‹ La tristesse et la joieChapitre 17 sur 146 · LA TRISTESSE MORBIDE · texte numérisé non relu

LA TRISTESSE MORBIDE

tinu, d\m froid persistant dans toutes les extrémités, d'une faiblesse dans les jambes, d'ime courbature générale et, sans doute, elle éprouve aussi ces sensations plus confuses qui se joignent au ralentissement de la respiration et de toutes les fonctions ^itales. Elle se sent également diminuée, alTaiblie, dans sa vie psychique, incapable de sentir, de penser, de vouloir comme autrefois.

« Je ne peux pas m'intéresser, tout mVsl égal, je ne sens plus, )) dit-elle, et le sentiment de cette faiblesse concourt, avec les sensations précédentes, à renforcer la cœnesthésie pénible.

J'aurai l'occasion de montrer, dans le cours de cette élude, que ces divers sentiments ou sensations correspondent bien à des modifications réelles du corps et de l'esprit dans la tristesse.

Le ralentissement psychique, en particulier, n'est pas douteux et, sans le secours d'aucune autre science, la psychologie peut le mesurer.

La sensibilité physique est en général afiaiblie. Pour évaluer cet ailaiblissement, j'ai essayé de déterminer, pour chaque sens et dans les deux périodes, le minimum d'impression sensible. Ce minimum est en général surélevé dans la dépression .

Le cham]) Aisuel diminue d'une dizaine de degrés pour cbaque œil, sur les parties latérales.

La vision des formes, mesurée avec Téchelle optométiique du docteur Parinaud ne paraît pas sensiblement modifiée pour l'œil droit et pour I'omI gauche, ou du moins elle me semble si ])eu tliminuée que je craindrais de cé(l(M' à des idées j)récon(;ues en i-elevant cette diminution. La \ision des ('(^uleurs me j)arait atteinte des deux c<*>l(''s mais très légèr(Mn(Mil : le vert. 1(^ bleu, le rouge, le \iol('l (M l(^ jaune, son! toujours nettement distingués quand l'éclat est mo\(Mi ou même faible. C'est à j)eine si, dans les uioments d(^ mélan colie très ])rofonde, j'ai pu noter f(uel([ues hésitations toucbant les derniers tons du \iolet et du vert.

Pour déterminer h» minimum d'imj)i'ession auditiv(\ je me

suis borne à opérer avec la montre, en mesurant e^aclemenl la distance à laquelle la malade commençait d'entendre le tic-tac. J'ai toujours trouvé le même nombre, i™,8o pour chaque oreille dans les deux périodes, soit que Touïe ne varie pas en effet, soit que mon j^rocédé d'investigation ait été trop grossier pour des variations légères.

Je dois ajouter cependant que M. le D'' J3heur a constaté, chez les mélancoliques \ des diminutions très considérables dans l'acuité sensible, en particulier pour la vue et l'ouïe, et je m'empresse de consigner ici des résultats que je n'ai pu obtenir moi-même, mais qui concordent bien avec les diminutions que j'ai notées dans les autres sens. J'ai constaté en elï'ct des diminutions notables dans la sensibilité olfactive, dans la sensibilité gustative et dans la sensibilité tactile.

Pour les odeurs j'ai usé du procédé indiqué par M. Passy dans V Année psycholo^iqite^ et, après avoir éprouvé la sensibilité de chaque narine, j'ai tenté d'établir le minimum d'impression sensible pour le camphre et pour Téther. J'employais des alcoolutions à des titres de plus en plus faibles , dont je faisais évaporer une goutte dans im flacon d'un litre, puis je priais la malade de faire une inspiration, et une seule, à l'orifice du flacon. J'obtenais ainsi de véritables gammes d'intensité pour les odeurs en versant chaque fois une goutte de 3 milligrammes environ. La solution la plus forte était à i/io.

Chaque goutte contenant des quantités de plus en plus faibles, j'ai eu des litres d'air contenant -j-, -y^, 4^, ~ du corps odorant, soit une gamme descendante de volumes d'air égaux et de moins en moins odorants. Je commençais tou7 jours l'expérience par les volumes d'air les moins odorants. En opérant ainsi, j'ai pu constater que le minimum d'impression sensible est plus élevé dans la dépression que dans l'exci-

1. P. Dheur. Thèse inaugurale. De l'état de la Sensibilité chez quelques mélancoliques, p. 59.

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