‹ La tristesse et la joieChapitre 59 sur 146 · I. P. U).') s(|q. (le la traduction ITalpcrino-Kaminsky · texte numérisé non relu

I. P. U).') s(|q. (le la traduction ITalpcrino-Kaminsky

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Occupons-nous d'abord des premières. Le sentiment de la propriété violée est le plus fort qu'il éprouve, mais ce sentiment est trop fréquent pour qu'il soit utile d'y insister.

Si nous l'analysions, nous verrions qu'il se ramène à l'idée que tels ou tels actes, de possession, d'affection, de confiance ne pourront plus s'accomplir librement, comme par le passé, à l'idée d'une diminution dans la puissance, dans l'influence, et les phénomènes d'arrêt seraient, connue pour la faim, faciles à signaler. Puis vient l'idée du déshonneur, de la honte qui va rejaillir sur lui : après, c'est la pensée de la famille : « En présence de la nourrice et de mes enfants « elle me déshonore 1 » C'est toute l'éducation morale, tous les principes que Pozdnichew a donnés aux siens, renversés d'un seul coup : « Mon petit Vassia î il verra le violonneux « embrasser sa mère! Que va penser sa pauvre pelilo Ame? » « Moi élevé en honnête homme par mes parents, moi qui « avais rêvé toute ma vie de bonheur conjugal et de fidélité, « moi avoir une telle destinée ! »

Tous ces rêves qui croulent, toutes ces ilhisions qui se dissipent, correspondent à autant d'habitudes physicpios et mentales gênées, réfrénées et en définitive à des phénomènes d'arrêt. La vie psychique se trouve progressivement suspendue par la pensée de l'adultère et c'est là ce que j'appelais l'aspect négatif du besoin quand il s'agissait de la faim. Quel sera l'aspect positif, quelles tendances s'éveillcMont dans fàme du mari jaloux ? Le désir de se \engor ou de punir est le premier : « Tout à coup, une fuieur indicible (( s'em|)ara de mon être et, au lieu de cond)alhe celle rage, (( je lallisai, iieureux de la sentir bouillonner en uïoi : la « chose lenible, c'est que je me leconnaissais sur son corps (( un di-oil indiscutable, comme si elle eut élé la chair de « ma cliaii- >k \oilà le désir de vengeance fornudé el ledrame iiiial (MilicMi |);n- l(^ mari. Dans ce désir, nous |)ouni(»ii^ dis linguer une séri(^ d'actes ébauchés, de mouvements commencés f|ni en sont les éléments consliliilil^» : ce seiail ivpro (luire, sous une anhe foinie. ranal\>e du i\r>\v dr manger, lîonions-nou"^ à signaler 1(^«^ aulre-- {(Midanci^s (|ui \i(Miii(Mil

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se grouper autour de la première et qu'on pourrait désigner par le terme général de jalousie active. C'est d'abord la haine très net le que le chrétien Pozdnichew conçoit dès le premier jour contre le libertin Troukatcliewsky, c'est l'idée qu'il va reconquérir par le meurtre son honneur perdu, sa dignité de père et d'époux, c'est l'antipathie ancienne et sourde qu'il nourrit contre sa femme, caractère frivole et vide, son ressentiment de chrétien pour la créature sensuelle qui lui rappelle des tentations auxquelles il a trop souvent succombé. — Toutes ces tendances positives qui se résument, elles aussi, en des mouvements commencés, viennent se fondre dans le désir central de vengeance ; le mécanisme est le même que pour la faim ; le désir est la conscience d'un certain nombre de phénomènes moteurs, ce sont les mouvements, les actes qui s'exécuteraient si le désir était satisfait et qui s'ébauchent à l'idée plus ou moins nette de cette satisfaction; mais, comme les mouvements qui s'ébauchent dans la faim, ceux-ci ne se terminent pas et, de part et d'autre, sous la forme positive comme sous la forme négative, nous trouvons des phénomènes d'arrêt.

Le désir se résume donc, qu'il soit physique ou moral, en deux séries de tendances, c'est-à-dire en deux séries de mouvements commencés et de mouvements arrêtés et de sensations confuses correspondant à ces mouvements, c'est-à-dire qu'il se décompose en tendances d'arrêt et en tendances motrices.

Quant à savoir laquelle des deux séries est primitive, c'est ce qu'il n'est pas très commode ni très utile d'établir. Il semble à première vue que l'homme ne désirant que ce qui lui manque, la sensation-besoin doive être primitive, et c'est en général ce qui se passe pour les désirs physiques comme la faim, mais, d'autre part, nous voyons bien soun eut le désir actif se produire aussitôt après la vue ou la représentation de l'objet et, dans ce cas, la sensation -besoin paraît secondaire. Disons donc que les deux séries sont connexes, sans poser la question d'antériorité.

