit tantôt le ralentissement respiratoire et tantôt la dyspnée.

Je crains bien, si on presse un peu cette explication, qu'on ne doive évoquer en définitive la différence de l'excitabilité cellulaire, et bien que le fait soit peut-être exact, cela ne vaut pas beaucoup mieux que d'invoquer la différence des sensibilités.

Je ferai remarquer, déplus, que la respiration de nos sujets ne devient tout à fait dyspnéique que dans les paroxysmes, et je renvoie aux tracés reproduits plus haut le lecteur qui voudrait en faire la constatation.

Il en résulte que l'explication de Meynert vaudrait surtout

1. Physiologie des muscles et des nerfs, p. 82. •2. Physiologie des muscles et des nerfs, p, 271

>Aiiui; ni: r. \ iiustkssi: et di; ].\ juii: Sjq

pour l('s douleurs 1res inlcnscs accompagnées d angoisse, bien plus cpic pour la douleur morale que j'observe tous les jours. — Dans ce cas, il se pourrait très bien en eflet que cliez les mélancoliques actifs, ra( cuuuilalion de l'acide carbonique dans les ceiilres lut |)()ur beaucoup dans le r\ tbnie dvspnéique de la respiration, clans Tau'.Mjisse et dans l'agitation (jui rac('oni|)agne'. Ainsi s'evpjicjuerail [xmiI élic \)i\v une cause purement pbysiologicjue (la stase \eincus(' du sommeil), cette angoisse du matin que tous les aliénistes signalent cliez les mélancoliques actifs, et que j'ai moi-même constatée cbez Augustine.

L'accélération respiratoire et l'accélération circulatoire et, d'une façon générale l'excitation psycliicpie et motrice, doivent retentir sur les coud)uslions organiques pour les activer quelque [)eu et c'est bien sans doute ce qui se pro duit, ]niis(pie le mélancolique aciil brûle plus que le mélan colifjue jiassif; mais ce|)endant il hi-ùle moins c[ue le normal et surtoul (jue le jo\eu\. (iiicllc (jiic xtil linlensité de l'excitation douloureuse.

Une fois la crise de douleui- leiniinée par é[)uisement de Texcitabilité cérébrale, c'est l'arrêt fonctionnel du cerveau qui se produit, et tou^ les pluMioinène-^ caraclérisrKiues de la tristesse passi^e, sni" lescjiiels je n "ai pa> à re\enir.

Nous aNons d'aulic [larl con^lalé. en psvcdiologie. (|uiim(' représentation j)eul produire la joie : i" Ouand elle seit de stinudaut à l'ensendjle des fondions mentales (jui tirent du fait nouNeau ])lns de liberté el (racli\ilé.

!?" Quand elle déleniiine (\i'> a>>o(ialioiis gcMiéralix'o el faciles dans le jeu de nos idées, de nos re|)iésenlalion> el de nos tendances.

La prcinièic joie >"o|)|)(>m' à l.i hi>l('s>(' [)assi\(\ Tandis (jue

I. Kovalcvsky professe celle (»piiii()ti. Psychiatrii', p. 4I. Ouvrafîo russe cite par NIM. Tcnilonsect l\oiil)iiio>ilcli. — La Mélancolie, p. SW^. — D'aprîs raulcur ru>sc. racciimulalion du sauj: voiiieu\ tlélcrniitu'r.iil l aii\icl('', rii irrilaiil !«>> t'I(''in*"iil>« iioMcs <lii cciM'aii.

36o l,A TRISTESSE ET LA JOIE

la liislesse passive se caraclérise [)ar rarrèl iiieiilal et nioleui ', celle-ci se caractérise par le mouvement et Tactivité.

Alors la circulation cérébrale devient plus active, et, suivant une hypothèse déjà invoquée et généralement admise, les échanges et les oxydations cérébrales augmentent dans la même proportion que l'activité psychique.

Il y a dilatation vasculaire, hyperhémie fonctionnelle et excès de Tagent actif des combustions, Toxygène.

En même temps, Tactivité cérébrale retentit sur les fonctions cardiaques et respiratoires ]^our les accélérer.

La respiration devient plus rapide et plus ample, le poids plus lapide, la tension plus élevée.

L'influence de Tactivité cérébrale sur la respiration et le cœur est directement opposée à Finfluence de la parésie cérébrale que j'analysais plus haut et obéit en définitive aux mêmes lois.

La vasodilatation passive résulte de la force des systoles et n'a pas besoin d'être plus longuement expliquée. Quand elle est active, elle tient à l'activité cérébrale elle-même d'après l'hypothèse déjà exposée de Meynert.

{( L'activité mentale de l'écorce paralyse les fonctions vaso-constrictives de cellules corticales et déte; mine une hvpeihémie fonctionnelle non seulement dans le cerveau tout entier mais dans les parties périphériques. »

Enfin la suractivité motrice, si fréquente dans la joie, contribue par le travail musculaire qui l'exprime à accélérer la respiration, le cœur et à entretenir la vaso-dilatalion.

