Comptes rendus de i Académie des sciences, août
dans le sang favorisent ainsi Tangnienlalion des globules, et toutes celles qui favorisent Taugmentation de Teau diminuent le nombre des globules par un mécanisme inverse.
« L'augmentation des globules rouges, dit Landois, est « remarquable (jusqu'à 8820000 par millimètre cube) dans « les affections organiques graves du cœur qui donnent lieu à (( des engorgements considérables, dans lesquels Teau transsude « à travers les vaisseaux. De même, dans Thémiplégic, le nom- « bre des globules est plus considérable du côté paralysé où se « produisent les pliénomènes d'engorgement. La même aug- « mentation se manifeste dans les ilux intestinaux qui dimi- (( nuent Teau du sang, ainsi qu'après les sueurs profuses et la « polyurie^ ». Inversement, le nombre des globules diminue après l'exercice qui dilate les petits vaisseaux, et, en général, toutes les fois que la vasodilatation se produit. C'est tellement vrai que, d'après les travaux d'Andreesen, Landois croit pouvoir formuler la loi suivante : « Les agents qui agis- « sent sur les fibres nuisculaires des vaisseaux (alcool, bvdrate (( de cliloral, nitritc d'amyle) déterminent, quand les vaisseaux « sont contractés, l'augmentation des globules, et leur dimi- (( nution quand ils sont relâchés ».
Bien entendu, ces variations du nombre des globules n'ont rien d'absolu ; elles sont relatives à un volume constant de sang et non à la totalité; c'est d'une hyperglobulie ou d'une bypoglobulie apparentes qu'il s'agit toujours, quand on parle de variations brusques, comparables entre elles, et c'est rhyperglobulie et l'bypoglobulie apparentes qui sont en rapport précis avec l'état vasculaire.
Gela posé, on pouvait penser que dans certaines tristesses, où la vaso-constriclion périphérique n'est pas douteuse, le nombre des globules augmentait, tandis quil diminuait dans certaines joies où la vaso-dilatation péiij)hérique ne fait pas de doute non plus.
Les malades circulaires, Marie cl (^lailes ]> étaient loul
désignés pour la vérilicalion de ((Mie li\ pollièse et c'est sur
i. Landois. Tiaiti' de physiologie /iuin/iiri/>. p. -o.
\ TIUSTESSE ET E\ JOII
eux que j'ai fait porter mes expériences. — J'ai toujours opéré avec l'appareil de M. Hayem.
Les premières numérations que j'ai faites avec Marie n'ont pas vérifié mon hypothèse.
Je comptais à l'hématimètre les globules d'un millimètre cube de sang, plusieurs fois pendant la joie, plusieurs fois pendant la tristesse, et je comparais les résultats. Vingt expériences faites de la sorte en avril et en mai 1896 ne donnèrent pas les résultats espérés; au contraire, la moyenne de la dépression me parut inférieure de iDoooo environ à la moyenne de l'excitation, et comme j'avais toujours opéré dans les mêmes conditions, je n'avais aucune raison pour douter de mes moyennes. Le sang avait toujours été pris en effet au-dessus de l'ongle, à 10 heures et demie du matin, une heure avant le repas, et toutes les prescriptions de M. Hayem rigoureusement observées .
Je me décidai alors à faire des numérations quotidiennes, pour suivre de près le ]:)hénomène de la croissance ou de la décroissance, qui me paraissait paradoxal et contradictoire avec ce que je savais de la vasodilatation et de la vasoconstriction chez Marie. Soixante expériences ont donc été faites clans les mois de juin et juillet 1896; j'ai opéré dans les mêmes conditions que précédemment en m'imposant seulement de faire chaque matin une numération de globules.
Les résultats ont été des plus curieux et le passage d'une période à l'autre particulièrement instructifs.
