‹ La tristesse et la joieChapitre 22 sur 146 · I. Levons sur les maladies mentales, 2« éd., p. 2o · texte numérisé non relu

I. Levons sur les maladies mentales, 2« éd., p. 2o

T.\ TRISTESSE AIORRIDE 6l

Esquirol qiii, un des premiers je crois, a étudié ce phénomène, le décrit ainsi : « Je vois, je touche, disent })hisieurs a lypémaniaques mais je ne suis pas comme autrefois, les « objets ne \iennent pas à moi. ils ne s'identifient pas avec « mon être, un nuage épais, un voile, change la teinte et « laspect des corps. Les corps les mieux polis me paraissent « hérissés d'aspérités ' ». Depuis lors, beaucoup d'aliénistes ont signalé et décrit ces mêmes illusions. « Billod, écrit M. « Rihot. rapporte le cas d'une jeune Italienne, d'une éducation « brillante qui devint folle par chagrin d"amour, guérit, mais « pour tomber dans une apathie profonde de toute chose. « Elle raisonne sainement sur tous les sujets, mais elle n'a « plus de volonté propre, ni de force de vouloir, ni d'amour, « ni de conscience de ce qui lui arrive, de ce qu'elle sent ou « de ce qu'elle fait... Elle assure qu'elle se trouve dans l'état « d'une personne qui n'esl ni morte ni vivante, qui vivrait « dans un sommeil continuel, à qui les objets apparaissent (( comme enveloppés (C nn nuage^ à qui les personnes sem- (( blent se mouvoir comme des ombres et les paroles venir « d'un monde lointain ^ »

Ce sentiment, si fréquent, ne nous apprend, à proprement palier, rien de nouveau touchant les foits; c'est le retentissement, dans la conscience réfléchie, de toutes les altérations que nous avons mesurées et notées dans la sensibilité physique et morale, dans la perception, dans les fonctions synthétiques (le lintelligence, dans la volonté, mais au moins conviendraitil de l'expliquer, en tant que sentiment, et voir de f[uelle allération psychique il relève plus particulièrement.

Or, cela ne sera ])ossil)le (juc lorscjuc nous ;iin'ons pr('senlé une interprétation analytique de la mélancolie passi\e et marqué, parmi les synq)tomes, les faits essentiels et les faits dérivés. Essayons de faire ce départ.

Dans toutes les observations ([u'on peut faire sur la uiélan-

!. Ksquirol. Des nuilndies moniales, I, 'ii'|.

■t.. liihot. Maladies de la <,'olonté, p. Sa. I^aris, F. Aican. — La citation de Billod est tirro dos Annales niedies-Psycholo^if/ues, tome X, 1>. ««'i.

colie passive, c'est répuisement que Ton constate ou que Ton mesure. On le constate dans ce sentiment-de lassitude et de découragement qui ' le traduit dans Tordre affectif et qui domine toute la cœnesthésie de la tristesse; on le mesure dans Timpuissance affective des malades, dans leur hypoesthésie, dans leur inertie physique et morale. Nous en dirons plus tard les causes psychologiques et physiologiques ; pour le moment, nous ne pouvons que le signaler à la base et à l'origine des états de mélancolie dé2:)ressive.

Mais, sans faire dès maintenant Tétiologie de la tristesse, nous pouvons au moins mesurer les actions et réactions réciproques des diverses manifestations affectives et représentatives de cet épuisement.

D'abord, il n'est pas douteux qu'un sentiment permanent de tristesse et d'ennui ne contribue à renforcer la paresse et l'inertie mentale. Se sentir las, découragé, s'abandonner à la tristesse, c'est évidemment manquer de cette confiance en soimême et dans les choses qui est le principe de toute action. jNous verrons, à propos de la mélancolie active, comment des idées d'humilité peuvent germer sur ce fonds de dépression ; mais sans aller jusque-là, le simple déprimé répugne naturellement, de par sa tristesse, à toutes les formes de l'activité.

Inversement, l'inertie mentale, l'impuissance à vouloir et à concevoir, peut aussi, lorsqu'elle est consciente, renforcer la tristesse. « Je n'ai point de force, je suis bon à rien », dit tristement F., et bien que le fait soit peu fréquent dans la tristesse passive, j'ai constaté plusieurs fois ce sentiment et ce regret d'un amoindrissement de soi-même, soit au point de vue de la pensée, soit au point de vue de Faction.

D'autre part, nous avons constaté dans l'ordre sensitif, intellectuel et moteur des phénomènes de ralentissement et de gêne, mais ces diverses fonctions, sensibilité physique ou morale, attention, mémoire, intelligence, volonté, ne se manifestent pas isolément dans Fesprit ; elles réagissent les unes sur les autres, et dès lors, c'est une question de savoir si chacune d'elles est réellement modifiée par un processus propre ou si elle est troublée par réaction.

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