‹ La tristesse et la joieChapitre 41 sur 146 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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contraire cliez les hununcs, cl l'on ne peut attribuer celle différence dans la réaction de deux systèmes nerveux également malades quà la différence des sensibilités.

Si on fait abstraction de la complexité des détails, pour ne considérer que les éléments fondamentaux, on verra que celle llu'orie tle la mélancolie reproduit les tbéories courantes de la douleur physique.

De part et d'autre, nous trouvons l'épuisement soit nerveux, soit cérébral. De part et d'autre, nous constatons deux espèces de réactions, actives et passives, et nous jiensons que le délire est, comme les réactions actives de la douleur plivsique, l'expression d'une plus grande sensibilité.

Et sans doute, ce serait se leurrer beaucoup que de croiie qu'on a donné une explication vraiment causale (piand on a parlé de sensibilité plus line ou plus obtuse. Je reconnais (jue ces mots cachent notre ignorance de la cause (ju'ils send)lenl désigner, mais le t'ait est là cependant et nous avons ^u comment M. Uichet. en excitant la sensibilité nerveuse des grenouilles par une injection de strychnine, transforme en réactions actives les manifestations passives de la douleur.

lleste à savoir maintenant pourquoi la douleur morale. une fois créée, détermine lantot une sinq^le inquiétude d'esprit, tantôt un véritable délire : pourquoi de deux mélancoliques qui soutTrent, le premier se borne à se plaindre de sa douleur, à se montrer irritable ou incpiiel. tandis (pie le second se li\re à une inlerprélalion délirante de sa cœneslhésie et de ses souvenirs.

M. Séglas, c(ui ab<)r(l(^ la que-lion v\\ [)assaiil. ne cherclie pas à la résoudre et se borne à constater que certains malades vont jusqu'au délire, tandis que d'autres n'y vont pas.

« L'observation clinique nous montre, dit-il, (|ue le déliic « se présente seulenieni lors(|ue la maladie, une fois consli « tuée, a déjà |)assé par la période de (h'hut (pie nt)us a\ons « étudiée en détail : et f(u'il n'est le plus souvent, d'autre (( part, qu'une l<>nlali\(^ dCxplication de l'état d'anéanti- « seineni proloiid. de (Idnlenr nioial(\ ou des causes (|iii <• 1 «'II! piodnil. dniil le malade clierche la laison ou envisage

(( les conséquences. Rappelez-vous, messieurs, à ce propos, « le fait que je vous signalais chez la malade que nous exa- (( minions la dernière fois et qui se disait : « Est-ce drôle (( d'être comme cela? — Qu'est-ce que j'ai donc fait pour (( être ainsi inquiète? — Qu'est-ce que je >ais devenir! » « Je Aous ai fait remarquer que ces préoccupations, ces in- (( tcrrogations étaient importantes à noter. Elles montrent « bien comment, dans les cas de mélancolie délirante, se dé- « veloppe le délire, à titre de tentative d'explication des « phénomènes douloureux primitifs. Cette malade s'était (( arrêtée en chemin, après ces premiers pas dans la voie du « déhrc mélancolique, et n'avait pas poussé plus loin ses ten- « tatives d'explication. Il n'en est pas toujours de même et « c'est alors que s'établit le délire \ »

llicn de plus exacl, nous le savons, que cette palhogénie du déhrc, mais ce qui nous intéresserait ici ce serait de savoir ])ourquoi certains malades s'arrêtent à mi-chemin dans cette sorte d'évolution logique, tandis que d'autres la poussent jusqu'au bout.

Kralï't-Ebing semble faire un pas de plus \ers l'explication en admettant que la mélancolie délirante sort, par un processus naturel, de la mélancolie sans délire dont elle représente comme Fapogée. « Le tableau peut, dit-il, rester, « pendant des mois, dans le cadre d'une mélancolie sans (( délire ; l'adjonction de Tangoisse précordiale et l'intensité « que prend cette dernière, constituent alors une seconde « phase jusqu'à ce qu'enfin les idées délirantes, souvent aussi (( les hallucinations, amènent la maladie à l'apogée de son « développement ^ »

Dans ce cas, la douleur morale compliquée d'angoisse précordiale tendrait à déterminer, par réaction secondaire, des manifestations mentales de plus en plus riches, depuis la simple inquiétude de la pensée jusqu'au déhre lui-même, qui serait l'aboutissant régulier de la mélancolie active.

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