‹ La tristesse et la joieChapitre 34 sur 146 · I. Mahidirs montnlos. Irad. Doiimir. p. 2G · texte numérisé non relu

I. Mahidirs montnlos. Irad. Doiimir. p. 2G

C'est la douleur morale et non la simple tristesse qui pousse Fhomme à -évoquer des idées délirantes. Elle est tonique, excitante, évocatrice, et l'excitation se traduit, non seulement par des représentations, mais par des phénomènes ciiculatoires, respiratoires, par des gestes et par des cris. A oilà pourquoi le mélancolique, qui passe de la tristesse à la douleur, se réveille et s'excite, en dépit de l'arrêt mental qui continue à peser sur lui, et va se chercher des raisons de souflVir, des prétextes de douleur. La souffrance qui le tient provoque dans son cerveau parésié des réactions mentales comme dans son organisme fatigué des réactions physiques.

A-t-on le droit maintenant de parler de justification, d'effort logique fait par le malade pour s'expliquer sa douleur P — Je le crois, à condition qu'on n'exagère pas ici la part de la volonté : puisque le malade va chercher, dans le lointain de ses souvenirs, des peccadilles auxquelles il n'avait jamais pensé, il faut hien qu'il se livre à une sorte de travail de réflexion, et d'ailleurs il raisonne son délire, il déduit sa douleur de ses fautes, ou de ses idées hypocondriaques, il tente de se suicider pour expier ses crimes, il donne l'impression d'une pensée appauvrie, monotone, mais cependant syntéthique encore ; on peut hien dire qu'il justifie.

Sa douleur n'évoque donc pas son délire par un simple processus automatique, comme la faim évoque l'image d'un hon repas ; elle tonifie momentanément sa pensée, la pousse à chercher des motifs de souffrance. Sous le coup de fouet de la douleur, les facultés de synthèse renaissent, se reforment, tendent à l'interprétation et à la recherche. Toutes les idées délirantes d'humilité , d'hypocondrie , de négation , de remords, malgré les origines diverses que nous leur assignons, viennent répondre à ce hesoin de synthèse et de coordination.

Tel est, d'après l'analyse de nos deux mélancolies délirantes, le rapport du délire et de la douleur morale.

On peut juger maintenant de la différence qui sépare les éléments de ce délire des idées fixes véritables.

L'idée (ixe suppose un esprit incertain, peu cohérent, porlé

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à rhésitation : ridée mélancolique est formée par im esprit qui soufTreet qui, dans Texcitation de sa souflVance, veut rester cohérent quand même, interprète, explique, justifie.

L'idée fixe ^icnl du dehors, elle est automatique, elle se piésente comme une force étrangère à la volonté et à la perce[)lion personnelle, elle est du reste reconnue comme telle. L'idée mélancolique vient du dedans: elle est synthéti(pie, elle est choisie, acceptée par resj)ril. et. par suite, non reconnue comme délirante.

Mais la souffrance, Texcitalion douloureuse, une fois créées, entrent en lulle avec la dépression et l'arrêt mental, en trionq^hent ou en pâtissent et. dans tous les cas, exercent une action sur cette dé[)ressinn, et subissent son influence.

Quelquefois, la douleur, en surexcitant les fonctions de >\iithèse. les aiguises, les affine et semble donner au sujet, pour ses idt^es délirantes, une jiiécision d'analvse qu'il ne possédait pas autrefois.

M. le !)'■ 1^'rançois, dans une thèse récente, nous donne un curieux exemple d'intelligence et d'intuition provoquées ])ar la douleur. Le malade parle, dans ses lettres, de l'étonnante lucidité de conscience et d'esprit qu'il constate en lui et le médecin ajoute : u \ oilà donc un lypéma!iia(jue anxieux qui se trouNC plus lucide cpie jamais. Et cette constatation n'est |)as là pom- TelTet. Au milieu de nos conversations et dans ses notes, il est revcmi plusieurs fois sur ce fait, a L'àme (( reste, écrit-il. [)lus intelligente et plus lucide... )> Ailleurs il s"ex|)rime ainsi « Au fur et à mesure que la matière s'épuise, « le sens de l'àme se développe : loin de diminuer, les facultés « int(^llectuelles augm<Mil(Mil . f.a conscience ('>\eill(V me fait (( Voir ma malheureuse c(>ndilion et toutes les misères de ce « moiule. » Dans une (pialrième note je découvre la même id(''e : (( {/intelligence est plu> \i\e. la conscience plus lucide. » Ijilin. pour la (•in(|nièin(^ lois. j(^ la liouxe sous la Iniine suivanl(>: « L'àme dans une hiciditi' ellVayant(M'sl loiinrc'e |)ar « la trisl(*sse. les regiets'. »

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