‹ La tristesse et la joieChapitre 83 sur 146 · TP.ÏSTFSSE ET DE T. A JOIE · texte numérisé non relu

TP.ÏSTFSSE ET DE T. A JOIE

La tension artérielle oscille entre i-^ et 20.

La respiration donne le même tracé que dans Ihvpotension.

La vasodilatation périj^hérique est-elle active ou passive dans ce cas? Provient-elle de Thypertension!* Hésulte-t elle de Tétat particulier des vaso-moteurs!^ — Il est bien dillicile de faire une réponse précise d'après la seule analyse des mesures et des tracés.

Ce qu'il y a de certain, c'est que le dicrotisme samoUit et on peut en conclure avec raison que la pression sanguine, accrue de 5 ou 6 centimètres, tend plus fortement les parois des artères, mais il ne s'ensuit pas que la vasodilatation cesse d'être active comme elle l'était tout à l'heure chez le même sujet. Tout ce quon peu! dire, c'est que l'inlluence de la tension et de la vaso-dilatation se confondent ici et sont assez difficiles à démêler.

Mais, en même temps, un phénomène central se produit. La tension a aufrmenté dans les mêmes proportions que la vitesse et nous savons que dans ce cas il faut incriminer le cœur. Cette suractivité cardiaque concomt à entretenir cl même à exagérer tous les symptômes organiques el mentaux que nous connaissons déjà et sur lesquels je ne reviens pas.

.le ferai les mêmes remarques à prcjpos d'Eugénie, la malade atteinte de folie à double forme, et dont je n"ai étudié que la joie, en la comparant à l'état normal.

Dans la période d'excitation joyeuse, les mains, les pieds, les joues sont plus colorés et plus chauds, et le pouls des organes, presque toujours absent à l'état nnimal. a|)parait.

Le ytouU s'accélère (lig. .'k)).

Fro. .HT). — l*ouls d'Eugénie normalo i c[ joveiisc ?. Dumas. Trislosso et .loio. r

La tension passe de i/i à i8 centimètres de mercure.

La respiration subit les variations 1 es plus considérables et passe de i6 à 25, tandis qu'elle croît considérablement dans son ampleur (fig. 36).

Nous rencontrons ici les mêmes difficultés que cbez Marie pour interpréter Fétat des vaso-moteurs périphériques.

La vaso-dilatation estelle active ou passive? Il est d'autant plus difficile de répondre avec netteté que Fartériosclérose des vieillards a supprimé chez Eugénie, l'élasticité des artères et le dicrotisme du pouls.

Sans aucun doute, la pression sanguine intervient dans la dilatation puisque nous sommes en hypertension, mais nous ne pouvons guère dire dans quelle mesure Faction vaso-motrice ellemême intervient ou n'intervient pas.

Ce qui est certain, c'est que la pression augmente dans les mêmes proportions que la vitesse et que,

PSYCIlOPinSIOLOGIE DE T.V TRISTESSE ET DE LA JOIE O.Df)

par suite, la suractivllc cardiaque doit être mise en cause. Cette suractivité concourt à produire les symptômes physiques et mentaux de l'excitation.

Enfin Antoinette, que je n'ai pu étudier qu'une matinée dans une période de joie, mais que j'avais suivie les jours précédents, a présenté les mêmes variations que Marie en hypertension et qu'Eugénie.

Les mains, les bras, les joues étaient plus colorés et plus chauds ; le pouls des organes était apparu, et bien qu'il fût trop faible pour être inscrit, il n'en faisait pas moins battre très visiblement la plume d'inscription.

Le pouls radial était passé de 72 à 90; la tension artérielle de i4 à 18, la respiration plus ample, de 17 à 25.

Nous avons bien là une joie à hypertension et nous pouvons reprendre les interprétations précédentes, sans les modifier.

Il y a donc des joies où prédomine le phénomène périphérique ; ce sont les joies à hypotension auxquelles s'applique la conception de Lange ; il en est où le phénomène central prédomine, sans qu'on puisse dire avec exactitude ce qu'il y a de passif et d'actif dans la vasodilatation périphérique qui persiste.

