TRISTESSE MORBIDE ÎOQ
En d'autres termes, nous discernons déjà, par la seule observation mentale, non seulement deux espèces de tristesse, la tristesse sans douleur et la tristesse avec douleur, mais nous pouvons pressentir des conditions organiques différentes suivant que Tétat allbclif sera cérébral et aigu, ou suivant qu'il ne sera que la conscience dune dépression à la fois cérébrale et périphérique.
Celle distinction capitale, la psychophysiologie, la psycbochimie, la psychopliysique et même la psychomécanique de la tristesse ne feront que la marquer encore mieux et la rendre plus jirécise.
^oilà rextréme limile ou la [)sychologie peul nous conduire; nous confinons ici aux conditions organiques des deux tristesses, active et passive. Nous pouvons donc résumer toul ce que la ])sychologie vient de nous apprendre sur la mélancolie active et dire qu'elle esl constituée :
1° Par Fensemble des manifestations positives qui consliluenl la tristesse passive:
.4 . Sentiment généralisé d'impuissance et de résignation ;
B. Impuissance véritable de la pensée correspondant à ce sentiment ;
C. Isolement moral et besoin d'isolement, résultat de la diminulion de la vie de relation.
•2° Pai- des manifestations propres:
.1. Douleur morale, névralgie psychique, corrélative |)our un même sujet de la dépression la plus profonde ;
/i. Délire provoqué par la douleur morale et réagissant sur elle, subissant l'action de la dépression et réagissant sur elle.
Mais cette analvse de la mélancolie active ne nous ex- |)lique iiiillenieiil pourquoi certaines mélancolies aboutissent à la douleur luoiale, tandis (pie d'autres restent passives et M y ahoulisseut |)as. Nous savons. j)ar l(^s {\\eiu|)les précédents, (pie les sinq)les déprimés se horuent au spleen, au dégoût de la vie. à la résignation, tandis (pie les mélancoli(pies actifs soulTnMit et délirent. D'où vient cette dinérence, et. s'il (^st vi\u'(pi(^ la dépie-^sion soit à la base d(^s dc\\\ élal<
afTectifs, pourquoi celte dépression reste-t-elle toujours passive dans le premier cas, tandis qu'elle s'accompagne, dans Fautre, d'excitation douloureuse ?
La question est des plus délicates et je sache pas qu'elle ait été résolue par aucun aliéniste.
Je n'ai pas la prétention de lui ajiporter moi-même une solution, mais tout au moins de poser nettement le problème.
Nous savons que chez les animaux, comme chez les hommes, une excitation physique épuisante détermine, suivant le degré de sensibilité du système nerveux, tantôt l'inertie psychique et organique, la paralysie et Tarrêt, tantôt des réactions violentes comme les mouvements et les cris.
Eh ! bien, nous croyons que la mélancolie traduit, par ses deux formes, ces deux espèces de réactions et que l'épuisement, la dénutrition des tissus cérébraux s'accompagnent ou non de souffrance, suivant le degré d'excitabihté des éléments nerveux. Les mélancoliques actifs sont les mélancoliques qui souffrent, et leur souffrance tient à leur sensibilité même. Le malade dont le docteur François rapporte l'observation 1 me paraît avoir une intuition très nette de cette vérité lorsqu'il écrit : « Je suis né, j'ai vécu, je me suis « dépensé dans une exquise sensibilité d'âme et de corps. « C'est le principe de ma maladie, le grand facteur des souf- (( frances d'esprit que j'endure. » C'est en effet la différence des sensibilités qui fait la différence des mélancolies ; une sensibilité obtuse en restera à la dépression simple ou à la stupeur sans délire, une sensibilité plus fine fera de la douleur morale et postérieurement de la mélancolie délirante.
Il s'ensuit que toutes les causes personnelles ou héréditaires capables d'alfiner la sensibilité, et d'hyperesthésier les centres nerveux prépareront par là même l'éclosion du délire.
Parmi ces causes, le sexe doit certainement figurer en première ligne ; les mélancolies actives sont beaucoup plus fréquentes chez la femme que les mélancohes passives ; c'est le