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l88 LA TRISTESSE ET L\ JOIE
Le candidat refusé a non seulement la conscience d'un effort à recommencer, mais celle d'un espoir déçu, de toutes sortes de désirs et de projets momentanément anéantis; Fanii qui perd son ami a conscience d'une privation, d\m amoindrissement, mais aussi d'une nouvelle adaptation à entreprendre, de nouvelles habitudes à créer, et l'un et l'autre ont une tristesse à la fois négative et positive. — Tout ce qu'on peut dire, c'est que la forme positive prédomine chez l'un et la forme négative chez l'autre, tandis que, dans certains cas au contraire, ceux du troisième type, ces deux formes paraissent s'équivaloir.
Nous pouvons donc nous dispenser d'analyser les trois mécanismes et ne considérer successivement qu'une tristesse à forme positive et une tristesse à forme négative, en nous rappelant toutefois que ces deux formes se combinent le plus souvent.
Voici un amant qui apprend la mort de sa maîtresse, et une fois le premier moment de surprise ou de stupeur passé, si toutefois la nouvelle est assez imprévue pour le surprendre, tout un ensemble d'images et de représentations se présente à son esprit, avec l'idée que les sensations ou les actes représentés ne sont plus désormais possibles. — « Je ne la verrai plus, je n'entendrai plus sa voix, je n'éprouverai plus telle ou telle sensation agréable que sa présence me faisait éprouver; je ne la posséderai plus ». C'est le phénomène bien connu que l'on désigne en général sous le nom de regret, et qui a été si souvent décrit par les poètes de l'amour.
Or chacune des représentations de ce genre ne doit pas être considérée en elle-même, dans ses limites strictement représentatives, mais dans ses rapports avec toutes les habitudes ou instincts qui lui correspondent, désir sexuel, admiration cstliélique, amour-propre, habitude du bonheur, etc. Si le jeu de ces représentations, la façon dont elles se heurtent contre l'idée de la mort nous émeut c'est parce que tous ces inslincts sont non seulement réfrénés mais désorganisés et que nous avons la conscience de cette désorganisation.