Le nombre des appétits et désirs ainsi conslilués qui

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forment notre personnalité mentale est infini, et la psychologie courante arrive à les classer en inclinations physiques, morales, égoïstes, altruistes, non à les émmiérer.

Si nous n'avons pas la conscience continue de cette multiplicité, si nous ne sentons pas toujours ces mouvements arrêtés ou éhauchés qui sont les tendances, c'est justement parce que. dans le cours noriual de la vie. la majorité ou même la totalité de nos hesoins et désirs étant satisfaits, ils n'existent guère que Airluellement et ne se manifestent ni sous la forme d'arrêt, ni sous la forme de mouNcment.

Il en est de même pour toutes les habitudes, toutes les fonctions dont racconq^lissemcnl normal et régulier constitue la vie de Fesprit.

l'allés sont innombrables el \ arien l a\ec chacun de nous.

C'est l'habitude des j)laisirs physiques, esthétiques et intellectuels, l'habitude de la conversation, de la rêverie, de la réilexion, l'habitude de la promenade, de Texercice physique, de l'action sous toutes ses formes. A l'état normal, si tous ces actes s'exécutent facilement, nous n'avons pas la conscience spontanée de nos habitudes, nous ne les connaissons que [)ar la réflexion et l'observation de nousmêmes, mais (jn'elles soient menacées, gênées, obligées de se transformel", aussitôt se produisent les tendances d'arrêt ou les tendances motrices, savoir: la gêne, la [)arésie des mou- \ements habituels ou Tébauche de mouvements nouveaux.

La tendance, même sous sa forme la plus simple, témoigne donc d'un changement dans la vie automatique et régulière de l'esprit ; elle disparait dès que l'automatisme se rétablit. On ne peu! dire (juelh^ soit anormale. [)uisque l'écpiilibre parfait dv res])rit. racconq)lissement facile et coordoiuié de l()iil(>s les lonclions, n'est jamais atteint j^ar resj)iil, pas plus ciaiileurs (pi(^ par le corps ; mais (»n [xmiI au moins la considérer connue le signe (jue ladai^lalion est moililié(^ ou (ju'une adaptation nou\elle Na se protluire.

Va les tendances sont d'autant plus fortes, rariêl ou le mou\ement plus marqués, (ju'on a atVairc à des habitudes plus svstémali(jii(^^. plu> liées (Milie (>lles. y>\\\< anciennes, ou

mieux encore à ces lialjitudes de la race et de l'espèce quon a})pelle inslincls.

\oilà pourquoi le désir cesse en général de se manilesler avec intensité, lorsque la satisfaction en est facile, comme la satisfaction de Tamour dans le mariage ; la passion, même quand elle dure, se transforme alors en habitude, devient une fonction mentale, associée a^ec toutes les autres fondions de l'esprit et ne se réveille que lorsqu'elle est menacée.

Tolstoï donne, dans la Guerre et la Paix, un très net exenqjle de cette transformation : « 11 me semble, dit Marie « à Nicolas Rostovv, son mari, que tu ne peux m'aimer, tant « je suis laide en ce moment. — Tais-toi, répond Rostow, « tu ne sais pas ce que tu dis ; il n'y a point de laides « amours : c'est Malvina et compagnie qu'on peut aimer « parce qu'elles sont jolies. Est-ce qu'on aime sa femme!* « Je ne t'aime pas. Et cependant, comment te dire ? « Qu'un chat noir passe entre nous ou que je me trou\e (( seul sans toi; je me sens perdu, je ne suis plus bon à « rien... Est-ce que j'aime mon doigt? Allons donc, je ne « l'aime pas, mais qu'on essaie de le couper ! ^ »

En revanche, et pour les mêmes raisons, le désir constitue, quand il devient intense, un fait anormal ; c'est un vice de l'adaptation ; il signifie qu'il y a trouble et commencement de désordre dans le rapport des fonctions entre elles, comme dans leur rapport avec le monde extérieur. Tel est le sens peu métaphysique que je garderai aux termes désirs, appétits, tendances, dans les pages qui vont suivre.

lleste maintenant à définir un nouveau terme, à fixer les deux sens souvent confondus du mot émotion.

J'ai déjà, dans l'introduction, distingué l'émotion-choc, celle qui se produit la première après une nouvelle, bonne ou mauvaise, et se traduit par un ensemble plus ou moins cohérent de phénomènes psycho-moteurs, de l'émolion-sentiment qui lui succède et dont j'ai étudié ici deux spécimens, sous le nom de tristesse et de joie.

