I. Cf. Toiilonsc et Ronhinow itcli. Im Méhuicnlic, p. ^o
|)iMAs. Tri«-tosso cl .Ioi»\ 0
Des plaintes sur son changement aflectif et mental : « Je « n'aime pas mes parents, je ne les reconnais pas, ça ne me « lait rien de les voir », on bien encore « je ne suis plus moi- (( môme, je ne sais plus penser, j'ai perdu l'initiative de me (( conduire. »
Des idées d'hypocondrie physique : « J'ai la tête bouchée, (( je veux qu'on m'ouvre la tète pour voir ce que ma tête (( contient ; on y trouvera des aliments. »
Des idées d'humilité : « Je veux quitter l'asile pour aller (( piocher la terre, pour expier mon crime ; je ferai des travaux (( pénibles ; je suis tournée à l'état de béte, je ne vaux pas la (( peine qu'on s'occupe de moi ; je trauierai des brouettes, « je serai domestique, je ne dirai jamais que je suis fatiguée. »
Gomme sanction, elle cherche à s'étrangler, elle se pince le cou, fait saigner ses doigts ou réclame la mort. Tous les matins, quand je m'approche de son ht, elle me demande invariablement : « C'est aujourd'hui n'est-ce pas que je serai (( guillotinée P — Ah ! monsieur, qu'on me coupe la tête, je (( mérite cela ».
Ce délire, une fois constitué, est fixe et monotone ^ ; ce sont les mêmes idées qui reviennent sans cesse, exprimées par les mêmes phrases, les mêmes mots. — En lo mois d'observations continues, la physionomie générale a peu changé, et c'est tout au plus si Augustine s'est enrichie de quelques remords de plus.
Ce délire est résigné malgré les lamentations qui l'accompagnent. Augustine ne cherche plus à lutter contre son sort ; elle va au devant ; elle s'y soumet ; elle réclame la punition de sa faute et l'acceptera sans murmure.
Mais, derrière la douleur morale et derrière ce délire, persistent toujours la dépression et l'inertie mentale que Ton pouvait constater seules au début de la maladie.
Dans les moments de trêve où Augustine cesse de pleurer, elle accuse les mêmes sensations de vide, de fatigue générale, de froid aux extrémités que j'ai signalées plus haut.
I, Cf. Séglas, op. cit., p. 3o2.
LV TRISTFSSr ArORRIDE 83
Sans duulc, ces muiiicnU soiil rares, coupés de brusques retours de délire et de douleur morale, mais la dépression et l'inertie sont évidentes pour qui sait interroger et observer.
C'est la même sensation d'impuissance et de fatigue, le même abattement que chez Marie, et c'est surtout la même faiblesse et la même gêne mentale.
La sensibilité visuelle et auditive paraissent intactes mais la sensibilité gustative, olfactive et tactile sont émoussées de cliacjue côté ; de larges zones dln poalgésie occupent les bras et les parties latérales du thorax.
La sensibilité morale est lésée. Augustine n'aime personne et ne s'intéresse qu'à son délire. — Si on veut la suggestionner dans le sens de sa tristesse, on v réussit facilement et l'on constate alors une sorte d'hypéresthésie morale ; mais, pour tout ce qui ne peut alimenter et faire durer sa souffrance, elle semble anesthésiée, incapable de sentiment ou d'émotion.
La perception, assez difficile à étudier dans l'état oi!i se trouve la malade, est en général ralentie pour la localisation, surtout dans les sensations tactiles. En dehors du délire, l'altenlion spontanée est nulle, l'attention volontaire est plus faible peut-être que chez Marie, ainsi qu'en témoignent les proccklés habituels de mensuration.
Pour se souvenir, la malade fait toujours un elVorl : elle ne répond jamais que par phrases courtes aux questions que je lui pose sur sa vie antérieure ; je suis obligé de les rél)éter, et j'attends toujours la réponse pendant 2 ou 3 secondes en^iron.
Pour acquérir de nouveaux souvenirs, pour coordonner, pour j)ensei-. elle éprouve visiblement de la peine. — .T(^ lui ai fait lire un jour une page de Zola, d'abord des y(Mi\ puis à haute \oi\, sans obtenir (iiTelle me la résumât, l^lle paraissait n"a\()ir pas cbeiclK' à conipreiitlic. incapable d "un léger elTort de synthèse.
Quant à lahoulie, (>lle était complète; la niala(l(\ même dans ses moments de calme, restait in(>rte et iinpassil)l(\ elle ne formait aucun projiM. n"(^\piiinait aucun i\ô^'w.
Si on pouvait souiner sur son délire cl supprimer en même temps les autres réactions musculaires, circulatoires, etc. Augustine ne serait donc pas guérie, elle se retrouverait ce qu'elle était quelques mois plus tôt, une déprimée simple ; même avec ce délire, elle reste une déprimée.
Nous constatons ainsi chez elle, exagérés par la maladie et superposés, tous les symptômes que nous avons signalés dans notre analyse générale de la tristesse active :
1*^ Douleur morale et représentations pénibles ; 2° sentiment d'impuissance et latigue psychique.
Ce cas serait, à lui seul, suffisant pour servir de matière à une interprétation de la mélancolie active. Je citerai cependant un cas de plus, pour faciliter les explications.
Louise B., couturière, est entrée à la clinique le (S octobre 1897. C'est une femme de 87 ans, assez forte d'apparence, mais déjà allaiblie par une tuberculose du sommet gauche.
L'hérédité est jdcu chargée, du moins à ma connaissance. Le père est mort depuis longtemps, sans que j'aie pu savoir comment ; la mère est morte en 1896 d'une hémoptysie foudroyante. Elle paraît s'être fait remarquer paji' quelques bizarreries de langage et une sorte d'inquiétude de la pensée.
La malade elle-même est d'un caractère gai ; elle a reçu une bonne instruction primaire et une éducation religieuse.
Mariée à 28 ans, elle a eu, depuis lors, huit couches ou fausses-couches. Deux enfants vivent encore et se portent bien. Parmi les morts, un a été emporté à Fâge de 2 ans par une méningite. Jamais on n'a constaté de troubles mentaux pendant la grossesse, ou pendant la lactation.
En février 1897, son mari a fait de grandes pertes d'argent qui ont beaucoup frappé et attristé Louise. Depuis lors, elle a commencé à perdre la mémoire, à s'ennuyer, et, finalement, elle est tombée dans une sorte de dépression psychique et physique.
Au mois d'août, elle ne travaille plus aussi bien quoiqu'elle vaque encore à ses affaires. Toute visite la gêne ou la con-