C'esttoujourslavariabilitédes effets, signalée par M. François Franck, suivant que les vaso-moteurs ou le cœur sont plus spécialement affectés.

D'ailleurs, si l'on fait abstraction des symptômes variables, on découvre facilement, comme pour la tristesse passive, un certain nombre de phénomènes constants et que pour cette raison nous considérons comme essentiels dans la physiologie de la joie.

Ce sont :

1° Une circulation périphérique j)lus active;

2° L'accélération du cœur:

y L'accélération de la respiration à la fois plus rapide et plus ample.

Est-il maintenant possible de différencier nettement, par leurs symptômes physiologiques, les joies avec plaisir moral et les joies sans plaisir moral, ou si Ton [)réfère les joies avec excilalion moniale et les joies sans excitation mentale? —

î:>()0 t,a tkistf.sse rr l\ joie

C'est craulant plus difficile que Ton a affaire de part et d'autre à des phénomènes physiologiques d'excitation et non pas, comme dans la souffrance et la tristesse, à des phénomènes d'excitation qui se distinguent nettement des phénomènes de dépression .

La question est encore obscurcie par ce fait que les joies purement organiques, complètement dépourvues de plaisir moral, sont en somme très rares, et que, sous une forme plus ou moins marquée, l'excitation mentale est presque toujours présente.

Je crois cependant pouvoir aflirmer, d'après l'examen de A..., un excité maniaque chronique, de Marie et de quelques autres sujets, que l'excitation mentale, quand elle croît particulièrement, se traduit surtout par une accélération du pouls, delà respiration et une augmentation de la tension artérielle.

Reste maintenant à opposer les symptômes physiologiques que nous venons d'énumérer, à les comparer et à voir s'ils suffisent pour différencier les états affectifs correspondants. — Rien n'est plus net que l'opposition physiologique de la tristesse passive et de la joie. On trouve, en effet :

Dans la trislesse passive : Dans la joie :

i^ Anémie périphérique, i'^ lïyperhémie périphérique,

2*' Ralentissement du cœur, i^ Accélération du cœur,

3" Ralentissement de la rcs- o"" Accélération de la respira-

piration. lion.

Mais, en revanche, il est plus difficile de distinguer la physiologie de la souffrance de la physiologie de la joie.

On trouve, en effet, dans la souffrance aiguë :

I*' Hypcrhémie périphérique,

2" Accélération du cotmr,

3° Accélération de la respiration.

Que conclure, sinon que l'excitation chronique, qu'elle soit agréable ou pénible, se traduit par des symptômes physiologiques sensiblement les mêmes, comme MM. Binet et Courtier l'ont déjà remarqué pour l'excitation aiguë des émotionschocs? — Je pourrais, à la vérité, signaler quelques diffé-

rs\cnuiMi'iSu.)ixjf;ir, nr. i.\ hiistkssi; r.r de la .ion: 'jOi

rences dans les détails, opposer par exemple Tampleur de la courbe respiratoire dans la joie au caractère brusque et saccadé des inspirations dans la souffrance et en inférer que Tliématose s'opère plus complètement dans la joie.

Je me borne pour le moment à signaler l'analogie des expressions pbysiologiques el me réserve d'indiquer plus nettement les différences quand nous connaîtrons mieux les concomitants biologiques de la tristesse aiguë et de la joie.

Je devrais maintenant, pour être complet sur la physiologie de la tristesse et de la joie, ou tout au moins pour l'étudier sur toutes ses faces, analyser les concomitants pbysiologiques des états agréables ou pénibles qui se produisent sans brusquerie, et d'une façon passagère, dans le cours normal de la vie. Ce sont des émotions de courte durée où l'on ne trouve plus le premier choc de surprise et où l'on voit seulement apparaître le sentiment qualifié de tristesse et de joie.

