Op. cit., p
a. Op. cit., p. 376.
LV TRISTESSE MORBIDE Tl3
Mais celte inteiprélalion me semble tomber devant ce fail que phiï^ieiirs mélancoliques ne font pas de délire (juelle que soit rintensitê de leur douleur et de /'angoisse qui l'aerompagne.
J'ai vu par exemple Ca. , une mélancolique active de 22 ans, accuser une douleur morale des plus intenses et des symptômes non douteux d'angoisse, sans jamais délirer au sens précis du mot.
Elle souffrait, se plaignait de soufVrir, se disait malheureuse, mais ne se livrait à aucune interprétation morbide de son passé ou de son avenir.
Bien ])lus, j'ai essaye discrètement de lui suggérer un délire, de l'engager dans la voie des remords, de'l'auto-accusation, de la crainte, en me servant des renseignements que j'avais recueillis sur elle; or elle s'est montrée rebelle à toute tentative de ce genre ; elle n'a jamais déliré, et, tout en continuant à affirmer sa soufTrance morale et à s'en plaindre, elle n'a accepté aucune des raisons de souiïrir que je lui proposais.
Dans bien des cas moins nets que celui-là, le malade lait quelques essais de délire, se pose quelques questions sur son état, comme le constate M. Séglas, et ne délire pas cependant.
Nous sommes donc obligés d'admettre que, parmi les sujets qui souffrent, tous ne tendent pas également au délire, et je ne vois pas très bien, je l'avoue, les raisons qui font prédominer les réactions délirantes sur les réactions non délirantes de la mélancolie acti^e. 1^'aut 11 penser que les idées délirantes exigent un arrêt plus considérable dans les fonctions de jugement et de réduction, ou bien qu'elles supposent une imagination plus riche, des représentations plus conq)le\es (MI plus nettes? Toutes les hypothèses sont permises; ce (nio je veux signaler c'est sinq)lem(Mit que certains sujets sCii lieiment à la douleur sans déliio, conuiie daiilres à la tris lesse sans douleur, et cela poni- des raisons internes (jue nous connaissons mal.
Kst-il besoin de iv|)éter, en l(Mininant ccWv analyse des deux formels de la tristesse, que j'ai dû. pour la nellelé de Texposition, opposer surtout des cas Ivpes.
Du.MAS. Tristcssu t'I Joie. S
I I /i LA TRISTESSE ET LA JOTE
Dans la réalité, beaucoup de cas sont intermédiaires entre la mélancolie passive et la mélancolie active. Bien des cas de mélancolie active sont coupés de moments de simple dépression. Les faits en général sont plus complexes que mes descriptions et je crois inutile de m 'excuser de ce défaut. N'est-ce pas la condition même de toute exposition et de toute analyse ')
Je n'ai pas cru devoir étudier séparément les causes déterminantes de la mélancolie active et de la mélancolie passive, car ces causes sont les mêmes pour les deux formes de la maladie.
En premier lieu, nous trouvons Tinfluence indirecte de riiérédité, particulièrement marquée ici pour Marie et pour Augustine. Si on veut bien comprendre cette influence, nous croyons qu'il faut admettre parmi les antécédents héréditaires, non seulement l'aliénation mentale et les maladies nerveuses, mais Fintoxication, l'arthritisme et toutes les maladies débilitantes.
« En résumé, disent à ce sujet les D'* Toulouse et « lloubinovitcli, il faut accepter provisoirement que tout ina dividu se trouvant en mauvais état de nutrition a chance, « surtout si c'est la mère, de donner naissance à un être « mal doué biologiquement et candidat aux psychopathies, « par conséquent aux états mélancoliques ^ »
Les causes directes sont innombrables et peuvent être physiques ou luorales.
Les causes morales sont fréquentes.
Ce peuvent être des chagrins : c'est pour Marie la perte de ses jumeaux ; pour Louise les pertes d'argent de son mari; pour Augustine les inquiétudes qu'elle conçoit au sujet de sa situation irrégulière. Le surmenage, la fatigue intellectuelle ont été aussi incriminés et nous avons vu le malade T... faire, dans ces conditions, de la mélancolie dépressive et de la stupeur.
i. La Mélancolie, par MM. Roubinovitch et Toulouse, p. 245.