I.A JOIi: MOHIUDi
« aussi bien, aussi renionlé, aussi heureux que pendant « sa maladie. Cette joie spontanée est considérablement « accrue par un changement de la perception vis-à-vis du « monde extérieur, par la remarque que les conceptions et « les elTorts s'accomplissent plus facilement, par les sentiments « de plaisir intense qui accompagnent les conceptions, et par « une perception générale de bien-être, surtout dans le (( domaine de la sensibilité musculaire (tonus musculaire « augmenté) : Pur suite, riuuneur ^aie s'élève progrès- « s'wenienl à la hauteur des émotions de plaisir^ (dé- « borde nient de joie, espièglerie) dont les manifestations « motrices sont le chant, la danse, des sauts, des plaisance leries de gamin espiègle.
« Avec ce trouble du contenu dans le domaine émotif,
" marchent de })air un trouble formel, une augmentation de
(( l'excitabilité (hyperesthésie psychique) caractérisée par ce
« fait que les émotions ne se combinent pas seulement avec
« tles sentiments mais avec des perceptions et des représen-
« tations et que ces émotions, par suite de l'état d'esprit
« fondamental qui domine, sont pour la plupart des émo-
« tions de ])laisir et se produisent avec une facilité anor-
« mnle. 11 en résulte nécessairement un changement dans la
« perception du monde extérieur. Vu lieu du gris sombre
(( sous lequel ce monde apparaît au mélancolique, à cause
« de sa dysesthésie psychique, il se jnésente au maniaque
« avec des tons plus chauds, des couleurs [)lus vi\es et un
(( aspect plus intéressant.
<( \ oilà pourquoi le juaiiiatjue le cherche, aime à alliM-
(( dans la société, à voyager et, sous ce ra[)p()rl aussi, est
« l'opposé du mélancolique qui fuit et déteste le monde.
« La résidlanl(^ llnale (l(^ celte altération des processus dc^
(( la percej)tion du inonde e\t('Mi(Mn' et de la peisoiuialilé
« même, se résume dans une augmentation de la confiance en
(( soi qui se maFiifesle souvent par une mis(^ plus recherchée. »
1. Je ferai remanjuer que KralTl-EJjiiig sfiul)le lilllérencicr ici 1 luiincur gaie du i»lai>ir [)r<)|)renieiil dit, C(^)mmc je l'ai lail [»lii> Iiaiil.
12^ LA TRISTESSE ET h\ JOIE
C'est une excitation de ce genre que nous rencontrons, après chaque période de tristesse, chez notre circulaire Marie dont le cas a déjà été analysé à propos de la tristesse passive.
Pendant les dix jours qui suivent chaque phase de tristesse. Marie est gaie, très gaie, et sa gaieté, qui déhute hrusquenient. va croissant légèrement jusqu'au ô""" et au 6""^ jour, à partir duquel elle décroît un peu. pour se terminer hrusquement, comme elle a commencé.
J'ajoute que ces variations de la joie, cette progression et celte régression, sont moins sensibles que les variations analogues de la tristesse et que. pour un observateur inattentif, la phvsionomie générale du phénomène pourrait paraître identique pendant toute la durée de la .crise.
Les gestes de Marie, son expression, ses paroles, tout indique la joie et comme elle parle volontiers, elle peut nous renseigner beaucoup mieux que dans l'état précédent sur les sentiments quelle éprouve.
Elle est pleine de courage, dit-elle : elle se sent plus forte, mieux disposée pour le travail; volontiers elle peinerait, ferait quelque chose de fatigant, et de fait, elle est toujours prèle pour toute espèce de travaux ; c'est le sentiment de puissance déjà signalé, auquel le corps tout entier participe.
Les sensations organiques dont Marie se plaignait tout à l'heure ont disparu pour faire place à des sensations agréables. Elle n'a plus mal à la tète, elle n'a plus froid aux jambes, elle n'est plus courbaturée, elle n'est plus gênée dans ses fonctions respiratoires; au contraire, elle dit qu'elle a la lète libre et chaud partout. Elle sent qu'elle respire bien, qu'elle digère mieux ; elle a bon appétit et elle éprouve ce sentiment de bien-être qui accompagne toujours une bonne nutrition.
En même temps, elle me signale par des termes très crus le réveil subit d'un sens qui dormait pendant la tristesse, le sens génital '.
I. Marcé signale le réveil de ce sens, clans la période d'excilation de la folie périodique. Maladies mentales, p. 343. Kraflft-Ebing, o/j. cit.. p. 384. fait la même remarque.
r. \ .lOir MORBIDE \0D
Dans rordrc intcllccliicl. volitif, aficctif, Marie se seul supérieure à ce qu'elle était ; elle se croit plus intelligente, plus capable d'action ou d'affection et nous pourrons tout à l'heure, en mesurant ses différentes fonctions psychiques, montrer que ce sentiment n'est pas une illusion.
l'^nlin. à ces sensations organiques, à ces impressions confuses où le plaisir est confusément mêlé, s'ajoute un état plus spécialement agréable d'excitation cérébrale. Marie éprouve non seulement un sentiment de bien-être localisé dans le corps, mais un plaisir moral qu'elle traduit par des phrases conuue celles-ci : t( Que je suis contente ! il me semble « toujours qu'il va m'arriver un grand bonheur, je suis (( toujours comme si j'avais gagné le gros lot » et c'est un llux de représentations agréables évoquées un peu au hasard, de projets plus ou moins réalisables, de souvenirs récents ou lointains, tous marqués du même caractère de satisfaction ou d'entrain.
