CHAPITRE XII
Le docteur est venu à ma rencontre, vêtu d'un gilet de tlanelle rouge. Je le trouve fort engraissé depuis notre passage. Il rit, il plaisante. Le voyage ne l'eliVaye pas plus qu'une simple partie de campagne. « Il me semble, dit-il, que j'irai à Zanzil)ar en me promenant. )) Il en est toujours ainsi lorsqu'il s'agit de regagner la côte. Nègres et blancs se sentent pousser aux pieds les ailes symboliques du pédase mercurien.
Dîner excellent, mais })as une goutte de vin. En revanche, du Pondié traîchement brassé.
Au dessert, nous recevons la visite des Pères de la 3Iission Française, venant de Mdabourou, et qui occupent notre ancien ïembé de Barein. Ils ne sont que deux, MM. Guillet et Blanc, assistés d'un auxiliaire laïque, du nom de Yisscher, Hollandais de naissance et ancien zouave pontifical, envoyé ici par Monseigneur de Lavigerie.
MM. Guillet et Blanc se proposent d'étudier le terrain pour tâcher d'établir d'autres Missions dans l'Ou-Nyaniembé, et surtout dans le Massanzé.
M. Guillet ofi're le vrai type du missionnaire français. J'ai rarement rencontré un honune plus atfable, plus instruit et plus virilement attaché à ses convictions.
Le Père Blanc fait contraste avec M. Guillet, en même temps qu'il le complète. Je dirais volontiers que l'un représente, plus particulièrement, la tète de la 3Iission, et l'autre le bras. Grand et fort, blond comme un Allemand des bords du Rhin, M. Blanc est expert dans plusieurs métiers. Il excelle, surtout, dans la construction et dans la
charpente. C'est lui qui fera, des jeunes Africains évangéliscs par son camarade, des ouvriers et des agriculteurs.
MM. Guiilet et Blanc parlent parfaitement l'arabe. Ils commencent à se mettre au courant du ki-souahili.
— A un quart de lieue de Tchem-Tcheni, sur le v(H'sant occidental des hauteurs qui regardent Tabora, se trouve le tombeau du lieutenant Albert de Leu. Dès le lendemain de mon arrivée, je m'y rends en pèlerinage avec le docteur. Une simple croix de bois noir indique la place où repose notre pauvre et regretté compagnon. La fosse, quoique jonchée de rocailles, paraît avoir été visitée par les animaux nécrophages; aussi me proposé-je de l'entourer d'une palissade.
— Le docteur a à son service deux petits boys, qui lui ont été donnés par les Arabes. Tchiano, jeune vaurien d'une quinzaine d'années, né dans l'Ou-Emba, et déjà fort au courant (h? sa besogne, de page, suivra son maître à Zan/.ibai'.
Quant à Songoro, qui n'a guère })lus de douze ans, il restera acquis à mon personnel. L'un et l'autre commencent à cuisiner. Malheureusement, le dernier ne paye pas de mine, horriblement détigui'é qu'il a été, par les griffes d'une hyène, dans un Camhi, sur la roule de l'Ou-Emba à Tabora. Tous deux, gentils, éveillés et intelligiMits, n'ont pas droit à la solde. Ils sont nourris de la desserte et habillés aux h'ais du maître. L'annonce de leur séparation procliaini! paraît les affecter beaucoup. J'engage aussi, dès le lendemain, comme domestiques, deux anciens courriers : Capitani, ainsi nommé parce qu'il a voyagé avec le capitaine Carier, et Férouzi,ou pierre précieuse.
— La question de mon logement futur est tranchée plus tôt que je ne croyais. Un certain Sef bin Saad, marchand arabe, est venu nie présenter le Tembé de ïchem-Tch(Mn, al^andonné par i^I. Scrgère mais lui appartenant toujours.
Bâti par un des fondateurs de la colonie, près de la source qui a donné son nom au village indigène, ce Tembé est certainement un des plus considérables de l'agglomération. Je l'arrête à raison de trois «pièces d'étoffe par mois, soit dix-huit dollars.
Autour du bâtiment, s'étend un terrain d'une cinquantaine de
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toises carrées, entouré de haies deuphorbe. Quelques voisins pratiques se sont empressés d(> le transformer, à leur profit, en champs de manioc.
