‹ La tristesse et la joieChapitre 125 sur 146 · Psychologie des 'Sentiments, ç. iS · texte numérisé non relu

Psychologie des 'Sentiments, ç. iS

plus coinplètrs coiiimo la colore et la peur, dont ils font ])arlie. Af. Kihol noie tns jiislenient ce caractère de généralilé. on (lirait pies(jno dabsliaction. (pii lait souvent du plaisir et île la douleur des phénomènes élénienlaiies par lapport aux sentinienis ])lus indi\iduels et plus concrets qu'il énuinèie [)lus haut.

Mais de ce que le ])laislr et la doul(nu- entrent connue éléments dans d'autres émotions, il ne s'ensuit pas nécessairement que la joie et la tristesse ne puissent ])as être à l'occasion des émotions aussi spéciales, aussi in(li\iduelles. aussi concrètes que la colère ou que la peur.

Nous savons déjà, par nos analyses, qu'elles se présentent, ou bien sous la forme proprement dite de tristesse et de joie, ou bien sous la forme ai^rui^ d'excitation pénible et d'excitation agréable. Kst-il possible de soutenir que nous n'avons affaire là qu'à des émotions générales qui n'ont pas de domaine propre et sont, de leur nature ^ universalistes? C'est la véritable (piestion.

Pour ce (jui concerne la tristesse passive et la joie organi- (pie, la réponse n'est pas douteuse. — On ne peut contester, en ejTet, f[ue la tristesse passive ou la joie calme, qui succèdent à une représentation, ne soient chez un sujet donné des I ('actions aussi individuelles et aussi complexes que la peui-.

Devant celte même représentation, un sujet différemment constitué au point de vue physique et mental pourra réagir |)ar de la colère ou de la tendresse et le même sujet, suivant ses dispositions du jour, pourra éprouver les uns ou les autres de ces sentiments.

Bien mieux, on peut ailiiiuei- cpie cette tristesse et celte joie ne contiennent la douleur et K^ plaisir (pià titre élémentaire tout comme la colèic ou la jxmh-. lu de fait nous axons \u (pie les sentiments de gène, de fatigue, d'impuissance, de lourdeur, tle légèreté, de force, ([ui entrent connue com[)osanls dans la tristesse et la joie, contiennent un élément de [)eine ou plaisir (jui ne man(|n(' jamais, mais (pii ne les constitue pas et >e snrajonic ^cnlcnicnl à la ^-cn^aiion organi(|M('. La joie cl

la Irislcsse proproniciit dites sont bien des émotions spéciales et parlicidières.

En est-il de même pour l'excitation pénible et pour Texcilation agréable P

Il semble, au premier abord, qu'on puisse reprendre ici la thèse de M. Ribot et soutenir que le plaisir et la douleur sont, sous cette forme, des états très généraux auxquels succèdent, suivant les tempéraments, la colère, la joie, la crainte, la tristesse. — Mais cela encore est contestable.

Sans doute, la représentation qui détermine la peur est pénible, celle qui détermine Tespérance est agréable, mais il y a cependant h mon sens luie très grande différence entie le ])laisir qui détermine la reconnaissance ou IVspérance et se l'ond vite dans ces émotions et le plaisir qui dure, se maintient comme plaisir et provoque les réactions de Fexcitation agréable.

De même, entre la douleur qui détermine la colère et celle qui se maintient en tant que souffrance, et, sous cette fonne, provoque les réactions de Texcitation pénible.

J'ai consacré tiop de tem])s à marquer les caractères spéciaux des excitations de ce genre, poiu^ avoir besoin de les reprendre ici. Je rappelle seulement que Fexcitation pénible est une réaction de défense qui dépend de la sensibilité de l'individu, qui porte la marque de son impuissance et du sentiment confus qu'il en a; c'est une réaction particulière au même titre que la colère. — Et, bien que la douleur morale soit à Torigine, on ne peut pas prétendre qvi'elle la constitue tout entière ; elle en est la cause si Ton veut, elle ne la constitue pas.

De même l'excitation agréable est une réaction de la pensée et de l'organisme à la sensation de plaisir, réaction de dépense, d'activité, variable avec la sensibilité du sujet, portant la marque de sa puissance et du sentiment qu'il en a, et liée sans doute au sentiment de ])laisir cérébral qui la provoque, mais non constituée tout entière par ce sentiment.

Comme la joie et la tristesse, l'excitation du plaisir et l'excitation de la souffrance nous paraissent être des réactions spéciales.

La principale objection que fait M. Kibot à une conception de ce genre, c'est, on Ta vu. que la douleur et le plaisir physiques ne se distinguant pas du plaisir moral et de la douleur morale, on serait amené, par la logi(jue des faits, à classer des phénomènes aussi généraux que le plaisir et la douleur parmi des émotions spéciales. — Mais on pourrait reprendre pour le plaisir et la douleur physiques tout ce que nous venons de dire pour le plaisir moral et la douleur morale.

Sans doute. [)laisir et douleur physiques entrent comme éléments dans des sensations organiques spéciales et complexes, telles que la laim, la soif, le plaisir sexuel; mais la douleur et le plaisir, dès qu'ils deviennent intenses, peuvent cependant donner naissance à des réactions particulières et déterminées : prostration, fatigue, excitation agréable ou pénible qui sont de véritables émotions spéciales, et où il serait facile do distinguer des mouvements ou des arrêts de mouvements, des changements dans la vie organique, et un état de conscience spécial.