11 en résulte que la représentation qui facilite le jeu de nos associations peut provoquer, par l'intermédiaire du cerveau et par un mécanisme dont nous ne saisissons pas les détails, la plu|)art des phénomènes physiologiques qui caractérisent la joie.

Ces modifications respiratoires et circulatoires s'accompagnent évidemment de modifications beaucoup plus profondes dans la vie des tissus et, de fait, nous savons que la nutrition et les échanges sont beaucoup plus actifs dans la joie que dans la tristesse. Mais jious savons aussi que l'acti-

wiLiu: i)i: F. V iiusTESsi: i:t di: la joii- 36 i

\\{6 cérébrale exerce sur la iiulrilioii •jrénérale une iiillueiice tiopliique dont nous avons indiqué, craprès Belmondo, les |)rinci[)auN: résultats.

Il est permis de penser (juo laclixilé cérébrale et lliyperliémie fonctionnelle exa^èrenl ce icMe Iropbique, tout de même ({ue Tinerlie mentale et ranémie le diminuent ; et que la joie d'origine morale entraîne ainsi celte combustion des matières azotées (pie nous aNons constatée. Quant au\ pbénomènes secondaires de température, de coloration, (rexpression. ils ne sont cpie la conséquence ou la traduclion des |)récédents et le iiKM^aiiisme de Uhw |)i()duclion est Iroj) sim|)le pour (pie nous ayons à nous y arrèlei".

Lors(pril y a proprement plaisir et excitation, mentale le mécanisme est le même avec la dilTérence que tous les caractères qui pn'cèdenl sont j)lus marqués. La respiration et le cœur s'accélèrent encore plus, la tension s'élève, la dilatation ])éri[)liérique croît sous Tinfluence d'une idéation plus riche, de inouNcmenls pins ra|)ides (M plus nombreux. Puis, quand Tbabilude a émoussé lelTet excitant de la représentalion, c'est la joie calme qui apparaît, avec les symptômes organiques que nous connaissons.

Mais si ces inlerprétalions sont exactes, on ])eut se demandei' dans quelle mesure les phénomènes d'excitation delà douleur aiguë ne comballenl pas les phiMiomèiies de dépression et d'épuisement, (jui s'opèieiil siinnllaiUMiient sous l'iidluence des trop fortes excitations cérébrales.

Nous avons tout lieu de supposer que. dans le cerveau. rex(^ilalion ps\chomolrice secondaire. ])ro\o(jU('e |)ar la dou leur, hille conli-e raiiéinie piimiliNc. De plus, nous sa^on«^ déjà (pie, dans la tristesse acli\e, les urines, les larmes la salive, la su(Mir sont excréliV^ ou s(''ciélées a\e(^ plus d'abon (lance : (pie la p(\ui e<l phi^ humide el phi< souple.

Enfin nous aNons i(Mnar(pi('> (pie la (piaiilih' duii'e e\cr»''lée es! légèiemenl plus iorle dans la lrisless(^ acli\e (jue dans la tristesse passÎNe comme (rjiilleuis la (piantité (ra(id(^ carbo iTupie (»\pir('* el cpie \i\ l(Mii|)('Malure aii^^i (^^1 h'gèrenienl plus éleNée. hi(Mi (priiilV'iieiire ;'i la normale.

Les efforts musculaires et cérébraux de la douleur auraient donc un rôle utile au moins momentanément, bien qu'ils contribuent à épuiser le sujet et à j)réparer pour la suite des périodes de collapsus.

Quant aux réactions du plaisir elles s'accomplissent sans efforts pour dépenser un excès de force, mais je ne puis dire quelles réactions chimiques et physiques elles exagèrent ou diminuent dans la joie. J'ai déjà eu en effet l'occasion de dire que la joie s'accompagnait toujours, sous ses deux formes, d'une certaine excitation, et je n'ai pas pu donner, pour les réactions physico-chimiques, une analyse différentielle correspondant aux deux formes de l'excitation dans la joie^

Evidemment toute cette psychogénèse de la tristesse et de la joie tient de l'hypothèse par bien des côtés et je n'ai garde de la présenter comme définitive, ni même comme complète. Je me suis borné à constater, d'une part, un ensemble de représentations, d'autre part la joie et la tristesse telles que je les ai décrites avec leurs caractères psychiques et physiques, et j'ai indiqué ensuite les intermédiaires problables ou possibles qui séparent ou relient les deux groupes extrêmes de phénomènes.

Et sans doute, on pourra prétendre, avec raison, que la psychogénèse de la tristesse et de la joie ne sera complète que lorsque l'analyse de tous les intermédiaires sera achevée, mais était-ce vme raison pour ne la point esquisser en signalant, comme je l'ai fait, toutes les imperfections de la théorie P

Résumons, pour terminer, les résultats incontestables et constatons que la tristesse passive ou dépression peut s'installer par deux mécanismes différents :

i^ Par arrêt fonctionnel et anémie consécutive des centres ;

2*^ A la suite d'une excitation épuisante, douloureuse qui détermine pendant un tenq^s plus ou moins long des phénomènes de résistance.

