‹ La tristesse et la joieChapitre 66 sur 146 · N!ant('j:a/.za. PliYsiolo^ur do lu douleur, jk · texte numérisé non relu

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pour comprendre le normal, il va nous suffire de comparer.

Et tout d'abord les causes sont pareilles, car c'est toujours de fatigue et d'épuisement qu'il s'agit. — A la vérité, ces causes paraissent agir lentement et progressivement dans les mélancolies morbides, rapidement au contraire dans les tristesses normales, mais le phénomène fondamental reste le même : la tristesse passive et la tristesse active, chez le normal et chez le malade, sont toujours postérieures à un épuisement cérébral.

Même analogie dans le contenu des sentiments : la tristesse passive, comme la mélancolie passive, est pauvre en éléments représentatifs. On ne peut pas dire qu'elle n'évoque pas d'images pénibles car tout sentiment est plus ou moins évocateur, mais ces images sont vagues et confuses comme les représentations de Marie pendant sa dépression.

Les sentiments fondamentaux, impuissance, abattement et découragement, sont les mêmes ; on doit toutefois signaler une difiérence qui tient à la nature même des mécanismes qui produisent la tristesse morbide et la tristesse normale.

Dans la tristesse morbide, la cause est ignorée du malade cjuand elle est organique, ou bien oubliée de lui quand elle est morale ; le sujet ne sait pas pourquoi il est triste et ne cherche pas à le savoir ; il se sent tout simplement épuisé, et son découragement, son dégoût de toute chose, provient directement de la conscience de son impuissance.

Dans la tristesse normale, la cause morale n'est en général pas assez lointaine pour être oubliée ; le sujet la connaît ; et s'il se résigne et se soumet c'est parce qu'il peut mesurer toute l'inutilité des protestations et des cris. Sa résignation est en partie volontaire.

De plus, quand il cesse de penser à cette cause, il n'en subit pas moins la suggestion, il reste ainsi, comme je l'ai montré, parésié dans toutes ses fonctions, convaincu de l'inutilité de l'elTort, non seulement par un mécanisme direct d'épuisement mais par un mécanisme psychologique et indirect qu'on ne constate jamais chez les malades.

En revanche, la cœnesthésie est la même ; le sujet sent sa

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fatigue et son impuissance aussi bien dans le cerveau qui fonctionne mal que clans les jambes qui plient, clans les bras qui ballent, dans les joues qui j)endent, dans la tète qui s'incline. Ce sont, à la longue, les mêmes sensations de froid, de gène respiratoire, de courbature, etc.

On peut donc conclure cpie la tristesse normale est la même que la mélancolie passive dans ses symptômes fondamentaux. Toute la différence est dans la rapidité des mécanismes, dans la durée des symptômes et dans ce lliit, bien simple mais importanl. que le triste sait pourquoi il est tiiste, tandis cpie le mélancolique ne le sait pas.

11 resterait, pour suivre la comparaison dans tous ses détails, à comparer la sensibilité. Tintelligence et la volonté dans les deux cas, à comparer les lésions de rautomatisme et les lésions de la synthèse, et si je ne fais pas cette conq)araison, j'avoue humblement c|ue c'est faute de sujets normaux à comparer avec les sujets malades. Ce n'est pas cpi'il ne m'ait jamais été donné d'observer le premier moment d'une émotion triste ; je citerai plus tard, à propos de la physiologie, deux observations de ce genre, mais pour faire la psychologie normale de la tristesse, j'aurais eu besoin d'observer des sentiments durables et je n'ai eu ni la possibilité, ni l'occasion de faire ces observations, ,1c crois cependant, après les analogies et les identités profondes cfue je viens de signaler entre les symptômes essentiels, qu'on |)eul inférer des malades aux normaux |)our les synqilomes se(M^ndaires. Sans aucun doute, le sentiment généralisé d'impuissance et de fatigue, le découragement, la cœnesthésie pénible, s'accompagnent, dans les deux cas, des mêmes troubles sensitifs intellectuels et volontaires, avec la seule ditVérence (|ue ces troubles plus durables cl plus manjués chez les aTuMiés se prêtent ini(Mi\ à raiialxxMM à la ni(\'«iir.'.

