‹ La tristesse et la joieChapitre 61 sur 146 · Psyc/iulo^'ic do iattcnlion. y · texte numérisé non relu

Psyc/iulo^'ic do iattcnlion. y

l86 LA TRISTESSE ET LA JOIE

une réaction de Finstinct de conservation et ce caractère est bien plus visible encore dans certaines expressions motrices que nous étudierons tout à Fheure.

Est-ce à dire que la surprise tende naturellement vers la peur et n'en diffère que par le degré ?

Dans le cas qui nous occupe, la réaction se rapproche beaucoup plus, je le reconnais avec Dar\N in \ de la réaction de la crainte que de celle de la colère ; mais on ne doit pas en conclure, à mon sens, que la surprise soit une crainte légère ou que Fliomme surpris soit nécessairement effrayé. Cela peut arriver quand la surprise est produite par une cause physique subite et violente, par un bruit par exemple qui nous apparaît du premier coup comme une menace de danger, mais, quand il s'agit de faits moraux, les deux états d'esprit se distinguent. Alors Fliomme est surpris et non effrayé; il est seulement heurté par le fait nouveau; il tend simplement à se mettre en garde contre ce qu'il contient d'inconnu, et à le connaître au plus vite, quitte à s'en effrayer ensuite, s'en réjouir ou s'en affliger s'il y a lieu.

C'est pour la même raison que la surprise, antérieure à toute connaissance, ne peut être ni agréable ni pénible, surtout si on veut bien la considérer dans le premier moment de son apparition. En général Fhomme surpris ne sait pas, comme l'a très bien remarqué Descartes-, si le nouvel objet qui Fétonne sera bon, mauvais, ou indifférent pour lui; il ne sait pas encore quels instincts particuliers vont être gênés ou satisfaits, et, de prime abord, il n'est porté ni à la tristesse ni à la joie. Sa réaction ne tend à devenir agréable ou désagréable que lorsqu'il pressent déjà les associations ou dissociations futures, lorsque la surprise se mêle d'éléments étrangers, et voilà pourquoi on peut parler de bonne surprise, de mauN aise surprise ; ce qu'on qualifie ainsi ce n'est pas la surprise même, mais plutôt l'émotion qui, en fait, l'a suivie.

Page 1