Année psychologique, 1897, p
!\. Actes de la Société TAnnéenne de Bordeaux, t. Ltl.
PSTCHOPHYSIOLOGir DE I. \ TKISTESSF. ET DE EV JOIE 79.0
que si, à la chute du Iracé correspond la pulsation caractéristique d'une plus forte tension (amcjllissement du dicrolisme) et le 2:)hénomène de vaso-dilatation ne sera alTirméque si à Tascension du trace correspond la pidsation caractéristique d'une plus faible tension (accentuation du dicrotisme).
AIM. Llionninier et Paclion arrivent aux mêmes résultats que MM. Jiinel et Gourlier pour ce qui concerne les réadlon^ vaso motrices des émotions brusques comme la suipiise. la peur, la douleur physique. « Certains états afleclifs, disent-ils, (( donnent lieu à une réaction périphérique de sens déterminé. (( Ce sont la surprise, la peur, la douleur qui donnent lieu ({ à un [)hénomène de vaso-conslriclion péri[)liériquo. »
V[oulons que les tracés de MM. IJ^erminier el^ i^icjion, correspondant à la suiprise et à la [)eur, témoi<j-nent d'une accélération de la respiration et du pouls.
Bien que mes expériences personnelles aient porté bien plus sur des émotions-sentiments que sur des émotionschocs, je veux au moins dire que j'ai eu plusieurs fois l'occasion de vérifier quelques-unes des constatations précédentes.
J'ai étudié des tristesses et des joies aiguës dans des condilions particulièrement favorables, à cause de l'intensité de IcMnolion cl j'ai pu C(^nstaler chaque fois une auuuieiitalion de la pression sanguine, une accéléialion des r\lhmes cardiaques et respiratoires.
Toul 1(> monde sait que les feumies internées à Saiul-Lazare sont en même temps des malades et des détenues, double raison pour souhaiter ardemment une guérison cpii entraîne •,\\(H' elle la liberté. J'ai demandé à Fim des médecins de la inai<(m. M. le D' ('Ikm-oii. de uic faire assisler à (pu^lquesunes de ses \isiles et c'est gr^ice à son obligeance (|ue j'ai pu tenler (*l réussir les expériences sui\anlcs sur la joie c\ sur la douleur morale.
^oici (M)innieiil j'ai o|)éré pour la joi(^ :
Parmi les maladies (ju'il faisait Nciiir. \v ilocIcMir m'indi cpiait celles (pi'il pcnsail ren\o\er lt> jour iiiéine, cl (l()nl je noiais la I(misioii ailéii(>ll(\ la i'e>piialioii cl l(* pouU.
Dumas. Tristesse cl .l<>ic. l."i
Bien que ces filles fussent déjà sous rinlluence d'une émotion, Fattente, cette émotion, afTaiblie par l'habitude, n'était pas assez forte pour modifier beaucoup l'état organique et sur les six expériences précises que j'ai pu faire en trois visites, j'ai toujours pu considérer comme normales les mesures obtenues avant l'expérience.
La tension variait de i3 à i6 à la radiale, le pouls de 65 à 72 et la respiration de 12 à 16. La malade qui n'était nullement prévenue croyait se prêter à un de ces examens ordinaires de tension que le docteur ûiisait fréquemment dans le service.
Puis la visite avait lieu, et des que le docteur avait dit : « en liberté ! » la détenue venait se prêter à un nouvel examen.
Gomme le résultat a toujours été le même, je ferai grâce des six observations que j'ai prises.
Si on opère très vite, aussi^iôt après l'ordre de mise en liberté, on voit la tension tomber brusquement à 10 centimètres tandis que le pouls s'élève à iio, 120 et même i3o pulsations.
Cet abaissement subit et passager de la tension correspond probablement à la vasodilatation du cerveau que Mosso a constatée de ^/«^ et qui agissant d'abord comme une saignée abaisse la tension et favorise l'accélération du pouls .
yVprès une minute au moins la tension remonte jusqu'à 20 ou 21, oscille un moment dans les environs de ces deux chiffres, pour se maintenir ensuite à 17 ou 18, tandis que le pouls reste entre 90 et 100.
