CHAPITRE V
Dans les chapitres qui précèdent, nous avons analysé les phénomènes psychologiques qui constituent la tristesse et la joie, et le mécanisme psychologique de ces deux émotions.
Dans les chapitres qui suivent, nous étudierons les phénomènes organiques qui les accompagnent, c'est-à-dire les divers phénomènes physiologiques, chimiques, physiques, mécaniques, dont le corps est le théâtre pendant la tristesse et la joie.
Ces phénomènes sont subordonnés entre eux comme les phénomènes psychologiques eux-mêmes et, tout en les décrivant, nous aurons à marquer cette subordination, à indiquer les faits essentiels et les faits dérivés.
Comme les émotions-chocs sont assez faciles à produire artificiellement, les psychophysiologistes ont beaucoup étudié, dans ces dernières années, le rapport de ces émotions avec les phénomènes circulatoires et respiratoires.
La plupart de ces phénomènes sont connus du lecteur, tels les phénomènes respiratoires et cardiaques, mais même pour ceux-là quelques détails doivent être rappelés, et, d'autre part, certains faits comme la pression sanguine ou le pouls des organes doivent être définis. J'ouvre donc une parenthèse et j'en profiterai pour dire quelques mots des instruments d'observation que j'ai employés.
i^ Le mouvement respiratoire se décompose en mouvement d'inspiration et mouvement d'expiration.
L'inspiration a pour rcsullat de dilater le cône pulmonaire par rintermédiaire de la cage tlioracique dont tous les diamètres augmentent, grâce à la contraction des muscles inspirateurs.
Elle est active, c'est-à-dire qu'elle constitue un elTorî, qu'elle est une violence laite au poumon et qu'elle éloigne la cage et le contenu de leur Ibrme naturelle. Elle est plus courte que l'expiration et s'inscrit en ligne ascendante sur nos tracés.
L'expiration a pour résultat de rendre aux poumons et à la cage leur forme naturelle : elle se produit par la seule élasticité des organes \ iolentés : elle est passive ; plus longue cjue l'inspiration, elle s'inscrit en ligne descendante sur nos tracés. Dans le premier temps de l'expiration, le retour de la cage à sa forme primitive est brusque, ce qui donne une ligne descendante presque Ncrticale, dans le second temps le retour est lent, ce qui donne une ligne descendante presque horizontale jus(jn"au iiiomcnl où l'inspiration recommence; il n'v a donc pas de repos entre l'inspiration et l'expiration ; la ligne de pause tout à fait horizontale qui les sépare dans quelques tracés correspond à un phénomène anormal.
Tous mes tracés respiratoires ont été pris avec le pneumogra[)he de Marey et j'ai toujours cherché, en taisant ^aricr la tension de l'appareil, à obtenir la courbe maxima.
Quant à la capacité respiratoire, je l'ai évaluée, sui^ant les l)rocédés courants, en faisant faire aux sujets de grandes inspirations dont ils rendaient ensuite l'air dans un spiromètre à eau (celui du D*" Dupont). — Les chilTres que je (loniK^soiil l()iij(»ui> un(^ moyenne j)rise sur trois iiis|)iralions.
'.)" Le [)()uls artériel est un fait trop connu pour ([ue je doive y insister. Je rappelle seulement (pie Ton ne peut conclure nécessairement de la rapidité du pouls à la rapidité de la circulation. Les pulsations, isochrones aux systoles cardiarpies, traduisent non |)as le |)assage d'un licpiide mais la pro|)agati()n d'une oscillation, d'une ondulation motrice.
illles s'inscri\enl sur nos tracés (M1 une ligiK^ ascendaiilc^ presque verticale et une ligne descendante très oblitpie.
Cette ligne descendante est interrompue à Tétai normal par une petite ascension ; c'est une manière de pulsation due à Fêlas ticité de Fartère qui restitue à Fondée sanguine la force qu'elle avait emmagasinée au moment de la systole. La présence de cette deuxième pulsation constitue ce qu'on appelle le dicrotisme du pouls.
Nos tracés du pouls ont été pris avec le sphygmographe de Marey. Le maniement de cet appareil, très facile en apparence, peut exposer à des erreurs.
La forme du tracé, son ampleur, dépendent beaucoup on effet de la façon dont la plaque de transmission est appuyée sur la radiale et de la pression qu'elle exerce.
Pour comparer avec intérêt deux tracés, il faut donc les prendre sans déplacement d'appareil et la chose n'est possible que si l'on étudie des émotions-chocs. Or, j'ai surtout étudié des émotions-sentiments qui durent des jours ou des mois, et je ne pouvais songer à prendre, sans déplacement d'appareil, le pouls d'un sujet en état de joie et le pouls du même sujet en état de tristesse.
Pour corriger, dans la mesure du possible, les erreurs inhérentes à mon procédé, j'ai toujours cherché, suivant le conseil de M. Marey, à inscrire la pulsation maxima, en manœuvrant la vis de pression, et je n'ai tenu compte des différences de mes tracés que lorsqu'elles m'ont paru très marquées.
3° Les réactions vaso-motrices qui s'accomplissent dans les organes ont pour résultat d'en augmenter ou d'en diminuer le volume suivant qu'elles déterminent la vaso-dilatation ou la vaso-constriction des artérioles.
Les variations de volume sont toujours dues à l'afflux ou au retrait du sang, mais elles peuvent être pulsatiles ou totales.
Pulsatiles, elles donnent lieu à un pouls généralement mais improprement appelé pouls capillaire. Ce pouls, que MM. Pachon et Lherminier^ appellent plus justement pouls des organes, est identique au pouls artériel. Les pulsations