La conq)arais()n de la Irislesse acTiNe aNec la mélancolie acti\ e présente plus d'inlérèt à cause de la (•ouq)le\ilé plu^ grande des processus p>\chi(|ues. (>| ell(» donne l(>s meniez r»'^nllals.

La douleur moiaie ([ni caiacIcMi^e el (jualilie le> deux (Mais reconnait, de |)ail eld auli-e. Ie> in(Miie>< causes: ré|)ui>ein(Mil.

Dans les deux cas, elle est secondaire par rapport aux phénomènes de fatigue ou d'excitation excessive.

Une fois donnée, cette douleur joue le même rôle d'excitation et d'évocation mentale chez le normal que chez le malade.

^ous avons montré comment elle se justifie chez le mélancolique en provoquant des souvenirs, des conceptions, des interprétations, capables de la soutenir et de Tentretenir. Elle agit de même chez le normal et nous assistons, chez ceux qui souffrent et qui pleurent, à une production d'éléments représentatifs qui ne relèvent nullement de Fautomatisme mais de la synthèse et de la recherche ; nous voyons le sujet faire de véritables efforts pour alimenter sa douleur, lui fournir des raisons, la renouveler.

Il y a cependant une différence dans Tidéation ; c'est la même que je signalais tout à l'heure entre la tristesse passive et la mélancolie passive. Le mélancolique actif souffre sans savoir pourquoi et, quand il délire, il emprunte où il peut ses idées délirantes ; à sa mémoire, il demande des remords, à son imagination des craintes, à sa cœnesthésie des idées hypocondriaques et, avec ces éléments hétérogènes, il bâtit un délire incohérent. — Le normal a, dans l'espèce, une supériorité ; s'il souffre, il sait pourquoi et, pour alimenter sa souffrance, il n'a pas à scruter son passé, à augurer de Favenir, ou à interpréter ses différentes sensations organiques ; il n'a qu'à détailler la cause même de sa douleur, à l'analyser, et il n'y manque pas. Il se retournera donc, pour ainsi dire, vers la cause de sa douleur et il reprendra, à titre secondaire, en les exagérant, toutes les représentations qui Font produite. Puis il tirera de l'événement qui l'afflige des conséquences nouvelles ; il y verra des détails particulièrement douloiu^eux, et il se bâtira, avec ces éléments homogènes, non pas un délire, mais une sorte de système de représentations ou d'idées dont l'événement lui-même sera le centre.

Il en résulte que l'idéation prendra des caractères nouveaux ; les éléments en seront moins disparates ; leur couleur sera plus uniforme, leur cohérence plus grande et ces différences dans le contenu et la forme de l'idéation proviennent

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non pas d'une dilTércncc dans le mécanisme évocateiir mais de ce fait, toujours le môme, que le normal sait pourquoi il souffre tandis que le malade ne le sait pas.

A cela près, on peut démêler encore, dans Tidéation du normal, la plupart des caractères matériels ou formels du délire mélancolique et les expliquer de même.

Les idées d'humilité se produisent le plus souvent, inspirées à la fois par le sentiment de la perte qu'on vient de faire, par la conscience du désordre et de l'arrêt apportés dans toutes les formes de notre activité, el par la latigue cérébrale, la dépression que l'on sent confusément. « Qu'est-ce que je vais faire maintenant, à quoi suis-je bon, me voilà brisé? inutile pour la vie, » telles sont les phrases qui reviennent en général dans les lamentations et qui expriment bien cette diminution pliysique et morale de soi-même dont on a conscience dans les grandes douleurs.

