‹ La tristesse et la joieChapitre 81 sur 146 · T. \ TRTSTESSF ET TA .TOTE · texte numérisé non relu

T. \ TRTSTESSF ET TA .TOTE

Tout ce qu'on pcul dire, c'est que, clans la circulation péripliérique, on peut didicilemenl démêler ici Faction du cœur et l'action des vaisseaux; ce qu'il y a de certain toutefois c'est que la pression diminue en même temps que la vitesse et Marey nous a appris qu'il faut dans ce cas incriminer la faiblesse des systoles. Cette faiblesse, bien loin de modifier les symptômes organiques et mentaux que nous connaissons déjà, les entretient.

Même ensemble de symptômes cbez T un mélancolique

passif dont j'ai déjà dit l'iiistoire.

Les mains, les pieds, les bras sont décolorés et froids, le pouls des organes manque toujours.

La tension artérielle est de 9 centimètres de mercure à 10 heures du matin et s'élève à peine de 1 à 3 centimètres après le re23as à la sonde.

Les battements du cœur sont réguliers mais rares, on en compte de 54 à 58, au pouls et à l'auscultation.

Le pouls reste petit, filiforme.

La capacité respiratoire est de 2 litres environ, les respirations lentes et sans ampleur s'élèvent au chiffre de i/| ou iG par minute, \oici les courbes les plus amples que j'ai obtenues (lig. icS).

FiG. 18. — Respiration de T.

Pour ce cas, comme pour le précédent, je renonce à démêler exactement ce qui revient au cœur et aux vaisseaux dans la gêne de la circulation périphérique.

La seule chose certaine c'est, comme tout à Theure, que la pression est diminuée dans la même proportion que la vitesse et que nous avons, par conséquent, affaire à un affaiblissement propre des slvloses.

rSYCTTOPHYSTOT.Or.ir DE LV TRISTESSE ET DE LA JOIE 2'|3

T(*ls sdiil les Jcu.v lv|)cs [)li\il()!()^n(jiies les \)\us lr(''(juoiils (1(^ la Irislcsso passive. C'est tantôt riivperteiision et tantôt rhvpotcnsion artérielle, les autres symptômes restant les mêmes.

11 y a donc des tristesses où le phénomène périphéricpje prédomine, ce sont les tristesses à vaso-constriction active, les seules que Lange paraisse connaître et les seules qu'il décrive dans son élude un peu schématique des émotions.

Dans d'autres tristesses, au contraire, le phénomène central, la fatigue cardiaque, se manifeste spécialement, et, dans ce cas, il est assez difficile de dire si la vaso constriction qui persiste est active ou passive, ou si elle est à la fois active et passive.

Lorsqu'elle est active, il n'est ])as impossihle qu'elle ait une utilité physiologique en relevant légèrement, d'après les lois de Marey, la pression du cœur affaihli.

Je reconnais qu'une pareille variété de phénomènes peut paraître déconcertante au premier abord, mais je ])rie qu'on se souvienne des divisions qui se sont élevées, entre les phvsiologistes, à propos de la circulation dans la douleur physique, divisions que M. l^^rançois Franck a taché de résoudre ainsi. « Si les vaso-moteurs sont seuls affectés, on a une élévation « de la piession ; si le cœur est ralenti en iiième leuq)s. (f la pression s'abaisse malgré la vaso conslriction : si au « contraire le comu- |)iesque ralenti envoie uik* (piantilé (1(^ (( sang sullisanl(\ le resserrement vasculaii(> iclrNeia la (( pression ' » .

('elte ])hrase ne jiaraîl-elle pas s'appliquer ti^xtnelleuKMil aux cas difféi-ents (jue nous avons décrits?

l)"aill(Miis. sous la dixeisilé a|)parente ilc^s sMnpl(')nies. nous |)ou\ons racilenKMil (l(''(du\ lir un certain noiid)i'e de pluMiomènes ( onstants et que, j)oui' celle raison, jiM'onsidènu'oinuie essentiels dan< la physiologie de la liislesse passiNc.

Comptes iendii>i dr F Avddrmii' des- st-icnccs, 187I), p. kx).

Ce sont :

t" Une circulation périphérique languissante;

2° Le ralentissement du cœur ;

3'^ Le ralentissement de la respiration.

Pour comprendre la physiologie de la tristesse active, on doit se rappeler d'ahord ce que la psychologie nous a déjà appris.

Psychologiquement la tristesse active est caractérisée :

i" Par Tensenihle des manifestations qui constituent la tristesse passive et dont la princi])ale est un sentiment justifié d'impuissance ;

2" Par des manifestations qui se surajoutent aux précédentes et dont la principale est la douleur ou souffrance morale.