Pins tard, j'y ménagerai un jardin potager, grâce aux semences que me laisse le docteur. Des limoniers, des orangers, des manguiers et deux dattiers, mâle et femelle, me donneront du fruit.
J'étais parti de Karéma le jour même de l'ouverture du Ramazan, M. Van den Heuvel part le 26 août, profitant de la fin du jeûne, marqué par une lune nouvelle.
En retour des avis du docteur, je lui ai donné quelques renseignements sur les Hongos de la route. Il emportera surtout du Satini et seulement seize pièces de Mérikani. Quinze porteurs, armés de fusils, et quatre Akidas lui suffiront, ainsi que trois petits nègres. Comme je l'ai dit, Tchiano l'accompagnera à la côte. Il me laisse son petit balafré de Songoro.
Les adieux des deux négrillons sont déchirants 1
31. Van den Heuvel, que quelques Arabes sont venus saluer, part, monté sur un àne. Je l'accompagne pendant quelques lieues et, pour causer plus ii l'aise, il descend de sa monture. Celle-ci, coniiée à la garde de Tchiano, en profite pour se sauver. Le petit nègre se précipite sur ses traces, et nous faisons une courte halte pour lui permettre de revenir. Mais rien ne paraît. Une heure après, seulement, un des Akidas ramène l'animal. De Tchiano, pas de nouvelles. Comme il n'y a pas moyen de s'arrêter, le docteur me prie de faire quelques recherches et, après un dernier adieu, une dernière poignée de mains, je regagne assez tristement ma nouvelle demeure.
— Le lendemain, 27 août, premier mois de Schaoual, ou Sikoukou, grand jour, tout Tabora est en liesse. Esclaves et indigènes parcourent les rues en tirant des coups de feu. Le Pombé fait des siennes et des rixes nombreuses s'engagent. C'est la saison des étrennes. Les Arabes se rendent cérémonieusement visite et échangent des cadeaux, parfois de grande valeur. Séki m'envoie un bouvillon, (jue je partage entre les gens de ma maisonnée. Je lui offre, en retour, quelques bouteilles de son nectar favori, reste de la provision de M. Sergère, et que je me procure à grands frais chez Scf bin Saad.
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— Un Arabe, coiirtiei- marron d'esclaves, est venu me pi-oposeï' un petit nègre d'une dizaine d'années, ancien sujet de Mléça et qui justitie à merveille son nom de Barouti. Vif connue la i)Oudre, il est encore noir comme la poix, mais joli, avenant, et désii-ant de toute son àme servir un maître européen. J'ai pitié du petit diable, qui tourne vers moi des regards suppliants et, d'ailleurs, convient admil'abk^ment à mon service. Soixante yards de Mérikani [h peu prés septante-cinij francs) en font un homme libre, enchaîné i)ar la seule reconnaissance, et dont je ferai, je l'espère, du moins, un bon ouvrier (M un honnête serviteur.
— I)('l)uis que je suis arrivé à Tabora, je jouis d'un bien-être dont je ne me riMids pas bien compte. Pas un seul petit accès de tièvi-e. On ])rétend que ce séjour est plus malsain que bien d'autres, réputés pour leur insalubrité. Je ne in'en aperçois guère. L'eau qu'on l'ecueille en abondance, à moins d'un (puu-t de lieue, est excellente. Elle n'a pas la teinte blanche et le goût saumàtre qu'elle affecte à peu ])rès partout ailleurs, dans celte partie de l'Afrique. D'un autre côté, Tabora offre des ressources alimentaii-es (jui font coniplètemcut défaut à K a renia.
Il est vrai que je suis ici un régime tivs hygiénique. Levé dès l'aube, je vais, après avoir pris mon bain, faire des excursions dans les villages avoisinants. Le vallon fertile de Kouyai-a, Ou-Ganga, entoiu'é de rochei's brun ciaii-, Itourou, où le père et le frère du célèbre Tipo Tipo sont établis, me voient, le fusil à l'épaule et l(^ carnet à la main, fournir de longues traites, au cours desquelles je l'amasse et rapporte gaiement force petit gibier, observations ethnographiques et robuste appétit. Puis, après la prière de VAllah Siri, c'<,'sl-à-dire à trois heui-es de relevée, ce sont des visites chez Séki, chez Scheik bin >'assib et chez quelques Arabes intluents dont j'ai fait la connaissance. Le reste du temps est pris [>ar les travaux d'installation.