Il est donc vrai, comme le dit M. Hibot. que le plaisir et la douleur considérés en eux-mêmes sont des états affectifs exi reniement généraux et qu'ils ne peuvent être rangés dans la même catégorie que les émotions sjiéciales; mais il est également vrai que le plaisii- n"(>sl pas loulo la joie, que la douleur n'est pas toute la tristesse, que le plaisir n'est même pas toute l'excitation agréable, que la douleur n'est pas non |)lus toute l'excitation pénible et que la joie, la tristesse, ICvcilatioii [)eii\ent être considérées conuiie des réactions émoli\es s[)éciales. juialogues à la peui\ à l'angoisse, à la colère.

C'est du m(»iii> l'opinion (|ue j'osei-ai lespeclueusemenl op[)Oscr à cell(Ml(> \l. Ijibol siii- celh* (|ii(>sli(>ii de classilica linii (jiii est en même lcnq)s une queslion d'analyse.

( hielle est maintenant la nature de ces réactions spéciales dilesjoie. tristesse, evcilalion!'

l'aut-il considérer ces sentiments comme des phénomènes mentaux qui, suivant U conception courante, succèdent aux représentations cl déterminent dans l'organisme des varia-

tions musculaires, circulatoires et autres que nous appelons l'expression I^ Faut-il, au contraire, les considérer comme le retentissement dans la conscience des variations organiques qui, dans ce cas, succéderaient directement à la représentalion ?

C'est la grande question de la nature de Fémotion nettement posée en i884 et i885 par James el Lange et résolue dans le môme esprit par le psychologue américain et par le physiologiste danois.

James écrit expressément ^ : « L'opinion générale est que ce la perception mentale d\m certain fait excite FafTection « mentale appelée émotion et que ce dernier état d'esprit « donne naissance à l'expression corporelle. Ma thèse, au (( contraire, est que le changement corporel suit directement (( Çdlrect/}'), la perception d'un fait propre à nous exciter, et « que notre sensation de ce changement corporel, quand il « se produit, c'est l'émotion. Le sens commun dit : nous (•: perdons notre fortune, nous sommes tristes et nous pleurons ; (( nous rencontrons un ours, nous sommes effrayés et nous « fuyons; nous sommes injuriés par un ennemi, nous som- (( mes irrités et nous frappons. — L'hypothèse que je dé- « fends dit que cet ordre de succession est incorrect, que le « second des deux états n'est pas immédiatement produit par « l'autre, que les manifestations corporelles doivent d'abord « s'interposer entre eux.

« Pour s'exprimer d'une façon rationnelle il faudrait dire : (( nous sommes tristes parce que nous pleurons, irrités parce (( que nous frappons, effrayés parce que nous tremblons, et « non pas que nous pleurons, frappons ou tremblons parce (( que nous sommes tristes, irrités, effrayés. »

M. Ribot dit à ce sujet pour commenter la pensée de James : « Supprimez dans la peine les battements du (( cœur, la respiration haletante, le tremblement, l'affaiblis- (( sèment musculaire, l'état particulier des viscères, suppri- « niez, dans la colère, l'ébullition de la poitrine, la congestion

I, Mind., i884, p. 189 sqq. What is an étnotion?

WTTT.E DP. T. \ TRISTESSE ET DE I.A JOIE 3Gf)

(( de la l'ace, la dilalalion des narines, le resserrement des « dents, la voix saccadée, les tendances impnlsives, suppri- « mez dans le cliagrin, les pleurs, les soupirs, les sanglots, « la snfTocalion. l'angoisse, — fjue reslera-l il ? un ])ui- élal (( inlellecluel pale, incolore, IVoicl ' ».

« Sans Tétat corporel qui la suit, écrit ,Janies, la perception « serait purement cognitive, pâle, décolorée, dépourvue de sa (( chaleur émotionnelle-)). El il conclut plus loin en ces termes :

« Si nous suj^posons cjue l'écorce cérél)rale conlienl des (( (M'iilres pour la [)oi(M'})li()H dos cliangouicnls (jui sOpèronI « dans chaque organe spécial des sens, dans chaque [)arlie « de la peau, dans chaque muscle, chaque articulation, « chaque viscèie. et ne contient absolument rien de pJits (( nous avons un système parfaitement capahle de nous re])ré- « senlei- le processus de chaque émotion '. »

James en arri\e ainsi à alliihuer aux émotions non pas un centre s[)écial mais le mémo siège cérébral que les physiologistes onl atlrihué depuis longtemps à la sensibilité et aux mouvemenls, Técorce des hémisphères.

Les sentiments se ramènent pour lui, objectivement à des impressions de la sensibilité organique- et subjeclivemonl à des perceptions confuses des cellules corlicales.

C'est une théorie physiologique et péripJicricjue do lémotion qui rappelle de très près la théorie péiijihériquede IVtTort cl ne peul (jiie gagner en clarlé à éli'o lajiprochc'e des concej)rK)ns conlernporaines de ce sentimenl.

frois o[)ini()ns ont été émises siu* l'origine de l'elVort, opinions dont j"enq)rnnle Fexposé à M. Ribol*.

« i'^ Il est antérieui" au mouvement ou du moins sinndlané, (( il ^a du dedans en dehors; il est cenlrihige, elTérenl ; il est (( un senlimenl d'éFiergie déployée, il n(> résulte pas. ccuume « dans les sen^-ations proprement dites, dune iniluence e\té (( rieure tiansiui>e par les neils r(Miliipèle<(l>ain) '.

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