Je n'ai que très peu d'expériences personnelles à rapporter sur ce point; encore portent-elles bien plus sur des impressions ])bysiqucs agréables ou pénibles (|ue sur do véritables tristesses ou de v-éri tables joies ; je les ai faites avec Marie, très émotive pendant sa période de joie, et à qui j'ai fait respirer des parfums agréables ou désagréables. — Les résultats ont toujours été assez nets aNCC elle.

Les parfums agréables étaient : le citron, la menthe, le benjoin ; les parfums désagréables : le poivre, le vinaigre, rammoniaquc. Pour que les fortes inspirations, (jiii déloriuincnt d'ordinaire une Naso-

constriction, ne vinssent pas troubler les réflexes vaso-moteurs, le sujet respirait le parfum sans le flairer, pendant la durée de deux respirations.

Yoilà le résultat du citron sur le pouls digital (fîg. 87) : Voici le résultat du poivre (fîg. 38) :

Il y a donc dans le premier cas un léger ralentissement du cœur avec vaso-constriction, suppression du dicrotisme et diminution volume trique des doigts; dans le second il y a eu légère accélération, vaso-dilatation active, accentuation du dicro- . tisme et augmentation volumétrique + des doigts.

> La respiration m'a paru très légèw rement accélérée dans tous les cas.

'^ Je n'ai pas pu réussir ces mêmes aj expériences avec des sujets norma- 3 lement émotifs, et je me rends compte ^ de ce que celles-ci ont d'individuel -5 et d'incomplet. Si je les rapporte ^ c'est qu'elles concordent avec des expériences déjà anciennes de M. Féré* ^ sur les variations volumétriques des £ membres, sous l'influence des impressions agréables et désagréables.

Elles concordent également, au moins en partie, avec les expériences beaucoup plus récentes de M. Lehmann qui a fait subir à cinq personnes des impressions agréables ou désagréables et a enregistré dans les deux cas les changements de volume du bras, à l'aide du pléthysmographe de Mosso.

Il a constaté ainsi que « toute impression agréable déter-

Sensation et mouvement, p. 103-179. l'aris, F. Alcan.

mine une augmentation de volume du bras et une élévation du pouls ^ » tandis que les impressions désagréables ont pour premier résultat « une diminution du volume du bras et un abaissement du pouls '.

Je dois cependant ajouter que les conclusions de Féré, de Lehmann, et par conséquent les miennes, ne seraient pas acceptées par Shields^ qui n'a remarqué aucune différence d'effets vasculaires entre les odeurs agréables et les odeurs désagréables.

Elles sont également en désaccord avec les conclusions dWngell et de Lennan qui, d'après MM. Binet et Courtier^, ont constaté une vaso-constriction dans les deux cas, avec la seule différence que cette vaso-constriction est moins marquée pour la joie.

Je n'ai pas la prétention de mettre d'accord les expérimentateurs et je me borne à consigner le résultat de quelques expériences personnelles. Tout au plus me pcrmettrai-je d'indiquer les causes possibles des contradictions que je signale.

La première c'est que tous les sujets ne présentent pas, pour l'impression agréable, la dilatation vaso-motrice que j'ai inscrite chez Marie ; c'est là un phénomène qui ne se marque bien que chez les tempéraments très émotifs et qui manque ou passe inaperçu chez les autres.

La seconde c'est que l'on risque souvent, dans les expériences de ce genre, de mesurer la surprise en même temps que l'agrément ou le désagrément, si on ne prend pas toutes ses précautions pour éliminer cette émotion. La précaution la plus simple consiste à prévenir le sujet qu'il va respirer telle ou telle odeur, en ajoutant que cette odeur, agréable ou non, est très supportable ot tout à fait inoffensive. J'ai remarqué en effet, après avoir emj)lové l'ammoniaque, cpie Marie est restée longtemps inquiète pendant les exj)ériences qui ont suivi, et dans ce cas elle a toujours donné de la vaso-constriction.