1. J'emprunte cet exemple à M. b'rédéric l^aullian. Les phénomc/ies affectifs, p. G'j.

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Eh bien, il convient d'analyser en détail, dans le mécanisme originel de la joie et de la tristesse, celte forme d'émotion que nos mélancoliques et nos joyeux ne présentent pas, c'est-à-dire les manifestations primitives, la secousse de la tristesse et de la joie.

L'émotion-clioc n'est pa> elle-même im phénomène simple et elle se décompose, la pluparl du temps, en deux moments : un moment de surprise, et un moment d"émoli<^n spéciale cl aiguë, joie, colère, désespoir, olc

Descartes avait bien ^u la nécessité de celte dislinclion. puisqu'il écrivait dans les Passions de FAiiie :

« Lorsque la première rencontre de quelque objet nous « surprend el que nous le jugeons être nouveau ou fort dif- « férent de ce que nous connaissions auparavant, ou bien « de ce que nous supposions qu'il devait être, cela fait que (c nous l'admirons et en sommes étonnés, et, pour ce que « cela peut arriver avant que nous connaissions aucunement (( si cet objet nous est convenable ou s'il ne l'est pas. il me « sendjlc (]ue l'admiration est la ])remièie des passions. ' »

La première, cesl-à-dirc qu'elle précède, dans le tenq)s. les autres passions fondamentales, qu'elle en est le premier stade.

Qu'est-ce donc au point de vue mental que ce premier choc émotif cpii précède toutes les émotions cl par conséquent celles qui nous occupenl. la Irisli^sse cl la joie ')

Nous ne pouvons ici faire ap[)el à rex[)érience. connue pour rémotion-sentiment. Ce n'est [)as que l'expérience soit impossible et cju'on ne puisse assister dans les asiles ou ailleurs à des cas de sur|)ris(^ el d'émotion aigui* ; \'v\\ citerai plus tard quehpies uns. mais l'obsei^ation (pii nous lait conslaler ici des gc^sles ou des cris, des modilicalions icspiraloiics on \as(ulaires ne nous a[)pi(Mi(l lien >nr le ujécanisme ps\clii(|n(* (|ni pro\o(|nc liMnotion. l']n lail. il s'agit bien plus d'nne int(M|)i(''lalio(i (juc {\'\mr oj)>«(M\alion Néiilable.

A. /.es Pa.saiun.s de l'Anic. ail. .'».">.

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« La surprise, dit M. Ribot, à un ])\us haut degré Fétonnement, est un choc produit parce qui est nouveau el inattendu. ^ »

Je parcours, dans un journal, la partie nécrologique, tout en rêvant d'autre chose et je lis plusieurs noms avec indifl'érence ; puis je tombe sur le nom d'un ami dont j'étais sans nouvelles et que je croyais bien portant. Je suis surpris.

D'une part — et c'est là Faspect négatif de la surprise — toutes les images qui me hantaient vaguement Tesprit ont été écartées ; de l'autre — et c'est là le phénomène positif — un certain nombre d'habitudes mentales ont été vivement choquées. Or, dans le nom que je viens de lire qu'est-ce qui a déterminé ce chocl^ Ce ne sont pas assurément les associations ou dissociations nouvelles provoquées par la mort de mon ami ; tout cela ne viendra que plus tard quand Fémotion se qualiFiera, pour devenir agréable ou pénible. L'elTet que je constate est plus immédiat. Il provient de la rencontre imprévue d'un grand nombre de systèmes, d'idées, d'habitudes, lesquelles supposaient toutes mon ami vivant, avec l'idée de sa mort.

Tout cet ensemble qui reposait pour le moment en dehors de ma conscience vient d'être subitement réveillé et heurté. C'est ce heurt qui est ma surprise et il est d'autant plus violent que les habitudes sont plus anciennes, plus profondes et plus complexes.

Supposons maintenant qu'en parcourant distraitement la série des numéros gagnants dans une loterie, je découvre brusquement que j'ai gagné le gros lot.

Le mécanisme sera exactement le même que plus haut ; ma pensée actuelle sera coupée et arrêtée, tandis que toutes mes habitudes de vie qui supposaient d'autres conditions de fortune seront en même temps réveillées et heurtées.

Et pas plus que tout à l'heure je ne détaille et n'analyse ces habitudes ; non ; c'est là un choc total, un arrêt collectif, et ce choc, je le sens confusément, bien plus que je ne le perçois.

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