Parmi les souvenirs, ce sont les souvenirs erotiques suggérés par le réveil du sens génital, qui paraissent dominer la scène : Marie rappelle volontiers ses infidélités conjugales et ses aventures d'amour ; elle en a eu de toute sorte, et elle éclate de rire en ])ensant aux incidents divers qui les ont marquées.
« Un jour, me dit-elle, le gardien d'un manège de che- « vaux de bois lui a demandé ses faveurs et elle a passé la « nuit sous la tente ronde, une belle nuit, au milieu des « lions, des ânes et des voitures dorées. »
Cette anecdote, qui revient à chaque période d'excitation, est toujours racontée avec les mêmes éclats de rire. Tous ces éléments multiples, cœnesthésie, excitation mentale, se mêlent et se confondent dans une joie vive, exubérante.
Comme la tristesse qui la précède et qui la suit, cette joie est profondément tenace. Si je suggère à Marie des idées agréables, des projets de sortie, de lecture, de régime plus doux, elle me suit bien volontiers et me dépasse vite, mais si j'essaie de l'attrister, je perds toujours ma peine. Elle me résiste et reste iraie.
Je lui parle des deux jumeaux dont la mort a déterminé sa première crise ; elle me dit qu'il y a bien longtemps. — Je lui reproche ses écarts de conduite ; elle convient volontiers qu'elle a eu tort de tromper son mari ; elle ajoutera même, si j'insiste, qu'elle regrette ses infidélités, mais c'est là un regret tout abstrait, qu'elle ne sent pas, qu'elle exprime en riant, et en avouant qu'elle est prête à recommencer.
Nous sommes en présence d'un sentiment durable profond, bien installé, qui accepte volontiers toutes les représentations qui peuvent l'alimenter et repousse obstinément les autres.
J'ai fait surFémotivilé, sur la sensibilité, sur l'intelligence, l'attention, la volonté, les mêmes expériences que dans la période de dépression et j'en donne ici le résultat, sans insister autant sur les détails et le dispositif.
La sensibilité physique est en général plus aiguë et plus fine que dans la dépression.
Le champ visuel augmente de lo^ environ sur les parties latérales. — La vision des couleurs est plus nette: Marie lit à 20 centimètres, et sans aucune difficulté, des lettres de o'^'",25 ; elle distingue beaucoup mieux les nuances les plus pâles du bleu, du vert, du violet et du roùgc.
Dans le même ordre de faits, Clouston* a rapporté le cas d'un malade qui, au cours d'attaques de manie, j^ouvait se passer des lunettes qui, à l'état normal, lui étaient indispensables pour lire les petits caractères.
La sensibilité auditive me paraît la même, sans doute à cause de l'imperfection de mes procédés d'examen, mais Fodorat et le goût sont plus aiguisés.
Marie sent le camphre dans i litre d'air qui en contient ^, l'éther dans des proportions plus faibles encore.
-W ou T^o
environ.
Elle reconnaît le sucre et Paloès dans des solutions qui I. Clinical lectures on mental diseases, 2" édit., p. 281.
conliennenl 8 dixmilligrammes d'aloès pour loo grammes d'eau, le sucre dans des solutions à 0,22 pour 100 et tous ces chiffres indiquent une sensibilité plus fine que dans la période de dépression.
Pour le toucher et les divers sens de la peau, les résultats sont plus nets encore.
L'acuité du tact est mesurée à Testhésiomètre de Bloch. Des pressions très faibles, 2 milligrammes par exemple, sont senties à la pulpe des doigts ; des poids de i centigramme sont sentis sur le ventre et les jambes et ces chiffres sont Irrs notablomeiil inférieurs à ceux de la dépression. Il v a donc une augmentation de l'acuité tactile et cette augmentation est d'autant plus considérable que les parties de la peau sont naturellement plus sensibles.
P(jur la (inesse, mesurée au compas de ^^ eber. je reproduis les deux cartes que j'ai dressées pour les deux ])ériodes et qui me dispensent de tout commentaire sur l'augmentation de la finesse et de la distinction des sensations de tact, pendant la période d'excitation. Ces cartes représentent la movenne de trois expériences successives faites dans livtis périodes di fié rentes (lig. 4)-
L'exploration des muqueuses a donné des résultats moins nets, bien que la finesse de la sensibilité m'ait paru augmentée sur la partie interne des lèvres et des joues.
Le sens musculaire m'a paru plus net et plus iiii : Marie distingue très ^ile et très bien les mouvements actifs et passifs de ses membres; elle reproduit, les yeux fermés et avec précision, les lignes courbes ou brisées que je lui fais d'abord tracer, les yeux fermés, en lui conduisant la main ' ; elle lend à en exagérer lamplilude.
L'étude de la sensibilité douloureuse m'a permis de constater une exaltation pendant les périodes d'excitation ; une ])ressi()n de 100 grammes est douloureuse sur le dos ou la paume de la main, alors cpie V^o, 5o<) et 600 grammes
I. Expcricnco de Boavini». ftiillctin de la Socirtc mcdico-nsychologique, 1888, p. 29.
Face
DEPRESSION
Face