Le 6 juin, par exemple, Marie est excitée avec 5 ii5ooo globules par millimètre cube de sang, chiffre supérieur de I i5ooo à la normale donnée par M. Hayem ;
Le 7 juin, elle est déprimée avec 5 766000 globules, soit une différence de 600 000 globules ;
Le 2 1 juin, elle est toujours déprimée avec /j 8o5 000 globules;
Le 22 juin, elle l'est encore avec 4712 000, et le 2.3, elle est excitée avec 4 200 000 ;
Le I ^'■juillet, elle est toujours excitée avec 6117 000 globules;
Le 2 juillet, elle l'est encore avec 5 3oiooo, et le 3 juillet, elle est déprimée avec 5890000.
ps\c:H(»PHVsi()i.Of;iF. ur. i.\ phistesse f.t im: i.v .idif. 27^)
A ce moment, je l'avais fait mettre au régime du lait ; ce régime n'aNail d'autre but que de permettre des analyses différentielles d'urine à ^I. Serveaux, chef du laboratoire de physiologie à la Clinique. Ce régime parait avoir eu sur la période de dépression une influence mauvaise, car elle a duré du 3 juillet au 3i. soit 37 jours. Elle s'est d'ailleurs terminée comme la période de dépression précédente par une diminution subite et considérable de globules; le 3i, Marie en avait encore 5 1 40 000. et le i*^*' août, déjà très excitée, elle n'en avait que 4 433 000.
Dans le cours de cette période, un phénomène assez curieux s'est produit.
C'est du 18 au 21 juillet que. d'après le rythme ordinaire de sa maladie circulaire, Marie aurait di\ passer de la dépression à l'excitation, et bien qu'elle n'y soit pas passée, elle a oscillé pendant quelques jours entre les deux états ; un matin, je la trouvais plus abattue que la veille, et le lendemain, elle paraissait au contraire vouloir se relever. L'opposition des deux états mentaux, bien que peu marquée, était assez nette pour ne pas échapper à un observateur quotidien.
Ces hésitations ont été accompagnées par des augmentations ou des diminutions subites de globules correspondant sans doute à des états de vaso-dilatation ou de vaso-constriclion, sortes d'hésitations du système vasculaire.
^ oici d'ailleurs la série de chilTres notés du 1 9 au 3 1 juillet :
i() juillet, très déprimée 5 \8~ ooo
•.>A) — moins — '1 \o>. 000
3 1 — plus — .') I '|() 000
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DiMAs. Tri'ilesse et .Ioi<' 18
■j\ T.A TRISTESSE ET LA JOTE
Il n'csi donc pas douteux d'après tous les chiffres précédents que chez Aiarie les périodes d'excitation s'annoncent par une diminution de globules, et les périodes de dépression par une augmentation ; un seul chifTro paraît excessif dans le dernier tableau, c'est celui de l'excitation pour le 26 juillet ; encore faut-il remarquer qu'il est inférieur aux deux chinVes voisins et qu'il rentre par là dans la loi générale.
Si, au lieu d'éludier les chiffres de Iransition d'une période à l'autre, nous étudiions les chiffres correspondant aux périodes elles-mêmes, nous trouverions, comme je Fai déjà signalé, des moyennes de dépression légèrement inférieures aux moyennes d'excitation.
Le chiffre élevé que nous constatons au début de la dépression ne se maintient pas longtemps ; il diminue dès le second jour; on a ainsi pour la période dépressive comprise entre le 6 et le 28 juin une diminution qui va de 5 766000 à A 7 1 2 000 et cette diminution est régulièrement progressive malgré quelques écarts. Jusqu'au 18 juin, par exemple, la chute est à peu près continue; le vendredi 19, le nombre se relève brusquement jusqu'à 0118000 et je ne pourrais pas affirmer que ce jour-là la dépression morale fût beaucoup plus profonde; mais le lendemain, 21 juin, le n'ombre des globules était déjà retombé à /j ^73 000.
Dans les périodes d'excitation, la progression est à peu j)rès inverse; celle qui va du 28 juin au 3 juillet commence avec 4216000 globules et finit avec 5,3oi,ooo, chiffre su- ])érieur à la normale, généralement admise, de 5 millions.
On pourrait donc schématiser, par la courbe suivante, les diminutions ra]:)ides et les augmentations lentes des globules ])endant l'excitation, comme leurs augmentations rapides et leurs diminutions lentes pendant la dépression (fig. /jo).
FiG. ho.
