‹ La tristesse et la joieChapitre 71 sur 146 · MÉCANISME ORIGINEL 1)1. I.A THISTESSE ET DE L\ JOIE · texte numérisé non relu

MÉCANISME ORIGINEL 1)1. I.A THISTESSE ET DE L\ JOIE

Il n'est même pas utile, une Ibis la première représentation donnée, que le sujet en garde la conscience continue; alors que cette représentation tombe dans le subconscient, il peut garder le sentiment de sa puissance, de sa plus grande liberté, et sa joie persiste alors [)ar une sorte de suggestion.

Pouvons-nous parler du plaisir moral dans des joies réduites h ces éléments ? Je ne le crois pas. Evidemment elles sont agréables, mais le plaisir y est confus, mêlé à la cœnestbésie organique. C'est la forme périphérique et organique de la joie.

Dans la joie cérébrale, nous trouvons au premier plan le plaisir moral et l'excitation mentale mais les caractères précédents subsistent et nous les reconnaissons facilement, soit lorsque Tidéation se ralentit, soit même pendant qu'elle dure, car alors elle s'en inspire et les traduit.

En présence d'une excitation légère, Fesprit a éprouvé dans ce cas un sentiment aigu et spécial de plaisir cérébral et il a réagi par une idéation plus vive comme il réagissait tout à l'heure à l'excitation épuisante de la douleur.

Pour expliquer cette différence dans les réactions mentales de la joie, je ne puis faire appel qu'aux causes déjà invoquées à propos des deux réactions de la tristesse, et c'est pourquoi je serai bref.

Toutes les causes qui allineiit ou surexcitent la sensibilité tendent à faire prédominer les manifestations du plaisir sur celles de la joie. C'est d'abord la richesse et la \ivacité de l'imagination, c'est la supériorité de la race, le sexe féminin, la jeunesse, certain degré de chaleur, l'usage ou Tahiis de certains Ioniques du système nerveux couuik» l'alcool ou lo café.

En revanche, toutes les causes inverses tendcMit à iWwo pré (lomiiHM" les luanifeslalions de la joie sur celU^s du plaisir, depuis la pauviuMc' de l'imagination juscju'aux stupt'liants du svstème ner\eu\. Joignons y, (Oinme nous a\ons fait pour la lrisless(\ l'éducation, (pii iiicl de bonne henn* en J(mi toute son inlluence réductrice pour refréner les repré>enta-

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lions excitantes comme les expressions trop vives et qui diminue d'autant le plaisir moral.

Hâtons-nous d'ajouter pourtant, comme nous Pavons fait pour les joies morbides, que ces deux espèces de réaction ont une tendance à se mêler et que la plupart des joies normales se caractérisent par les deux sentiments de puissance et de plaisir que nous venons d'isoler artificiellement.

Yoilà pourquoi nous pouvons nous dispenser de maintenir cette distinction dans la comparaison qu'il nous reste à faire de la joie normale avec la joie morbide, pour éclairer le contenu afTeclif et représentatif de la joie normale.

Je voudrais pouvoir rapprocher d'abord les excitations légères, qui déterminent le plaisir physique et moral, des causes qui préparent ou déterminent la joie morbide, mais ces causes, je l'ai déjà dit, n'offrent pas le même intérêt que les causes déterminantes de la tristesse, la joie morbide étant la plupart du temps un phénomène réactionnel, postérieur à la dépression et relevant non pas de causes physiques ou morales lointaines mais de causes physiologiques immédiates que nous ne connaîtrons que tout à l'heure. — Yoilà pourquoi, négligeant les causes, je passe à la psychologie du contenu.

Nous trouvons de part et d'autre un même sentiment de puissance, d'activité et de confiance, mais le mécanisme qui produit ces divers sentiments est à la fois plus psychologique et 23lus compliqué chez le normal. Dans la joie morbide, la cause, en général physiologique, est ignorée du malade; il ne sait pas pourquoi il est joyeux, il se sent simplement plus puissant et plus confiant dans la vie.

Dans la joie normale, au contraire, le sujet sait pourquoi il est joyeux, il se représente confusément ou clairement la cause de sa joie, et cette représentation sert de stimulant à ses diverses fonctions mentales.