Quand le sujet est religieux, ou même su[)erstilieu\, il cherche parfois, à coté de l'explication psychologique de sa douleur, une explication morale ; -il regarde sa souffrance comme un châtiment et il pense à des fautes anciennes dont le regret peut augmenter sa douleur. A cette question qu'il se pose : « qu'ai-je fait pour souffrir ainsi ?» il fait alors les réponses que son passé lui suggère et par ce trait, comme par le précédent, le contenu de son idéation tend à se ra[)procher du contenu (!(^s délires.

Comme les délires, cette idéation peut être niaise, coml)Osée de puérilités, de détails insigniliants qui font sourire les indifférents et celte niaiserie s'explique par la d('>pression mentale, la fatigue, clonl l'excilalidn doulouieuse est issue et qu'elle subit.

(vomme les délires, el l()nj()ur> pnur la niriiK^ raison, lidéalion esl monotone. Sous l'iidhience de la faligue. elle se restreint, se localise, et c'est une phrase ou tieux, toujours les mêmes, qui reviennent sur l(^s lèvres de ceux qui soullVenl. — J'ai souvent remaiïjué l(^ lail à la camj)agne. où l(>s femmes [>arenles du inoil |)l(MinMil librcinml <>! hi uNainiiuMil. en ré|)élanl (|U(>l(Hi('> [)hiases Mir iiii |(»n de lilani(\

Comme les délires, cette idéation est résignée, et pour des raisons plus complexes.

Sans doute le normal ressent, comme le malade, Fépuisement et la fatigue, et ce sentiment de sa faiblesse lui impose déjà la résignation ; mais n'oublions pas qu'il connaît la cause de sa tristesse ; il pourra donc la mesurer, comprendre qu'il est inférieur aux clioses, incapable de lutte sérieuse et à plus forte raison de triomphe. En fait, il ne manque pas, d'une façon plus ou moins confuse, de se faire ces réflexions et c'est pourquoi toutes ses plaintes, comme le délire des mélancoliques, portent la marque de la résignation. On aurait tort, par conséquent, d'opposer la tristesse active à la tristesse passive, comme on oppose la révolte à la soumission; c'est une révolte de faible, une révolte qui se sait vaincue d'avance; la véritable révolte c'est la colère, qui suppose justement des conditions contraires à celles qui déterminent la tristesse active.

Enfm il est un caractère général de l'idéation à la fois réel et formel qui n'est pas sans analogie avec le précédent, et que j'ai analysé en détail chez les délirants, je veux parler du caractère convergent des représentations.

Les sujets qui souffrent et se lamentent ne songent nullement à s'en prendre aux autres de leurs souffrances, ils sont bien plus disposés à s'accuser eux-mêmes, à se considérer comme responsables de leur maux : « Souvent, dans les faits « de ce genre, dit Léon Dumont, on est en colère contre « soi-même et l'on est disposé à se traiter comme l'auteur de « sa peine ; on se frappe la poitrine dans le remords, on « s'arrache les cheveux et les vêtements. Ne voit-on pas (( souvent des mères qui viennent de perdre leur enfant, « s'écrier en proie à une agitation extrême : c'est ma faute ! «Je n'aurais pas dû le laisser faire telle chose! Si je ne « l'avais pas laissé seul dans telle circonstance ! Et autres « exclamations analogues * . »

Ici encore le sujet est trop conscient de sa faiblesse, de

j . Op. cil., p. i4(j.

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son infériorité devant le malheur, de la nécessité de se soumettre, il se sent trop ahallu. pour que sa tristesse engendre des protestations ^i()l('^los contre les auteurs ]^ossibles de ses maux. Il ainio mieux s'accuser lui-même ol. (juaiid il accuse les autres, c'est sous la Ibrme résignée et timide ((iic j'ai signalée plus haut dans ses lamentations.