De même la joie organique peut se produire : 1° Par une stimulation légère des fonctions mentales et une hyperhémie consécutive des centres.

> Ml ri: i)f: \\ TRisTKssF Kl Di'/ ].\ .loir: 3().')

2" A la suite d'une excitation cluonicjue qui déleruiinc l)cndant quelque temps des réactions psycliiques et motrices très marquées.

]3ans les deux cas le phénomène prolond, durable, la Nérilable joie-sentiment ou tiistesse-senlimeni, c'est bien la tristesse passive et la joie organi(ju(\ (|ui s'()[)posent si nettement ; les deux autres formes sont l"u^iti\es: et finissent toujours par céder la j)lace aux [)remièies. c|u"elles cou[)ent ensuite de brusques retouis.

Reste maintenant à [)osei-, après toutes ces analyses, (juel- (pies (juestions s\ nlliéti(jues et à nous résumer sur la natuie de la tristesse et de la joie.

Kl (Taboid la tristesse et la joie sont-elles des émotions sp('ciales connue la colère, la peur, ou des émotions «générales qui font partie inté<rrante d'autres émotions? M. Uibot. qui soulève cette ([uestion, la j)ose et la lésout en ces termes:

« l'\uit-il terminer ici noivc liste des émotions primiti\es « ([)eur, colère, tendresse, amour-propre, émotion sexuelle) « ou on V en ajouter deux autres, la joie et le chagrin ? On peut « pencher pour railirmali\('. Ainsi Lang(^ les a comprises « dans les (juatre ou cin(| émotions siuq)les ((u"il a choisies « conmie t\pes de ses descriptions. Noici. selon moi, les rai- « sons contre cette soluti<tii. 11 (^sl iiiconicsiable (|iie la joie (( et le chagrin j)rés(^iit(Mit tous les caractères (pii consliliieiit (( une émotion, des mou\emenl>- nu des arrêts de moine « ments, des changements dan> la \ic oigaiTupie et un étal « d(M"onscience .v/// .î,'C/zc/7'.v. Mai- \\ laul alnis (|iie le plai^^ir « phvsi(pieel la douleur ph\ >i(jiic Mticiil cninpiis aussi paiini (( les émotions, cdv ils préscMiteiil riiii et l'autre les carac « lères ci-dc^sus énumérés ; de pln<. il \ a ideiililt' de nature « entre le plai-ii- |)li\-i(pi(' et la j<»i(' d'il ne pari, en lie la dou « leur ph\>i(pie et l(^ chagrin d'antre pari, comme nous « l'iMahlirons dans la suil(* de ce travail : la «-eule ditVérence « esl (pie la loinie |)h\>i((ue a pour aiili'cedciil un elat de « rorganisme. (jik^ la forme morale (j<>ie. tii-^lc^-i') a pour (( anl(''C(''(lent une rep!i''-enlalioii. Kn d autres l(M!nr> d

(( faudrait classer le plaisir (sans qualification ni restric- « lion) et la douleur (sans qualification ni restriction) « parmi les émotions primitives. Or ces deux prétendues « émotions présentent, par rapport aux cinq autres précitées, « une différence évidente et parfaite, c'est leur caractère de « généralité. La peur est parfaitement distincte de la colère, (( rémotion tendre de fémotion égoïste et Fémotion sexuelle « des quatre autres par sa marque spécifique. Chacune d'elles- « est un état complexe, fermé, impénétrable, indépendant, « comme la vision par rapport à fouie et le toucher par (( rapport à fodorat. Chacune traduit une tendance parti- « culière (défensive, offensive, d'attraction vers le sem- (( blable etc.)etest adaptée à une forme particulière. Tout au (( contraire le plaisir et la douleur traduisent les conditions « générales de l'existence, sont diffus partout, pénètrent « partout. Il y a douleur dans la peur, dans certains mo- « ments de la colère et de l'émotion égoïste, il y a plaisir « dans l'émotion sexuelle, dans certains moments de la « colère et de l'émotion égoïste. Ces deux états n'ont pas « de domaine propre. L'émotion est de sa nature particu- « lière, le plaisir et la douleur sont, de leur nature, universa- « listes ; ils sont les marques générales de la vie affective et « s'ils coïncident, comme les émotions, avec des phénomènes « moteurs, vaso-moteurs et le reste, c'est qu'aucune forme « de sentiment ne peut exister sans ses conditions physiolo- (( giques. Telles sont les raisons pour lesquelles nous refu- (( sons de classer les états agréables et pénibles ])armi les « émotions primitives et de les considérer comme de la même « nature \ »

Malgré les raisons très plausibles dont M. Ribot appuie cette solution, je me permettrai de la discuter. Il est bien certain, je le reconnais, que le plaisir et la douleur pénètrent partout sous leur forme physique ou morale, qu'ils peuvent être diffus dans toutes les manifestations de la vie affective et qu'ils se différencient alors des émotions plus spéciales et

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