Je me gai"de bien de prétendre que les variations numéii
PSYCIIOPIiySIOLOGlE T3r rA TIUSTF.SSE ET DE f. V JOIE O-J
ques des globules aient la netteté de ce schéma, mais il me paraît incontestable qu'elles s y conforment en général, autant qu'on peut tirer une conclusion de 60 expériences.
Comment interpréter niainteiiaiil nos chiffres et notre schéma ")
Les chilîres de Iransilion sont bien conformes à ce que j'attendais de ces expériences : raugnionlalion subite des globules au commencement des périodes de dépression, correspond très probablement à la vaso-constriction qui acconqwgne rétat émotionnel du déprimé; d'autre part, la diminution rapide, qui annonce la période d'excitation, correspond à la vasodilatation qui accompagne l'excitation.
Dans le premier cas, l'eau transsude à travers les vaisseaux, la circulation est gênée; dans le second, le système artériel qui se dilate, emprunte de l'eau aux tissus, et, pour une même quantité totales, de globules, nous avons, dans un millinièlre cube de sang, des quantités relali^es extrêmement variables f[ui paraissent tantôt très considérables et tantôt très fîubles.
Quant à la diminution lenle des globules pendant la dépression, et à leur augmentation lenle pendant l'excitation, elles s'explifpient sans doute aussi sinq)lement que les varialions brusques, quoique par d'autres causes.
Dans la dépression, la circulation est gênée, tous les lissus sont plus ou moins anémiés, et la diminution lenle des globules tient sans doute à ce que l'organisme fatigué ne peut plus les produire avec la même abondance, connue M. Hayem l'a montré pour la cache vie.
Si la dépression est très longue, connue il airixe sou\enl dans les cas de folie ciiculaire et dans bien daulres maladies mentale^, on \oil facilement les globul<^s (lc«^cendre à .'> millions cl niêni(^ au-dessous.
Iincrscnicnl. dan^ l'excitalion la ciit iilalion (>>t |)ln> rapide, les lis>us mieux irrigués, la nutrition plus couq>lète, et l'augmentation des globules roug(\"< lient sans doute à ce (pie rorganisme les produit a\ec |>lu^ (rabondancc* ou de ra- ])i(lil('.
Ce qu'il faut Jic pas oublier, c'esl que nous avons aflaire dans ce cas à des croissances ou à des diminutions absolues et non relatives; les globules croissent ou diminuent réellement pour un même volume de sang, Tétat vasculairc restant le même et la vaso-constriction ou la vasodilatation persistant pour loutc une période.
Les premières expériences que j'avais faites se trouvent ainsi expliquées dans leurs résultats. Il est très xrai que, dans la dépression, la moyenne du nombre des globules est inférieure à la moyenne de l'excitation, mais ce n'est vrai que pour l'ensemble de la période et pour les raisons probables que je viens d'indiquer ; au contraire, si nous prenons les ])ériodes au début, nous voyons que la vaso-constriction de la tristesse s'accompagne d'hyperglobulie apparente et la vaso-dilatation de la joie d'hypoglobulie apparente.
Les mesures que j'ai prises sur Gliarles B... permettaient déjà de penser comme pour Marie qu'il y a vaso-constriction active dans sa tristesse et vaso-dilatation dans sa joie. — La numération des globules confirme cette opinion. — Les expériences qui ont duré du 5 au i4 février 1897, ont porté sur cinq périodes d'excitation et cinq périodes de dépression. J'ai obtenu les cbiflres suivants en opérant dans les mêmes conditions que pour Marie :
Dépression, 5 février 5 208 000 globules.
Excitation, 6 — .... .4 7^3 000 —
Dépression, 7 — .... 5 58o 000 —
Excitation, 8 — .... f\ 34o 000 —
Dépression, 9 — .... !\ 867 000 — .
Excitation, 10 — . . . . 4 588 000 —
Dépression, 11 — .... 5 270 000 —
Excitation, 12 — . . . . 4 247 000 —
Dépression, i3 — .... 5 o53 000 —
Excitation, i4 — .... 4 3o9 000 —
Moyenne 4 820 000 globules.
La moyenne est uu peu supérieure à celle que le D'" Smitb^ a trouvée pour les paralytiques généraux, mais ce