Pour que la comparaison du normal et du morbide fût complète, je devrais maintenant étudier les efl'ets d'inhibition que la douleur morale et l'idéation douloureuse exercent sur Tensend^le des fonctions mentales; rechercher, chez le normal qui s()unV(\ raiialgési(^ [)hvsi(jue, les troubles de l'attention volontaire, la paresse de l'intelligence, raboulie, et rapprocher ces diflerentes lésions des lésions constatées chez Louise et chez Augusline. Mais cette comparaison manquerait d'intérêt et de précision si, pour des lésions aussi spéciales, je men tenais connue j'ai lait pour les caractères précédents, à des iaits d'observation générale et com-ante ; je devrais entreprendie d'abord, sur des sujets sains, des expériences précises touchant l'action inhibitrice de la douleur et apporter un certain nombre d'observations individuelles.

Or, j'avouerai, comme plus haut, que je n'en ai pas.

Je conclus donc, en ^ertu des analogies profondes déjà constatées, à une analogie complète entre la douleur normale et la douleur des mélancoliques, et je renvoie, pour la mesure et l'analyse des détails, à la description des cas de Louise et d'Augustiue.

Kidèleà la méthode de M. Hibol.j'ai commencé par étudier le morbide pour conq^rendre le normal, et je crois pou\oii' dire cpie l'élude des mélancolies chMiranles a |>uissammeul éclain'' les |)hénomènes essentiels de la doul(>ur moral(\ \]i\ vertu de la même méthode ou tout au moins du princi[)e (|ui la fonde, j'infère maintenant du malade au normal pour l(»s piuMiomèncs pailiciilici^^ (|ui. cluv le normal ont été sousliaiu à rol)->(M\alioii cl à la nionre.

Le plaisir, comme la douleur, pcul ^c produiic par lr(»i^ mccam>mc-> dilVcrcnl^'.

Sous la forme positive c'est une adaptation nouvelle, une orientation à donner à un certain nombre d^nstincts et d'habitudes, ou bien de nouvelles habitudes à créer. Tel un candidat reçu à des examens fait des projets pour son avenir ; une synthèse nouvelle, une réassociation d'idées, d'images et de tendances se produit à la suite du succès.

Sous la forme négative, le plaisir correspond à la suppression d'un état de gêne ; des tendances jusque-là arrêtées, réfrénées, reprennent leur libre jeu, tandis que des habitudes prises dilïïcilement et supportées avec peine sont rompues. Tel est le cas du prisonnier qui recouvre sa liberté.

Dans la forme mixte, les deux formes précédentes se mêlent et se combinent, c'est la forme que présente le plaisir d'un pauvre diable qui gagne le gros lot.

Gomme pour la douleur, je ferai remarquer que le type III est le ])lus fréquent, que les plaisirs absolument positifs ou négatifs sont rares, que la plupart tendent à réaliser la forme mixte, et que l'on peut, sans inconvénient, se dispenser d'analyser trois espèces de mécanisme. Il suffira d'analyser le mécanisme positif et le mécanisme négatif.

Voici un pauvre homme qui hérite d'une grande fortune ou qui gagne un million à une loterie: aussitôt des représentations apparaissent qui sont liées avec celles de l'héritage et du gain ; le sujet préimagine un grand nombre d'actes que la possession d'un caj)Jtal considérable va rendre possibles: « Je me paierai une voiture, je me ferai habiller chez les « meilleurs tailleurs, je lirai les romans du jour, je ferai (( élever mes enfants, etc. »

C'est le phénomène inverse de celui que nous analysions tout à l'heure sous le nom de regret, et, pour le bien comprendre, il faut considérer encore les représentations non seulement dans leurs limites représentatives mais dans les instincts ou désirs auxquels elles correspondent, instinct du bien-être, de la jouissance, amour paternel, amour-propre, etc.

Voilà autant de tendances qui s'éveillent subitement devant l'idée de l'héritage ou du gain et dont nous nous

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représentons la sntislaclion comme possible, cesl-à-dire le jeu, la coordination nouvelle, comme faciles et prochains.

Nous avons le sentiment qu'une adaptation nouvelle se prépare de nos tendances entre elles, et avec le monde extérieur, nous la sentons s'opérer déjà.