C'est Férouzi (jui va au maivhé, établi près de la source deTchem- Tchem, sur une grande place brûlée du soleil. Deiu'ées et marchandises sont pro[)rement étalées sous des abris en forme d'échoppes, foi'manl rues, connue dans nos foires de village. Les bouchers se tiennent à juirt, abattant et dépeçant, corant populo, le bétail amené de grand matin. Les quartiers de viande, déposés sur des branchages
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verts, sont })i'éserYés des insectes par des enfants chasse-niouclics, et les morceaux de rebut, détaillés et cuits avec du riz, se vendent tout chauds aux consommateurs indigènes, accroupis à l'ombre des triperies en plein vent. Quantité de poules etd 'œufs, mangés sansdégoùtpar les naturels, en i-apport constant avec les esclaves musulmans, mais fort peu de chèvres et pas de gibier. En revanche, force poisson sec apporté de l'Ougalla et même des rives du ïanganika. Les céréales, riz, fi'oment, sorgho, aux grains perlés, jaunes ou rouges (ces derniers moins estimés) emplissent de grandes mannes. Il n'y a pas encore de maïs, dont on mange, frais ou grillés, les épis à chair laiteuse. Force oignons, plus doux que chez nous, et cpii offrent une nourriture très saine, des aulx, des patates douces, séchées et coupées en dés, des tomates, des piments, etc., etc. A coté des mangues, côtelées et massives, comme de jeunes tortues, et dont le huit, à la fois acidulé et sucré, conserve un petit goût de térébenthine, s'amoncellent les régimes de bananes, dorés par le soleil, ou cueillis verts, pour être bouillis et frits, en guise de légumes.
Les environs de ïabora étant dépourvus de forêts, les indigènes vont couper du bois à quelque distance et le vendent tout, débile au marché. Puis, ce sont les échoppes où l'on tient les étoffes et les objets de toilette : Satini et Méi'ikani, venus de la côte et coupés en ukmuis fragments, tissus gi-ossiers et lourds d'écorce de Miombo, révélant déjà une certaine industrie, Oukayas, voiles arabes à mentonnière, faits de laine jaune, rouge, noire, etc., bracelets de fil de laiton aplati, croisé ou travaillé au burin, savon de Zanzibar, etc., etc.
Autour de la place s'élèvent les huttes où les marchands, établis à poste lixe, i-emisent leurs denrées nouvelles ou invendues.
Ce marché, qui se tient tous les jours, est d'une animation extraordinaire. On y abat, on y taille, on y cuit, on y coupe, on y mesui'c au milieu d'un brouhaha étoui'dissant. Les odeurs de sang répandu, de friture, de poisson sec, de fruits écrasés, s'y combinent, empestant les alenloui's. Plus (pie chez nous, on marchande et l'on se dispute. Ce sont des clameui's et des vociférations à faire ci'oirc à une émiHite. Sur tous les points, des atti-oupements se forment, dis})ersés dès qu'un Arabe passe, monté sur sa mule richement caparaçonnée et précédé d'une masse d'esclaves, criant à tue-tète : Similla! SiniilU'ni! (Écarte-toi! Écartez-vous !) Mais à peine le cortège a-t-il disparu, que les groupes se reforment, plus âpres et ]ilus batailleurs qu'aupara-
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vant. Il arrive, parfois, qu'une étincelle, échappée du foui-neau d'une triperie, met le feu aux échoppes plus sèches que de l'amadou. Tout flambe, pendant que vendeurs et acheteurs se dispersent comme un essaim de mouches, car, faute d'eau et de moyens de sauvetage, il n'y a qu'à laisser faire l'incendie. Mais c'est l'histoire d'une couple de jours, au bout desquels le marché s'installe sous des abris de bois neuf, condamnés comme leurs devanciers à une destruction plus ou moins rapprochée.
Ma table est abondante et variée. Tantôt c'est un roatsbeef, ou un beefsteak, une étuvée ou un hachis relevé d'œufs et d'oignons, ou encore une volaille au riz et au carry. Ce dernier ingrédient devient ici de toute nécessité. Il stimule l'appétit et aide puissamment à la digestion.