Si cette première analyse est exacte, tout porte à croire que nous allons trouver, dans les manifestations physiologiques, des signes constants de dépression et des sig:nes d'excitation douloureuse surajoutés aux ]iremiers. C'est ce que l'expérience vérifie.

Si on suit les mélancoliques actifs dans les moments où la douleur morale ne les surexcite pas, on observe en effet des manifestations ])hysiologiques très analogues aux précédentes.

Pour être bien certain d'éliminer Tinfluence de la douleur, j'ai plusieurs fois examiné mes sujets avant le réveil ou au moment même.

A ce moment, la respiration était toujours très ralentie et très faible (lo à 12 par minute environ) la tension descendait jusqu'à 7 ou 8 centimètres de mercure, le pouls à 60, 55, et même 5o pulsations. — Les malades sont alors des déprimés à hypotension, et si je ne suis pas plus précis sur la vasoconstriction périphérique, si je ne donne pas de tracés, c'est que je me suis toujours borné, dans ce cas, à un examen superficiel et rapide qui ne put pas modifier l'état affectif et physiologique; tout ce que je puis affirmer ce sont les signes de dépression que je rapporte.

PSYCHOPHlSIOLOr.IE DE LA TRISTESSE ET DE LA JOIE 2:^5

Dans les moments de calme relatif où la douleur morale passe au second plan, les phénomènes de dépression apparaissent encore, bien que déjà mêlés aux phénomènes d'excitation. — En général, on a toujours atlaire, dans ce cas, à un type phxsiologique, uniforme, dont les mélancoliques actifs s'écartent peu.

Chez Louise, chez Sa., chez P.. chez Augustine surtout, les mains, les pieds, le visage, et d'une façon générale les extrémités, sont décolorés et froids dans de pareils moments. — Le pouls des organes manque toujours et ces divers signes me permettent déjà de conclure à une circulation périphérique languissante.

La tension artérielle est faible. — 9. chez Augustine, 10. chez Louise, 11, chez Sa. Le pouls radial est petit, fréquent, cordé, sans dicrotisme, malgré l'hypotension.

A oici celui d'Augusline (lig. 19):

FiG. 19. — Poul;^ radial d'Augustlne.

Le cœur bal régulièrement et présente une accélération légère. (80 systoles par minute chez Augustine, 85 chez Louise, 80 chez Sa.).

Quant à la resj)iration elle est accélérée aussi et se compose d'inspirations brusques, courtes et coupées par une ligne de pause. — Comme les types sont assez variables, en voici (jii('l(jiics spécimens (lig. la). •> i , 22).

II.. !i'. U('>i[>iialioii {l Aii^usliiic. — i ."> î^ocuikIos.

^• L)- — Ia*> Iraccs 20 et ^'i, :> 1 et !."> ont pu être pris sans déplacement d'appareil.

FiG. 21. — Respiration de Louise. — i3 secondes.

FiG. 22. — Respiration de Sa. — i3 seconde

Nous avons donc ici, outre des phénomènes de dépression périphérique, des phénomènes d'excilation cardiaque et respiratoire qui entrent dans la même synthèse.

Les phénomènes de dépression sont Tinertie mentale et physique, Talgidité, la pâleur des tissus, et, d'une façon générale, l'anémie périphérique avec toutes ses conséquences.

Les phénomènes d'excitation sont la douleur morale, Faccélération cardiaque et respiratoire.

Il y a là une rencontre paradoxale de symptômes d'excitation et de symptômes de dépression tout à fait analogue à celle que nous avons constatée dans l'ordre mental.

Mais, si le pouls est fréquent, si la respiration s'accélère, on peut s'étonner de ne pas trouver, à la périphérie, rougeur et chaleur des tissus. Que l'anémie périphérique coïncide avec le ralentissement du cœur et de la respiration, rien de plus naturel; qu'elle coïncide avec l'accélération cardiaque et respiratoire, c'est au moins inattendu.

pSYCiiOPHYsiof-OGii: i)i: i.v iiusn.ssi: f:t de la joik 'a^-j

Je ne puis, dans ce cas, supposer qu'une chose : c'est que le cœur fati^'-ué ne se vide pas complètement, que chaque systole envoie dans Tai-hre arlôricl une faihle qiiaiilité de sang et que l'accélération du pouls ne correspond nullement à une accélération du courant sanguin. C'est l'onde motrice, hien plus que Fondée sanguine, qui a gagné en fréquence.

L'accélération respiratoire prête aux mêmes remarques. A la vérité, les inspirations sont plus héquentes mais si brusques, si courtes, coupées par de tels repos qu'elles n'équivalent même pas. malgré leur nond:)re. à des insj)iralions normales, moins Irécpientes et plus amples.