Sans aucun doute la représentation est un intermédiaire indispensable enlie ce fait nouveau. riiérila*re el les instincts conscients qui s'or^-anisent autour de lui. Sans la représentation on ne conçoit pas qu'une orientation de ce genre puisse s'opérer dans la sphère de la pensée consciente.

Mais à coté des instincts qui sont excités el organisés par linlermédiaire des re[)résentalions, il en est qui sont réveillés et orientés dans la même diieclion sans tpie le î^ujet ait besoin d'évoquer des images, par le seul tait de l'habitude. L idée du ne grande fortune a toujours été imie, dans son expérience passée, à des représentations de puissance, de jouissance facile qui correspondent toutes aux tendances les plus sim[)les de son organisme et elle peut exercer toute nue sur le jeu de ces tendances la même influence que les représentations précédentes. La réassociation la réadaptation se continuent ainsi jusque dans Tordre de Tinconscient par un mécanisme sinqole de mémoire.

En même temps et par un processus analogue le mécanisme négatif du plaisir moral se produit. S'il v a des tendances réveillées et coordonnées dans une orientation nouvelle, il y en a aussi qui ne sont plus arrêtées et qui, retrouvant leur libre jeu, viennent se joindrq aux premières.

Toutes les représentations positives que j'énumérais tout à l'heure [)eu\enl très bien s'accompagner de re[)résenlalions négatives : « Je ne logerai plus sous les toits, je ne couce cherai plus sous les ponts, je ne travaillerai plus quinze « heures par jour, je ne vivrai ])lus de pain cl de légu- « mes, etc. »

Toutes ces représenla(ionscoires[)ondenl à une manière de dissociation et de d(''sorganisalion ; des habihulcsde misèrcM^I de '^c\u\ dillicilcmenl prises el dillicilcmenl suppoilt'cs sonl tout à ("ou[) (l(''Soiga!iisé(>s. el pai- coiidr' ((mj) !(*> in^lincls

égoïstes, les tendances profondes que ces habitudes refrénaient, s'organisent, s'orientent autour du fait nouveau par un mécanisme de réadaptation déjà analysé.

Et, sous la forme négative comme sous la forme positive, il n'est pas toujovus nécessaire que la représentation s'interpose entre le fait nouveau et les habitudes pour que la dissociation soit consciente ; ici comme plus haut, l'habitude, la mémoire peuvent simplifier les choses et précipiter le mécanisme. Insister une fois de plus sur cette possibilité serait nous répéter inutilement.

Comme pour la douleur morale, ce serait une erreur de penser qiïe ce double processus d'adaptation et de désadaptation s'accomplit avec ordre et précision, surtout dans les premiers moments de Fémotion.

En réalité, les représentations positives et négatives s'entremêlent et se confondent; elles sont simultanées aussi bien que successives et le sujet a conscience du désordre de ses idées comme du désordre de ses tendances. La joie aiguë, comme la tristesse aiguë, le fait ainsi retomber sous la domination momentanée de l'automatisme et des instincts ; elle dissocie les synthèses mentales qui se formaient, paralyse l'attention, éparpille la volonté.

J'ai pu souvent constater cette influence nocive chez Marie qui, très émotive dans sa période d excitation, est toujours prête à s'étonner comme à se réjouir des moindres incidents de la vie, or chaque fois, la petite secousse de la surprise et de la joie rompt les synthèses mentales que j'essaie de créer, les dissocie et les désagrège.

11 en résulte que les grandes émotions de joie exercent la même influence de désorganisation que les émotions de tristesse, au moins par leurs premiers effets.

Il y a ainsi pour le plaisir moral, comme pour la douleur, un mécanisme analogue de désadaptation et de réadaptation s'effectuant au milieu du même désordre de tendances et d'images ; c'est d'ailleius la conséquence nécessaire de tout fait imprévu et nouveau qui nous atteint dans nos habitudes et nos instincts. Mais il reste h se demander pourquoi ce méca-

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