Chaque jour, j'ai du pain frais, en faisant lever, au moyen de Pombé, le froment pilé d'après les procédés indigènes, et en cuisant la pâte, à l'étouffée, dans une casserole.
Les fruits à pulpe et crémeux ne manquent pas. Parmi ces derniers, je citerai surtout ceux du Mstotlier.
Je trouve, chez les Arabes, des raisins secs et des dattes pour mes poudings. Mais mon grand luxe est un café délicieux, que je paye à raison de vingt piastres la frasilah.
Où je me trouve dans une atmosphère franchement corduile, c'est chez le vieux Soultan bin Ali, le seul Arabe survivant de ceux qui, il y a plus de soixante-dix ans, fondèrent la colonie de Tabora.
Le digne homme m'a fait offrir, dès mon arrivée, force mets sortant chauds de sa cuisine, des contitures, des gâteaux et des fruits. Et comme M. Van den Heuvel m'a préparé quelques recettes, j'ai pu assurer à Soultan bin Ali qu'il ne s'apercevrait pas de la différence. Aussi ne se sent-il pas de joie !
Après Bin Ali, le personnage le plus important et le plus riche de la colonie, c'est Zeid bin Djouma, un homme charmant, plein de dignité et de bienveillance, généreux et hospitalier, instruit, tolérant, sans préjugés de race et curieux de tout ce qui regarde |a civilisation européenne. Avec cela, fort beau de visage et d'une noble stature. Son principal commerce, et celui qui lui rapporte les plus gros bénéfices, consiste dans l'achat d'ivoire, échangé contre étoffes ou contre
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munitions par les chasseurs, venus tout oxpirs pour traiter avec lai, d'Ou-Djiji, de Nyaugoué, de l'Ou-Ganda et de l'Uu-FijJa. Il se charge aussi, moyennant commission, d'envoyer à la cote, par ses caravanes, l'ivoire destiné au marché de Zanzibar.
Salim bin Sef, grand propriétaire d'esclaves et cultivant d'immenses plantations de manioc et de froment, ne fait pas \o commerce. Ses l'ichesses, quoicpie moins considérabh^s que celles de Zcid l)in lijouma, lui permettent cependant de lutter avec lui de magniticeiice. C'est l'honmie de bonne compagnie et l'amphitryon de la colonie II tient table ouverte, et son Barza est orné des plus magnifiques tajiis.
Cinq ou six autres habitants notables ont reçu ma visite et me comblent d'attentions. Tous ces Arabes, (pii ont dans leurs écuries des ânes magnifiques, superbement harnachés, ne sortent jamais qu'escortés de nondjreux esclaves. Pour ne pas avoir tout à fait l'air d'un parent pauvre, j'ai été obligé d'acheter au moins un bourrique!. C'est connue si, en Europe, je montais un cheval de race.
— Voilà qu'un beau matin, jo vois entrer chez moi le jeune Tchiano, maigre comme un chien et foi-t dépenaillé.
Il s'est longtemps dérobé à mes (piestions, mais mis au jVkhI du mur, il a fini par avouer (pic, ne i)Ouvant se résoudre à (piiller son pays Songoro, il avait profité de hi fugue de l'àne de M. Van deu Heiivel pour se cacher. Ce n'est (pi'aii bout de huit jours que, certain du départ du docteur, il s'est risqué à reparaîti-e. Commeiil le petit malheureux a-t-il vécu pendant ce temps-là? De rapines, j(> le crains. Impossible maintenant d(; l'expédier à la C(jte. Je le gardei'ai donc. Après une verte admonestation, qu'il feint d'écoutiM' piteusement, je l'envoie se refaire à la cuisine et lui taille un pagne de Satini. Cinq minutes après, je l'entends rire aux éclats et jouer avec son ami, comme si de rien n'était.
Lorsque je lui reproche; à nouveau sa conduite, il me répond par un argument qui m'aplatit. — « Vous dites que lorsque nous servons les blancs, nous sommes libres. Eti bien! j'ai fait comme un liomnu' libre. Je me suis sauvé. »
Les petits sont ici plus malins que les grands. Je me souviendrai de celle-là !
