I. V .lOlE MORBIDE
Le sens musculaire est très légèrement modifié; les images motrices sont plutôt agrandies et leur reproduction plus rapide qu'à Tétat normal.
L'atlention n'est pas plus mobile dans l'excitation : en re\anche, elle se fixe plus volontiers sur les sujets que je lui ])ropose et me parait à la fois plus vive et plus durable ; c'est du moins ce qui appert des expériences directes et indirectes par lesquelles je l'ai mesurée.
Je prie Engénie de barrer tous les a de la plirase suiAante :
(( Onze heures venaient de sonner à la Bourse, lorsque « Saccard entra chez Champeaux. dans la salle blanc et or « dont les deux hautes fenêtres donnaient sur la place. D'un « coup d'œil il parcourut les rangs des petites tables oii les « convives affairés se serraient coude à coude, et il parut (c surpris de ne pas voir le visage qu'il cherchait '. »
Il y a 26 A dans cette phrase. Eugénie en a barré 18 à létal normal et 2^ en état d'excitation.
Le procédé de ^L Janet, la mesure comparative du chanqi Aisuel, pendant que l'attention s'exerce, ne m'a pas donné ici de résultats, les deux champs restant sensiblement les mêmes pendant l'état normal el [)cndant l'état d'excitation.
Pour les perceptions, j'ai constaté une diflérence dans la ra[)idil('' el celle différence a pu quelquefois s'exprimer en secondes, quand il s'est agi de l'exercice isolé d'un sens, — ])ar exemple, reconnaître par le simple toucher, en fermant les yeux, divers objets que je i)résente. Dans ce cas, la perception est toujours plus rapide pendant l'excitation.
La mémoire antérograde prête à des remarques analogues. Eugénie apprend beaucoup plus vite dans la période d'excilalion, sinon le texte, du moins le sens d'une phrase. — J'ai fait |)lusieurs expériences avec le roman de Zola, VAriivnf. Quant à la mémoire du |)assé, elle esl plus vive. aus>i bien dans la re[)roduction qu(î dans la localisation. V l'état normal, Eugénie répondait par des |)hrases l)rè\es à mes questions sur sa vie passée, sans eiivuis mais sans détails; dans l'ex-
I. IVocrdé |)nj[)obé par M. 13oiiril<jn. \i»l. sii[).. p. i33.
Dumas. Tristesse el Joie. lo*
l/|(3 LA TRISTESSE ET LA JOIE
cUation ridéalion esl plus vive, rimagination plus riche et tous les souvenirs reviennent, plus rapides, plus complets, plus cohérents. 11 suffit d'une question pour provoquer un flux de paroles sur les enfants, sur le mari, sur la famille, etc.
Les réflexes ne semblent pas modifiés, les mouvements automatiques sont plus rapides et plus amples.
L'intelligence est plus rapide et plus nette; je l'ai éprouvée par de petites opérations d'arithmétique, des additions et des soustractions, par des pensées faciles à expliquer oralement. — La volonté enfin paraît plus active mais pas très constante. Eugénie a beaucoup de projets en tête, elle regrette d'être enfermée à l'infirmerie pendant sa crise et de ne pouvoir s'occuper assez, elle éprouve le besoin de travailler à quelque chose ; un jour elle emporte le roman de Zola pour le lire, ce qu'elle n'eût certainement pas fait à l'état de calme.
L'observation de M. Magnan, que j'ai citée plus haut, constate d'ailleurs cette hyperactivité.
Quand j'aurai dit que mes expériences ne la fatiguent pas, que son attention me suit volontiers et se soutient pendant une heure s'il le faut, j'aurai à peu près esquissé les principaux traits de son état mental pendant l'excitation.
Je crois cependant utile de rappeler que je l'ai observée dans un moment de satisfaction et de suractivité et non pas d'agitation.
Elle est restée beaucoup plus loin que Marie de l'incohérence et du désordre; jamais son attention ne s'est dérobée, quand j'ai voulu la diriger, et la légère excitation que j'ai étudiée n'est guère pathologique que par le rythme qui la régit.
Ln cas de joie beaucoup plus intense, mais que je n'ai pu comparer avec l'état normal du sujet, m'a été fourni par M..., un excité qui a fait de la paralysie générale.
Au moment où il est entré à la chnique', en mars 1890, il présentait les symptômes les plus nets de cette affection, embarras de la parole, tremblement fibriffaire de la langue