L'excitation cérébrale retentit donc sur le cœur pour produire, avec l'accélération du pouls, Faccroissement delà tension.
Quant à la respiration, je n'ai pu la compter avec exactitude, étant donnée la surexcitation des sujets ; j'ai pu seulement constater que le rythme respiratoire était prodigieusement accéléré.
Pour étudier des douleurs morales aiguës, j'ai opéré dans les mêmes conditions avec les fdles de Saint-Lazare et bien que je ]vaie à citer que trois expériences elles me paraissent suffisamment nettes et instructives pour être racontées ici.
J'ai procédé exactement comme pour la joie : parmi les femmes qui croyaient avoir des chances d'être relaxées et se présentaient avec confiance à la visite, jai choisi celles que Tinterne m'a désignées comme devant être gardées sûrement et jai pris leurs mesures avant la visite ; je les ai reprises après, lorsqu'elles m'ont paru souflVir et j'ai conqjaré les résultats. Les trois femmes que j'ai ohservées ont présenté la même série de phénomènes et si je ne cite (jue le cas de L..., c'est que les deux autres l'ont reproduit. Au moment où je l'ai examinée, L... avait i8 respirations par minute, une tension de 17 centimètres de mercure à la radiale, 72 pulsations.
Vingt secondes a})rès l'examen local des organes génitaux, alors que la sortie venait d'être énergiquement refusée et indéfiniment ajournée, j'ai repris les mesures de L... Le l)Ouls était à Ç)3, la tension artérielle à 2 1 centimètres de mercure, la respiration à 23. C'est, à peu de chose près, le même résultat que dans les expériences précédentes, bien que la qualité de l'émotion soit changée.
Je n'ai pas besoin, je pense, de foire ressortir la conformité de ces résultats avec ceux que MM. Binet et Courtier ont publiés.
Lue autre fois, j'ai eu l'occasion d'observer à la clinique
ime hystérique. L qui était sujette à des hallucinations
erotiques accompagnées de plaisir intense et j'ai eu la curiosité de mesurer la tension, la circulation et la res])i ration |)endant un de ces heureux moments.
L'hallucination a duré trois minutes et pendant ce tenq^s le j)ouls est monté de 7G à lo^i. la tension artérielle de 1 i centimètres à 18. Quant à la respiration, on jugera île ses modifications par les deux tracés (jui Mii\enl (lig. 7 v[ S).
Le piemier tracé correspond à un chilVre do 2S lespira lions par miiuite. chifire déjà très siq)érieur à la iu(»y(^nne, mais le second, cjui conespoiid à 'i."). est pailiculièiemenl (excessif, et l'on Aoudra bien remar(jU(M' (pie la prt»londeur des inspirations est aussi caractérislicjue (ju(^ leur nombie.
Je n'ai pas noté les NarialiiHi^ du poiiU i\ipillalr(\ (-'(^^1 à
dire les variations vaso-motrices périphériques chez ces différents sujets pour différentes raisons.
Chez les filles de Saint-Lazare, le pléthysmographe n\\ décelé de pouls capillaire ni avant ni après rémotion-choc et quant à observer les variations volumétriques des membres au moment même du choc-émotif, je n'y pouvais songer, les sujets se prêtant en même temps à un exa- 3 men médical qui rendait difficile i Texamen pléthysmographique.
^ Chez l'hystérique L. . . , Tagi-
I talion m'a interdit tout examen ;^ de ce genre pendant la crise
1 émotive, et le pouls des organes 3 était trop faible pour être ins-
2 crit, avant ou après Fexpérience. i Enfm, j'ai fait quelques expé- |h liences de laboratoire sur le pouls ^ dos organes et la respiration, ' ])endantrémotion-clioc. En général, i'ai observé une accélérais ^ tion du cœur, une accélération
du rythme respiratoire et une vasoconstriction périphérique.