— En parlant de mes promenades à Itourou, où demeurent le père et
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I(^ fivi'o (1(^ Tipo Tipo, jo lie iirattondais giu'r(! à faire sitôt comiaissaiico avec l'important personnage sur lequel la plupart des voyageui's en pays africain se sont si longuement étendus.
Hamed bin Hamed — surnommé Tipo Tipo, à cause du clignement d'yeux qui altère la séi'éiiité de son imposante physionomie — vient d'ai-river à Tabora avec une forte caravane d'ivoire, en destination de la côle.
Par ses immenses plantations du Manyéma, auxquelles sont attachés des milliers d'esclaves, fanatiquement dévoués au maître, non moins que par le commerce de l'ivoire, dont il a su monopoliser toutes les sourc(\s, ce marchand, doublé de conquérant et d'organisateur, a su se tailler au centre de l'Atriquc un véritable empire où, J)ien que vassal nominal du Saïd Bargash, il règne en maître absolu.
Dédaigneux du luxe, tout extérieur, affecté à Tabora, où les plus fastueux marchands, malgré leui'S ressources toujours renouvelées, se trouvent souvent à court d'argent par suite de dépenses inconsidérées, Tipo Tipo est modestement logé à Itourou, où son vieux père et son frère Mohamed Massoudi, enrichis, conune lui, par le commerce, vivent à l'écart de toutes intrigues politiques et marchandes, comme de tonte vaniteuse ostentation.
Apprenant qu'un nouvel Européen s'est fixé à Tchem-Tchem, Tipo Tipo s'empresse de venir me rendre visite, en compagnie de deux Akidas et d'une dizaine d'esclaves armés de fusils. Une gi'ande rumeur, s'élevant au dehors, m'avertit de l'approche de ce haut personnage.
Montés sur des ânes magnifiques, venus en droite ligne do Mascatc, Hamed bin Haïued et ses lieutenants cheminent au milieu d'une foule nombreuse qui les salue de clameurs enthousiastes.
Un pareil visiteur mérite des égards particuliers. Je lui fais un accueil empressé, en lui témoignant la vive sympathie que lui valent en Europe son cai'actère et sa haute valeur; et cette flatterie, du reste toute spontanée de ma part, ne semble pas lui causer du déplaisir.
Assis sur le Barza intérieur, nous prenons le café traditionnel et la conversation s'engage.
Tipo Tipo me dit qu'il est parti du Manyéma avec mille Askaris et deux mille porteurs, ces derniers chai'gés, chacun, d'une défense d'éléphant.
Un pareil déploiement de forces, et cette énorme quantité d'ivoire.
174 LA TROISIKME EXPÉDITION ItKLCE
deslinôo aux marchés de la côte, sont le résultat d'un travail do huit ans, pendant lesquels le seul produit des cultui-es de cet homme d'initialive a suffi à lui constituer une situation princièi'e.
Hanied bin Hamed a perdu beaucoup d'honnnes sur la route, par suite de la famine, résultat habituel des guerres suivant immédiatement la récolte.
Tipo Tipo a connu beaucoup d'explorateurs blancs et s'est intéressé grandement à leurs entreprises.
A nos échanges de politesses, d'amitiés et de nouvelles, vient se m(Mer une question de négoce. Hamed bin Hamed a entendu dire que j'avais des fusils lisses dont je voulais me défaire, et il m'ofïre de les acliclor pour les soldats de son escorta. Je lui cède volontiers mes (piai-uites mousquetons, ayant servi autrefois chez nous à l'armement do la cavalerie légère.
Après m'avoir fait promettre de lui rtMidi-e sa visite à Itourou, Hamed bin Hamed prend congé et se retire, dans le même apparat, .suivi de la foule qui, durant deux heures, a stationné pationnnent devant mon T(.'inbé pour guetter sa sortie.
JO septembre. — C'est aujourd'hui que je me décide à aller voir Tifio Tipo, dans son Tombé d'Itourou.
Capitani et deux de ses amis, recrutés pour la circonstance, m'accompagnent. Comme le riche marchand d'ivoir(\ je suis tiore- ]nent monté sur mon àno, mais, je l'avoue à ma honto, notre mesquin cortège n'attire pas le moindre concours de population.