En revanche, la cœnesthésie est la même ; le joyeux sent sa puissance non seulement dans son cerveau qui fonctionne mieux, mais dans tous ses organes; c'est, à la longue, la même sensation de chaleur, de liberté respiratoire, de

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santé, c'est-à-dire un ensemble de phénomènes physiologiques dont nous étudierons tout à l'heure le mécanisme, et les sensations organiques qui leur correspondent.

11 faudrait maintenant, pour que notre comparaison liit complète, comparer chez le normal et chez le malade la sensibilité, l'intelligence, la volonté, les troubles de Tautomatisme, mais les mêmes diflicultés qui m'ont empêché d'analyser les tristesses normales subsistent encore pour la joie et je ne puis que renvoyer aux joies morbides que j'ai décrites.

Cependant la joie se laissant plus facilement observer que la tristesse, à cause du caractère expansif de ses manifestations, je crois que chacun a eu l'occasion d'observer chez les joveux rhyperesthésie morale, la sentimentalité qui leur est propre, la suractivité de leur mémoire et de leur imaginati(Mî dans leurs éléments automatiques, l'incohérence de l'attention, de la volonté, c'est-à-dire, en somme, cette prédominance de Tautomatisme et cet affaiblissement des synthèses que j'ai constatés chez les malades.

Quant au plaisir moral qui se surajoute en général à cette cœnesthésie et qui est d'autant plus intense que la sensibilité est plus Une, il joue le même rôle d'évocation chez le normal cjue chez le malade ; il se justifie en provoquant des conceptions, des souvenirs, des images capables de Talimenter et cette justification s'opère, de part et d'autre, sans effort, par une production spontanée de l'esprit.

Une fois provocjuée l'idéation se rapproche du délire, aussi bien par ses caractères formels que par son contenu.

Gomme le délire, elle est parfois absurde, le sujet acceptant sans trop de contrôle tous les prétextes de joie qui lui viennent. Ici, comme chez le malade, l'exagération de l'automatisme, l'excitation générale des fondions mentales peut troubler la synthèse, la rétiuction, cm[)êcher le j()\(?u\ de se juger quand il divague.

Connue le délire, l'idéation (^>l liciie, Naiiéc»; le Joumix paraît quelquefois [)lus intelligent, plus spirituel (ju'à l'ordi naire (M cetle supériorité tient chez \ç normal comme chez le malade à la suracli\ité de toutes les fondions.

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Le contenu est emprunté, comme dans le délire, à la mémoire, à l'imagination et à la cœnesthésie.

La confiance en soi-même, l'optimisme excessif à l'égard de la vie et toutes les idées que ces sentiments engendrent ne sont que la traduction affective et mentale du sentiment organique de puissance. Comme, d'autre part, l'imagination suractivée est toute prête à alimenter ce sentiment, on voit jusqu'à quel degré Toptimisme de certains joyeux peut s'élever.

D'autre part la mémoire apporte le souvenir d'événements heureux ou risibles et le passé, comme l'avenir, vient sous la forme de représentations agréables ou flatteuses, grossir l'idéation de la joie. — Ce sont les mêmes sources que les sources de l'idéation délirante.

Enfin il est un caractère général des délires joyeux, à la fois formel et réel, qui se retrouve dans l'idéation de la joie.

La cœnesthésie agréable et le plaisir moral ferment l'esprit à tout sentiment pénible, écartent toute représentation triste qui pourrait engendrer la douleur, la haine ou la colère ; tous ces sentiments sont exclus au profit des sentiments agréables comme la bienveillance, la bonté, l'espérance. — De plus le joyeux, n'éprouvant que du plaisir, interprète dans le sens de ce plaisir toutes les intentions ou tous les actes de ceux qui l'entourent, et pense que chacun lui veut du bien ; il aime tout le monde. « J'ai entendu un enfant d'un peu « moins de Ix ans, raconte Darwin \ auquel on demandait ce « que signifiait être de bonne luimeur^ répondre : a C'est « rire, parler et embrasser ». Il serait difficile de trouver « une définition plus vraie et plus pratique )>. Nous en acceptons volontiers le contenu et nous venons de dire pourquoi on embrasse, pourquoi la joie engendre l'amour.

La seule différence profonde qu'on puisse signaler dans le mécanisme évocateur de la joie normale et de la joie morbide tient à ce fait déjà connu que le malade ignore la cause véritable de son plaisir moral, tandis que le normal en connaît les raisons.

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