Les émotions ont été provoquées sur des sujets du service particulièrement émotifs ou sur des sujets sains. C'a été tantôt des excitations auditives fortes (un cri strident dans l'oreille, un verre brisé sm^le pavé, etc.), tantôt des surprises d'origine morale.
l'S'iciioiMi^Mor.of.iJ- i)j; i, \ thistkssi; i;t dk i. v .ioii-
Je crois inutile de reproduire ici des tracés qui ne nous apprendraient rien de nouveau, et je me borne à en donner
un seul, à titre de spécimen (lig. 9). Il a été pris sur Antoinette, à qui j 'ai fait annoncer brusquement que sa mère la demandait au parloir.
Dans ce trace qui doit se lire de' droite à gauclie la respiration est accélérée parrémotion(-[-)^ Finspiration est représentée par la ligne descendante, Texpiration par la ligne ascendante. Le cœur est accéléré et la disparition du dicrotisme dans le tracé plétysmograpbique prouve bien que Ton a afl'aire à une vasoconstriction active.
On voit qu'il y a un certain accord entre toutes les expériences que nous venons de rapporter. — Nous dirons, pour en résumer les résultats généraux, que toute émotion-choc s'accompagne : 1° de vaso-dilatation cérébrale et de vaso-constriction périphérique ; a"* d'accélératiorf cardiaque et d'hypertension artérielle 3" d'accélération respiratoire.
A la vérité Mosso parle d'un arrêt respiratoire suivi d'une accélération mais les autres expérimentateurs ne l'inscrivent pas et nous ne pouvons pas, par conséquent, le considérer comme lïéquent, surtout dans les émotions légères.
Nous en dirons autant de l'arrêt du cœur dont Claude ])ernard lait une conséquence ordinaire des émotions violentes, de quelque nature qu'elles soient'.
Leçons sur les substances toxiques et médicamenteuses, p. 1202.
MM. Courtier et Binet peuvent donc conclure que sous la [orme légère où ils l'ont étudiée, rémotion-choc exerce tou- [ jours sur le corps une action tonique indépendante de sa qualité agréable ou pénible.
« Toutes les émotions que nous avons provoquées, disentils, sont, quelle que soit leur qualité, des excitants du système ner> eux ' . »
Nous n'aurons garde de discuter des conclusions fondées sur des expériences précises mais nous ne dcAons pas oublier que nous avons accepté des conclusions assez dillércntcs touchant les eCfets psychiques de Fémotion. — L'émotion, avons-nous admis avec M. Janet, exerce sur l'esprit, et en parliculier sur les fonctions supérieures, une action de dissohilion mentale et de désagrégation; elle nous é[)uise ; elle nous rend, pour un moment ou pour longtemps, faibles et insensibles. Comment concilier ces deux opinions?
On ne peut songer à dire que M. Janet parle seulement de rémotion morbide et Tétudie chez les déséquilibrés.
Dans sa pensée, l'émotion exerce toujours une même action dissolvante aussi bien chez le normal que chez le malade et c'est ainsi que nous l'avons comprise.
On pourrait soutenir a\ec plus de vraisemblance que MM. Binet et Courtier n'étudient dans leur laboratoire que les petites émotions (pi'on [)eul arliliciellement provoquer, landis que nous asons j)arlé [)his haut, avec M. Janet, des émotions fortes dont la chnique ou la \ie de tous les jours nous olfrent de nombreux exenq)les. — Cette distinction est exacte mais elle ne correspond pas, croyons nous, àunedilTérence de nature dans les elîets physiques de l'émotion.
(]hez les détenues de Saint Lazare, nous avons assisté à des émolions intenses (jui se liaduisaicMil. connue les émolicms faihles, [)ar de l'i^vcilalion oiganicpie et, si l'on en excepte les cas très rares où rcMuoliontléterminedessN iu\)j)es ou des phénomènes de stupeur, il semble hien que l'accélération cardiaqui* el res[)iraloir(\ l'iiv |)tMleii>ioii. la \a>o c(.n>liii"liou soiiMit des