La i-éception est cordiale. Lait et café circulent à la rondo.
Mes hôtes ont fait préparer, en mon honneui-, un grand repas composé de Ixpuf, de viande de chèvi'o, cuite au riz, de hachis do volailles et surtout de pâtisseries en quantité.
Tipo Tipo, qui semble m'avoir pi'is en amitié, parle longueiuont du Manyéma, pays fertile, à grandes ressources, riche en bétail, on ivoire, en or (?) et en gemmes précieuses. Et, à brûle-poui'point, il offre de m'emmener, me promettant une concession de terrain immi'duite. Qui sait! c'est à examiner.
Mais la journée est déjà fort avancée. Vers quatre heures, j'exprime l'intention de l'eprendre le chemin de Tabora.
Tipo Tipo m'offre deux belles chèvi'os du Manyéma et y joint une esclave pour tenir mon ménage de garçon.
AU l'AYS NOm
Le londenuiin, j'envoio à Tipo Tijio un grand revolver Coït et deux cents cartouches. Depuis, nous nous visitons régulicrement, et chaque fois qu'il pousse jnsqu'à ïabora, il ne manque pas de passer une ou deux heures dans mon Tembé où je le traite de mon mieux.
Dans l'intervalle, je suis devenu maître d'école. Deux jeunes gens, d'une vingtaine d'années, fils de chefs de l'empereur Mtéça, sont
MA KEMMt; Dt CHARGE.
(Dcssiu (le L. BerU-aiul.)
arrivés ici, à leurs frais, avec une caravane chargée d'ivoire. Comme ils se proposent, sinon de s'établir, du moins de passer quelques temps à Tabora, ils se sont fait indiquer quelqu'un qui pût leur enseigner à lire et à écrire le ki-souahili, au moyen de nos lettres, bien moins compliquées que les caractères arabes et popularisées en Afrique par les missionnaires anglais. Naturellement, on les a envoyés chez moi.
170 I.A TIIOISIKMR KXI'KDliinN UKlA.V:
J'ai conlcclionné un grand tableau, sur lequel j'ai rangé, à pari, voyelles et consonnes. Mes disciples s'attachent à imiter les caractèi-es. Puis, je leur fais des combinaisons d(; lettres.
Ils chantent et cci'ivent parfaitement, depuis Ba, Bé, Bi, Bo, Bu (Bon) jusqu'à Za, Zc, Zi, Zo, Zou. On peut aisément figurer ainsi tous les sons des langues bantoues.
Mes élèves prennent leçon tous les jours. Ils liront et écrii'ont bientôt sans hésitation. En d('i)it du pi'éjngé niant l'espi'il et \r cœur de la race nègre, ils se moiilrcnf aussi iniclligents (pie pleins de gratitude.
— Visite de M. Stokes, Ii'landais protestant et résident laïque de la Station établie à Ouyouy par la Clturch Missiotuirii Socictii. Il s'(>sl i-endu à Tabora pour renouveler sa petite provision d'étotïes. Je le conduit chez Zeid bin Djounia, (pii lui vend une cei-taine quantité de Mérikani.
Il s'accommode aussi de (pielcpies boîtes de con.serves, laissées ici par M. Sergére et que je lui cède contri^ un bon sur la c<Me, tpie je ferai tenir à ce dernier.
M. Stokes, qui m'engage à aller ]o voir, si^ charge de faire expédi(Mmes lettres poui' l'Association et pour mes pai-ents et amis d'Europe, par le courriei- anglais, justement sui- le point de repai-tir.
— Ma maison s'est augmentée de deux nouveaux pensionnaires, deux singes aboyeurs, d'un gris fauve, achetés à un indigène. Attachés par une chaînette à un pilier de la cour, ils nous divertissent par leurs cabrioles. Pas farouches, d'ailleurs, se laissant caresser volontiers, sui'tout par mes petits boys, et vivant comme eux de la desserte de ma table.
Ma petite collection ethnographique s'est renforcée d'un bouclier de l'Ou-Ganda, de lances, d'arcs, de tlèches et d'étoffes indigènes. J'ai acheté, aussi, à mes deux écoliers, quelques instruments de musique de leur pays.