Il y a donc à fiûrc des réserves sérieuses sur les phénomènes d'excitation que nous pouvons constater et même enregistrer. C'est une evcilation de déprimé, une excitation enserrée de tout cê)té par des [)hénomènes cérébraux et organiques de dépression, tout comme l'excitation mentale à laquelle elle correspond.

Reprenons maintenant, une troisième fois, les sujets mais dans leur état d'excitation aiguë. Profitons des moments de paroxysme et provoquons-les au besoin par des questions appropriées et des suggestions de tout genre. Nous verrons les [)hénomènes de dépression disparaître tout à l'ait derrière les phénomènes d'excitation.

Tout d'abord chez Louise, chez Sa. . . chez B. . . chezP. . . chez Augustinc, les mains, h^s pieds, le ^isage, et. d'une façon générale, les extrémités retroment leur couleur et leur chaleur pendant ces m(jments d'excitation. Le pouls des organes a[)[)araît, très fréfpient et très net. mais en général lro|) faible pour être inscrit.

Nous pouvons déjà conclure de ces symptc)mes à une circulation j)ériphéri(jue plus active qui contraste avec la circiilalioii languissanle di> l<>iil à IIumuiv

La l(Mi>>ion artérielle pass(^ de () à i.) cIkv, \ugustine, de lo à I,') chez Louise, tle i i à i 'i cluv. Sa.. Le pouls radial devient plus ample, et laisse apcriinoir un léger dicrolisme.

\oici celui (r\ugu>line (iig. •>.')):

LA TRISTESSE ET TA .lOIE

FiG. 23. — Pouls radial d'Augustiiie.

Le cœur est accéléré.

On compte 95 systoles chez Augusline, io5 chez Louise, 1 10 chez P.

Quant à la respiration, elle passe, suivant les sujets, de 2/1 à 02, de 20 à /I2, de 35 à 60, etc. Voici d'ailleurs les tracés respiratoires d'Augusline, de Louise, de Sa.., qu'on pourra comparer avec intérêt aux tracés précédents (fig. 2.^1, 25, 26).

FlG.

Rcspiialion d'Augut-liiic.

G secondes.

Dans les cas de ce genre, les phénomènes d'excitation semblent avoir complètement remplacé les phénomènes de dépression. On a une hyperhémie périphérique, une accélération cardiaque et respiratoire, tout de même que, dans Tordre mental, on voit, au moment des paroxysmes, l'excitation douloureuse se substituer tout à fait à la dépression.

Nous trouvons chez les physiologistes la même diversité de tendances pour la joie que pour la doideur. Le D"" Lange écrit, dans son étude sur les émotions, que la joie se caractérise organiquement « par une suractivité de l'appareil moteur

psicnnpn\si(»ior.iE de la tristesse et de la joie 24n

25o LA TRISTESSE ET LA JOIE

« volontaire et la dilatation des vaisseaux les plus fins. » Il s'ensuit une hypcrhémic périphérique, aussi bien organique que cérébrale. « Le résultat le plus évident de la dilatation « générale des petits vaisseaux est l'augmentation de l'afflux (( sanguin du côté de la peau. . . ; dans le cerveau, Tafflux sauce guin augmente aussi, car il augmente vraisemblablement (( dans toutes les parties du corps, sous l'influence de la « joie^ ))

Ce qui résnlte de cette théorie, c'est que, la dilatation vasculaire étant primitive pour Lange, on devrait avoir, dans la joie, un abaissement de la pression centrale et une accélération du pouls, contormément aux lois de Marey.

Le cœur se viderait sans difficulté, et Thypotension artérielle serait la règle dans la joie.

Conlrairementà Lange, Claude Bernard semble admettre, dans son article sur le cœur, que la joie élève la pression sanguine.

« La joie, écrivait-il, commence par un arrêt du cœur « très léger, puis le cœur réagit, aiguillonné par Timpres- « sion nerveuse, il bondit, et bat plus fortement dans la « poitrine, en même temps qu'il envoie plus de sang au « cerveau, d'où rougeur du visage et expression particulière « des traits" ».

Plus tard Darwin a parlé en termes plus confus d'une liyperaclivité circulatoire dans la joie et, préoccupé surtout de l'expression extérieure, il a négligé de s'expliquer nettement sur la tension. Il paraît cependant se rapprocher de la théorie de Bernard plus que de celle de Lange. « La joie, dit-il, précipite la circulation qui stimule le cerveau et ce dernier réagit à son tour sur l'économie tout entière. Ces mouvements sans but et celle acl'wllè exagérée du cœur doivent être attribués principalement à l'excitation du sensorium et à l'afflux excessif non dirigé de force nerveuse qui en résulte, suivant la remarque de M. Herbert Spencer^ )). Si on écarte

Page 1