.le n'insiste d'ailleurs pas davantage sur un point de [)liv-

1. Die Hnuptgesetze des nicnschlichcn (lefii/ilslrhens. p. 83.

2. Die Ilcfupfi^csetze des menschlichen Gcfùhlslebens, p. 86.

3. Cité par IVinot et Courtier. Année psychologique, 1897, p. ()8. \. Cite par Bincl et Courtier. Année psychologique, 1897. p. 67.

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siologie émotionnelle aussi paiiiculier et sur lequel la lumière est loin d'être faite.

Evidemment les expériences sont à reprendre, Texplication à trouver, et je m'en voudrais de fornuder ici quelque conclusion précise.

A la physiologie de la circulation dans la tristesse et la joie se lie intimement la physiologie des sécrétions et des excrétions dans les mêmes états.

Sans doute on admet que la sécrétion n'est pas une simple filtration et qu'elle résulte du fonctionnement propre des éléments glandulaires, mais Fliyperhémie vasculaire n'en agit pas moins sur l'activité de ces éléments pour la réveiller et l'entretenir, par un apport plus abondant d'oxygène et d'autres matériaux.

En général on peut considérer que, dans la mélancolie dépressive, toutes les sécrétions subissent une diminution quantitative quand elles ne s'arrêtent pas.

Les glandes sudoripares ne fonctionnent plus chez Marie déprimée, chez Edouard, chez T... ; les glandes sébacées ne donnent plus la même quantité de sébum ; aussi la peau et Jes cheveux perdent-ils de leur souplesse. L'œil reste sec, la sali\e est plus épaisse, les sucs gastriques moins abondants, les fèces dures.

L'excrétion de l'urine dépend, comme on le sait, de la pression du sang, de la quantité des liquides ingérés et de l'activité propre des cellules épithéliales qui tapissent les glomérules. En général, j'ai trouvé cette excrétion fortement diminuée chez mes déprimés.

Chez Edouard, chez T..., elle tombe à une moyenne de ~oo ou 800 centimètres cubes par 24 heures; chez Marie à G5o, chez F... à 700; or la normale est de 1200 à ] 000 chez les sujets sains.

Au contraire chez tous les excités que j'ai décrits, surtout chez Marie, les sécrétions sudorales,. sébacées sont plus abondantes ; les sécrétions lacrymales et salivaires sont également accrues, et les urines sont augmentées dans leur quantité.

PS\CIl(M'H\Sl()l,()Gli: UE [.V TUISTESSE ET DE \.\ JOIE 'iOO

^ uici d'ailleurs le tableau comparatif de lexcrélion de Turine chez deux de nos circulaires, chez Charles et Marie.

Chailes B.

Dépression

ôoo

vciinc

Excitation.

I l-JÔO

•j i3oo 3 900

Moyenne 55o i4oo

Sur cinq jour^ de dépression, la moyenne est de C5o chez 1). Sur cinq jours d'excitation, elle est de iS^o, soit une différence de 700 centimètres cubes environ. Conmie les urines n"ont pas été mesurées chaque jour je n"ai pu établir de courbe de ^arialion.

Avec Marie au contraire des mesures quotidiennes permettent d'établir la courbe suivante (fig. 09).

L'excrétion de l'urine est donc bien augmentée chez Marie, dans l'excitation et diminuée dans la dépression, à condition qu'on fasse j)orter le calcul sur une péritnlc assez longue et non sur quelques jours isolés.

Comme toujours, la question est moins simple pour la mélancolie active que pour la tristesse passive et la joie. Je crois cependant pouvoir atlirmer, d'après les mesures que j'ai prises pour Augustine. Louise, B.. Sa, 1^.. que la cjuanlité (Turine est légèrement inférieure à la normale pour tous ces sujets. Les chilTres moyens soni en elVet :

Augustine i i5o,

Louise 1 050,

Sa. 1 200,

Va, sans doule, on [)ourrail objeclcr (pie ces calculs nian- (juenl de précision puisque l'excrétion de l'urine dépend

de la (pianlilé des li(jnide> ingérés cl cpie les sujets boixenl

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