,V0 septembre. — Mes dépenses domestiques se sont montées ce mois-ci à soixante-trois piastres : dix-huit pour le loyer du Teud)é. trente pour la table et l'entretien, et quinze pour solde et Posho dîmes hommes, soit trois cent quinze francs. Notez qu'actuellement j'ai
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doux domosliques, une cuisinière, quatre négrillons, un âne et deux singes. J'allais oublier une autruche privée, dont m'a fait cadeau le vieux Souitan bin Ali. Je la laisse courir dans la cour du Tend)é et <'haque jour Tchiano est chargé de la mener à la promenade. Le petit vaurien, auquel cette corvée ne semble aller que tout juste, Talir-ge eu <'nfourchant le gigantesque oiseau, à la façon des nègres nubides Elle va souvant se baigner à la source de Tchem-Tchem.
La voracité de ces animaux n'a point été surfaite. Indépendamment du manioc, dont je lui fais ample ration, elle engloutit sur son passage les objets les moins comestibles, os, cailloux, morceaux de vieux fer, etc.
Un jour, elle s'en est prise à une corde, longue de dix mètres, attachée à un pilier de la cour. 3Ies négrillons l'avaient laissée faire, pour voir comment finirait l'aventure. La sotte bête se trouva bientôt le bec rivé au poteau, et ne sachant comment se tirer d'affaire Ce que voyant, Tchiano se mit à lui retirer tout bonnement la corde, dont r(^xtrémité était déjà à moitié digérée. Toute ma maisonnée était accourue pour jouir de ce spectacle véritablement grotesque, et qui. pendant une demi-heure, a provoqué des éclats de rire homériques.
Le Tembé du Ouali entoure celui du Sultan indig.'ae, bel et bien embastillé, sous prétexte d'honneur grand et de fidélité à sa jiei'soime.
Lorsqu'on rend visite au premier, c'est à se croire dans un pays semi-eivilisé. Les pièces, meublées avec un certain luxe, abritent un personnel convenablement vêtu, plein d'affabilité et de prévenances; les visiteurs sont reeus dans toutes les règles d'un pompeux cérémonial. Il n'y a pas mieux à Zanzibar. Mais si de là vous êtes admis au quartier impérial, changement à vue. Vous tombez dans la sauvagerie en plein.
Sur la balustrade entourant les grossiers bâtiments — d'un type absolument différent des constructions arabes, — grimacent et se dessèchent des crânes d'hommes et d'animaux. Un fouillis de noirs, aux dents limées et àla chevelure poisseuse de graisse, vêtus de peaux d'animaux et de sales guenilles, s'agite dans des cases et dans des cours exhalant une odeur infecte. Les Sultans de l'intérieur, traitant d'égal à égal avec les Arabes, ont moins d'obstination que ce monai'que l'éfractaire à toute culture intellectuelle.
178 • LA TROISIÈME EXPÉDITION «ELf.E
M. Ramaoekers m'avait chargé, aussi, de tàclicf de lui onvoyor du bétail. Jusqu'à préscut, je u'ai pu aboutir. Schcikbiu Nassib me berce de belles promesses. Il vei-ra, il tâchera... Je sais pourtant de bonne source qu'il possède personnellement de nombreux troupeaux, et que rien ne lui serait plus facile que de me céder quelques vaches.
— Coui'i'ior de la côte, mais pas de lettres d'Europe à mon adresse. La santé du docteur est excellente, mais il se déclare éreinfé. Il a
été obligé de se battre dans l'Ou-Gogo, pour continuer sa route. Un coup de revolver a heureusement fait fuir les indigènes, qui lui barraient le chemin en exigeant un Hongo supplémentaire.
— Mon autruche a une compagne ou nn compagnon, Salim bin Saad setant chargé de compléter la paire. C'est plaisir de les voir se promener superbement dans la cour, poi-tant sui- leur dos ïchiano et Songoro, dont les jambes noires tranchent sur le blanc des larges plumes. Elle viennent familièrement manger dans la main et s'avancent à la rencontre des visiteurs.
Ma ménagerie s'est renforcée, d'autre part, d'un chicMi, probablement volé, que m'est venu proposer \\n ancien Rouga-Rot.'ga, rôdant dans les environs de Tchem-ïchem et qui vit on ne sait conmient. Ses méfaits deuKnirant secrets, ou s'accomplissant eu dehors du territoire, on le laisse vaguer librement, sans s'informer d'ofi il vient.
