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rejette aussitôt comme contraire aux faits et montre que, chez son sujet, la sensibilité externe et interne n'est pas assez lésée pour la justifier. Mais nous avons justement constaté chez les nôtres une hypoesthésie générale et spéciale, et, dès lors, pourquoi ne pas admettre que cette hypoesthésie entraîne leurs illusions singulières sur Tunivers et sur eux-mêmes.
Ils sont insensibles au moral, peu sensibles au physique, et, comparant leurs sensations actuelles à leurs sensations antérieures, ils concluent logiquement à un changement objectif.
Mais si la sensibihté est atteinte, nous savons que les fonctions de synthèse le sont encore plus chez nos mélancoliques et c'est pourquoi une autre cause peut encore être invoquée : « Les objets, disent les sujets d'Esquirol, ne s'identi- (( fient pas avec mon être \ » « Chacun de mes sens, lui (( écrit Fun d'eux, chaque partie de moi-même est pour ainsi (( dire séparée de moi et ne peut plus me procurer aucune « sensation ». Il y a là une conscience très nette d'un phénomène nouveau qui n'est plus l'altération de la sensibilité, mais celle de la perception personnelle, de Tassimilation et de l'organisation des sensations.
Non seulement le sujet n'a plus les mêmes sensations, mais il n'est plus capable de faire rentrer ses sensations modifiées dans les cadres qu'il leur assignait autrefois, de les grouper, de les coordonner avec l'ensemble de ses souvenirs, de les adapter^ si l'on veut, à sa propre personnalité. C'est ce que M. Jaiiet appelle « l'incapacité de synthétiser les impressions nouvelles, qu'elles viennent du dedans ou du dehors ^ »
Que le phénomène soit particulièrement marqué chez les douteurs que M. Janet étudie, rien n'est plus vraisemblable; on y voit sans cesse des synthèses mentales s'ébaucher sans se terminer, hésiter pour ainsi dire à se former ; et nous comprenons facilement que le malade se rende compte de la dilli-