‹ La tristesse et la joieChapitre 28 sur 146 · Nés'ro.ses cl idées fixes, 1, p · texte numérisé non relu

Nés'ro.ses cl idées fixes, 1, p

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la pensée et pour l'action, et se résume dans un sentiment central de découragement, de dégoût pour la vie, de spleen... puis l'étude détaillée des diverses facultés mentales nous apprend que ces premiers sentiments ne sont pas menteurs, au moins pour ce qui concerne la pensée, et qu'ils correspondent bien à une fatigue générale, à une diminution de Fètre psychique.

Affaibli dans sa sensibilité physique, ruiné dans sa sensibilité morale, ralenti dans son automatisme, paralysé clans ses fonctions de synthèse, l'homme triste, le déprimé, présente tous les symptômes de Fépuisement psychique, et nous pouvons déjà formuler cette conclusion : que la tristesse est corrélative de l'épuisement mental. — Elle n en est pas la cause, comme le sens commun se l'imagine, mais au décom^agement correspond bien une fatigue ou une inertie de la pensée, et c'est avec raison que cette fatigue se traduit dans l'ordre affectif par le sentiment d'impuissance. ISous nous réservons de montrer dans, nos recherches physiologiques, la cause commune de ces deux ordres de manifestations; bornons nous à constater, pour le moment, que la conscience affective nous instruit directement de notre faiblesse, tandis que l'examen de la pensée tout entière la vérifie.

Il s'ensuit que la conséquence générale de la dépression ne peut être que l'état si souvent constaté d'isolement et d'indifférence universelle.

Le sujet diminué dans son affectivité, incapable d'éprouver ces sentiments d'amour et de haine, ces émotions de joie, de crainte, d'espérance, qui sont les causes les plus puissantes de l'action, se trouve en outre séparé du monde extérieur par son ralentissement mental; il sent moins bien, il n'élabore plus, il ne réagit pas.

La vie de relation est ainsi supprimée ou diminuée, et le mélancolique, abattu, découragé, inerte, isolé de la vie, se replie dans sa tristesse et, sans souffrances aiguës, sans protestations, s'y habitue.

Voir des amis, causer, s'occuper, se mêler à la vie, autant d'actes sans intérêt pour lui, dont il ne conçoit plus la (in.

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cl qui lui scuiblont exiger un clTorl excessif. Il s'en absliendra donc et, dominé par son inertie, il ne retrouvera un semblant d'énergie que pour résister ou même s'irriter si on les lui impose.

Tel est, dans ses détails, le tableau de la mélancolie passive ; s'il fallait en résumer les grandes lignes, on pourrait dire qu'elle se caractérise :

i'^ Par Tabsence de douleur morale :

2*^ Par un sentiment généralisé dimpuissancc physique et mentale et par une cœnesthésic pénible qui en constituent lélémenl affectif;

3° Par une véritable impuissance mentale ;

^i" Par une diminution de la vie de relation qui. non seulement isole le mélancolique, mais engendre chez lui le besoin d'isolement.

Quant au jeu propre des idées, des représentations et des images qui formeraient le contenu intellectuel de la tristesse passive, si nous n'en avons pas parlé c'est pour cause, les mélancoliques passifs se caractérisant bien ])lus par le trouble lormel, larrèt ou la parésie des fonctions, que par des représenlati(jns ou des idées.

En fait, la mélancolie passive de Marie, d'Edouard, de T... reste stérile, et cette stérilité est tellement conforme à l'arrêt mental que je ne me suis pas attardé à l'expliquer.

1^1 pourlani il coinieiil dédire (jue bien souvent le cerxeau nest pas absolument vide de représentations on d'idées; c'est ainsi que Marie j)ense paifois dans ses jour> de trislesse, à sa hernie imaginaire et (jue T... regrette de vagues laules.

1^'aul-il dire (juils essaiciil diiiteiiiréler leur- élal. de le juslilier à leuis pro|)n^s y(Mi\ el adinelli'e de \;;L:ues elVorls de s\ iillirse* ('oiiliadicloir(^> avec loul ce (|ii(' iioussa\ons de leur in(Mtie menlalc'.* Je ne le |)eii>e pas. Ni Mari(\ ni \ ... ne cherchent à e\[)li(jiier leur Irislesse; Maiie. que jai plus spécialement analysée, n'accepte ménu^ pas li^s raisons de soiillVance (jii"on hii ol1V(> cl se in(»nh(> ic^bclle ;"i lonics Ic^ lenlali\es (riiilerpiélalion que je lui suiigère ; si elle a par

fois dans Tesprit une représentation pénible, si T... éprouve des regrets vagues, on peut affirmer que Tun et Tautre subissent leur état intellectuel et qu'ils ne le provoquent pas. C'est leur mélancolie elle-même qui, par un mécanisme bien connu d'association automatique, provoque quelques images. Encore ces images ne sont-elles pas précises et ne contribuent-elles pas à renforcer la mélancolie ; ce sont des produits spontanés et vagues du sentiment qui se balancent devant l'imagination affaiblie, comme des fantômes dans des

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