Séglas, id., p. 3i
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mélancolique et les deux états semblent se mêler, mais, ici encore, la distinction est possible et Tanalyse montre que les idées obsédantes, reprises par le délire, perdent leurs caractères d'obsessions, pour prendre les caractères spéciaux que nous mettrons tout à l'heure en lumière dans les idées mélancoliques.
Le délire n'est donc pas primitif et causal par rapport à la douleur morale.
En revanche, la douleur morale du mélancohque présente, par rapport au délire, tous les caractères dun phénomène primitif et causal.
Au lieu de laisser les malades suiMc le cours de leurs représentations pénibles, et nous dévider l'écheveau de leurs remords ou de leurs craintes, arrètons-les, et discutons a\ec elles les motifs de leur chagrin. Augustine ne peut avoir des aliments dans la tète ; je le lui allirme et le lui prouve. Elle proteste, puis, devant mon insistance, elle cesse d'invoquer cette cause de tristesse et semble céder poiu* un moment, mais elle pleure toujours et parle de son avortement. Je discute encore ; éplorée elle se rejette sur sa sécheresse de cœur, pour revenir ensuite aux aliments qu'elle a dans la tète. En réalité je n'ai pas fl\it un pas, et. si j'ai échoué ainsi, c'est pour avoir voulu agir sur l'idée, simple prétexte de souffrance, alors quil faudrait agir sur la douleur qui la soutient.
Pour les mêmes raisons, Augustine est très iacile à suggestionner dans le sens de sa douleur et, si [)ar hasard je lui olTre des motifs de soulTraiice, elle les acce|)te sans contrôle.
J'ai dit un jour (hnanl ello que j(^ lui li-ou\ais l(^ poul> faible. Olle appréciation a élé l'origine d'une crise de larmes. « Ah! je l'ai hien mérité; si ça [)Ou\ail m'enuuenei- ! ». disait (^lle. Vu laboratoire, où je l'ai fail condiiiKMpK^lijuefois [)entlant ses moments d'excilaliou doulounMisi\ ell(^ Novail des instruments de torture dans tous h^s appareils et ju^cpie dans les tambours de Marey.
blêmes remarques pour Louise (jiiaiu! je di^t iil(^ a\ec ell(\ et pour tous mes délirants nnMan(oli(|nes. Tous doiiiieiit rinq)i'essioii ([ne leurs idé(>s (|(>lii-aiiles >ont de simple lat-adf
par rapport au phénomène profond de la douleur; les remords, les craintes, les souvenirs fâcheux, autant de prétextes pour pleurer et se lamenter.
J'ai cité, tout à Theure, Tabsurdité de certains remords, et j'en ai conclu que les remords ne pouvaient être préformés à la maladie, empruntés par le sujet à sa vie consciente d'autrefois. Ce sont tout simplement en effet de futiles prétextes saisis sans discernement par un sujet qui souffre et cherche des aliments à sa souffrance.
Enfin on peut tirer encore des conclusions analogues de ce fait que la douleur morale des mélancoliques délirants est particulièrement intense dans le moment qui suit le réveil. Ce n'est pas que les idées délirantes soient plus nombreuses ou plus obsédantes après le sommeil, mais, chez les mélancoliques comme chez les neurasthéniques et chez tous les déprimés, la dépression, la gêne respiratoire, l'angoisse, sont surtout marquées à ce moment du jour et la douleur morale, accrue d'autant, est plus évocatrice.
La douleur morale est donc bien le phénomène primitif et profond par rapport au délire. Augustine et Louise souffrent, et leur souffrance entraîne, par réaction secondaire, tout un cortège d'idées d'humilité, de remords, d'auto-accusation, qui pourrait paraître primitif si on s'en tenait à une observation superficielle. Si l'on objecte qu'il est difficile de concevoir une douleur morale sans représentations préalables, je répondrai que la vie normale en offre pourtant des exemples ; besoin injustifié de pleurer, irritation douloureuse prêle à saisir le premier prétexte pour se manifester, angoisse inexpliquée et profonde, voilà autant d'exemples que tout sujet à tempérament nerveux peut trouver dans ses souvenirs. Le fait est là pour nos mélancoliques.
Et sans doute, les idées pénibles, nées de la douleur, contribuent à l'accroître dans son intensité par une réaction de l'effet sur la cause, comme elles pourront aussi la réveiller par un cercle vicieux bien connu dans les sciences de la vie ; nous étudierons plus tard cette influence de la représentation sur le sentiment, quand nous traiterons du mécanisme originel