‹ La tristesse et la joieChapitre 58 sur 146 · I. Les sensations internes, p · texte numérisé non relu

I. Les sensations internes, p

Par celte analyse de la faim, M. Beaunis nous donne une idée précise de cet état de manque, de privation qui est à Torigine du besoin et s'exprime par un certain nombre de sensations organiques ; mais ces sensations elles-mêmes sont des sensations de quelque chose et l'analyse nous apprend encore qu'elles correspondent toutes à des mouvements arrêtés. Si Ton cherche à déterminer les conditions physiologiques de la sensation de la faim, voici, en eflet, ce qu'on trouve : a C'est pendant le repos de l'estomac que saccu- « mule dans les glandes gastriques la substance aux dépens (( de laquelle se formera, au moment de la digestion, le ferce ment actif du suc gastrique, la pepsine. Ces glandes sont, « à la fin de l'intervalle des repas, dans un véritable état de

(c turgescence. »

Un phénomène analogue se produit dans les glandes de l'intestin et ^I. Beaunis, qui le décrit, signale ensuite le défaut de stimulus habituel, l'inirritation de Darwin, c'est-àdire le non-exercice des activités spéciales à chacun des organes qui doivent entrer en fonctions. Nous n'avons pas besoin de détailler ce nouveau phénomène et les précédents pour montrer qu'ils se ramènent tous à des arrêts de mouvements, sécrétoires ou autres ; les sensations de la faim sont des sensations d'arrêt ; ainsi s'exprime à notre conscience l'état de gêne où se trouve l'organisme ; c'est l'aspect négatif du besoin.

(hiel sera l'aspect positif? ïl est facile de présumer. d'a|)rès l'analyse précédente, que le besoin actif, le désir de manger proprement dit, pourra se ramener à un ensemble de sensations nouvelles correspondant à des mouvements commencés. La faim, même légère, ])eut déjà s'accompagner d'une représentation, limage de tel ou tel mets propre à la satisfaire.

Si la l'ain) ('Mail nulle, la uiêint^ image passerait ou iesl(Mail conhise, mais si nous é|)rouvons déjà les sensations pénibles qui expriment l'état de besoin, nous accomplissons, malgré nous, les actes qui ont déjà été accomplis lors de la salislaclion aiil(''iieure du désir; ce sont d'aboid de légers mouNC nionis de mastication et les sécrélioiis multiples (|ui con^li Dlmas. 'rrish's>c et .Toic. i i

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tuent rinsalivation ; glandes malaires, glandes des lèvres, de la face inférieure de la langue, de la voûte palatine, sécrètent en même temps le deliquium que nous appelons la salive ; la déglutition devient par là même plus fréquente ; puis les muscles de la vie de relation entrent faiblement enjeu ; nous sentons dans nos membres des mouvements de préhension à peine ébauchés et qui sont très visibles chez Tenfant et chez Fanimal.

« A des degrés plus élevés, dit encore M. Beaunis, nous « voyons s'accomplir de véritables actes d'impulsion ; enfin, « vient le délire famélique avec toutes ses conséquences. »

Il y a donc à considérer dans la faim toute une série de mouvements nouveaux qui rentrent dans la notion physiologique du désir ; ce sont les mouvements qui s'exécuteraient, si le besoin était satisfait, et qui s'ébauchent à l'idée de cette satisfaction.

Un désir organique, la faim, est donc la conscience de deux séries de mouvements. Les uns sont les mouvements vasculaires, sécrétoires, musculaires qui sont diminués ou arrêtés ; les autres sont des mouvements commencés. Mais il est facile de voir que, si ces derniers commencent, ils ne finissent pas et je n'ai pas besoin d'insister sur les conditions qui leur manquent pour se terminer. C'est, dans le cas présent, l'objet même de la faim, la nourriture.

Si les premiers mouvements sont arrêtés, les seconds le sont aussi en définitive, puisqu'ils se bornent à commencer.

Les besoins plus complexes, les désirs psychiques intenses et durables qui constituent les passions peuvent se ramener facilement à cette double série. Soit une passion quelconque : la jalousie. En quels éléments se résout le désir qu'elle implique ')

Tolstoï nous en donne un exemple célèbre dans la Sonale à Kreutzer. PozdnichcAv raconte comment est née sa passion et dès la période de début, ce qu'il constate en lui, ce sont des tendances arrêtées ou des désirs de vengeance qui apparaissent ' .

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