I. Iltiide sur In lypcninnir niirifusc, j>. lU
Et sans doute, dans tout ce qui n'est pas la souffrance et les inquiétudes habituelles de son malade, M. François, constate nettement Farrét mental ou même Tatrophie de certaines lacultés, mais cette constatation, qui n'est pas pour nous étonner, ne change rien au fait bien établi de la lucidité d'esprit provoquée ici par la douleur dans tout ce qui touche au délire ou aux interprétations morbides.
D'autre part, il peut arriver aussi quelquefois, toujours sous la même influence, que la lucidité d'esprit se manifeste sur des questions étrangères au délire, et alors que le sujet paraît dominé et obnubilé par ce délire lui-même. Si on interpelle Augustine au milieu de ses crises, il arrive parfois qu'elle réponde avec netteté aux questions, malgré la confusion de sa conscience et l'inhibition exercée par les idées délirantes. Elle bénécifie alors de la douleur et, sous la direction d'une volonté saine, elle peut un moment percevoir et penser plus clairement. Kraepelin a signalé très justement cette contradiction apparente chez un certain nombre de mélancoliques délirants \
Malgré la dépression et l'arrêt mental, la douleur arrive ainsi à reconstituer, pour un temps, les facultés de synthèse, elle triomphe un moment de l'inertie du èujet, de la gène de ses fonctions j^sychiques, elle le rend à lui-même. La dépression est refoulée, sinon vaincue.
D'autres fois (c'est le cas le plus fréquent), la dépression mentale pèse de tout son poids sur le délire, lutte contre la lonicité de la douleur et détermine un certain nombre de caractères formels que nous connaissons d(^à.
Si le sujet s'arrête à des reniords puérils ou à des craintes futiles, c'est à la dépression mentale qu'il le doit. C'est un es- ])rit gêné, ralenti dans toutes ses fonctions de synthèse, et nous n'avons pas à nous étonner qu'il donne parfois des prétextes ridicules à sa douleur. Il ne peut ni les chercher facilement, ni les juger sainement, une fois trouvés. Ses fonctions de critique, de réduction, fonctionnent aussi mal que ses fonctions de synthèse et il ne s'aperçoit pas de la niaiserie de son déhre.