— xVcheté deux perroquets, parlant ki-souahili et auxquels je suis
en train d'apprendre le tlamand. Il me paraît plaisant, dans ces
régions tropicales, d'éveiller les échos lointains du brumeux Scaldis.
Mes élèves — pas les perroquets, mais les jeunes sujets du roi 3Itéça, — ont apporté de leur pays quelques curiosités dont je fais mon protlt. Il m'ont cédé, pour deux dotis de cotonnade, une harpe de l'Ou-Ganda, d'un galbe pi'es({ue moresque, et des étoffes d'écorce battue, d'un brun jaunâtre, sèches et spongieuses comme de l'amadou. J'ai acheté aussi à un Akida de Tipo Tipo, un vase en ivoii'o sculpté, ayant appartenu à un ancien Sultan de Manyéma. Il est d'un travail curieux, tout orné de figures de crocodiles, gravées au burin et naïvement pointillées.
— Comme me l'avait prédit M. Van den Heuvel, ma réputation de
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Foundi (forgeron), m'attire de nombreuses commandes, et il ne tien- <li'ait qu'à moi de metablir ai'muriei' et horloger. De pai'tout, il m'arrive des coucous invalides et des fusils détraqués. Connue je n'accepte aucune rétribution, que je ne me charge que des travaux réellement au-dessus de la compétence des artisans indigènes, et seulement pour obliger mes amis les Arabes, mon prestige n'en subit aucune atteinte. Je ne dédaigne point, cependant, de donner des conseils aux Foundis de la localité, qui ont fait déjà, sous nui direction, de notables progrès.
— Sur la foi de nui gi-ande réputation comme médecin, un Mtousi. du village de Souétou, était venu me demander de lui amputer un kyste monstrueux qui le détigurait. ]S'osant point assumer la responsabilité d'une semblable opération, je l'avais renvoyé, avec quelques boimes paroles ; mais il est revenu le même jour en m'offrant une ■ohèvi-e. J'ai fait de nouveau la sourde oreille et, feignant de ■croire à un simple marché, lui ai payé en étoffes l'animal à sa valeur. Mais mon homme n'a pas voulu en avoir le démenti. Le lendenuiin, il reparaissait, cette fois conduisant un bœuf. Pendant une heure, il m'a .supplié de le débarrasser d'une incommodité qui lui rendait l'existence insupportable.
— Mais sais-tu bien, lui dis-je, que tu peux mourir de l'opération? — Cela m'est indifférent, m'a-t-il répondu. Si vous ne voulez lias vous en charger, je la ferai moi-même, et alors, très certainement, je mourrai.
Cette dernière considération a vaincu mes scrupules et tout en (ontimumt à le raisonner, j'ai préparé tout ce que je croyais nécessaire : perchlorure de fer, jiour empêcher l'hémorragie, charpie, eau [ihéniquée, etc. Capitani m'assistait et tout mon personnel est accouru pour juger de mon savoir-faire. La main me tremblait bien un peu, mais je suis bravement allé jusqu'au bout. Après avoir pratiqué une incision, dans le sens du maxillaire inférieur, j'ai retroussé la peau et •enlevé assez adroitement le kyste en quelques coups de bistouri. 11 n'est presque pas venu du sang. Puis, j'ai proprement lavé la plaie au phénol et recousu l'épiderme au moyen de fd blanc. Pendant toute ro})éi'ation, qui n'a pas dû être bien douloureuse, le patient n'a pas proféré une plainte ni fait un mouvement. Il est parti enchanté. Je j'ai fait revenir pendant quelques jours pour renouveler sou panse-
LA lltOISIKMK KXI'KDITION UELGK
mciil et pirvoiiir une ulcération probable. En tin de compte, il s'est trouvé radit alenient guéri. Malgré son insistance, je lui ai payé .son bd'uf, comme je lui avait payé sa chèvre, et mes lionnnes s'en sont préjiaré des conserves sèches. Celte cure a t'ait ici un bruit du diabk;. Par recomiaissance, mon Mtousi m'envoie, depuis, tous ses amis el couuai.ssances, et avec les malades de la localité, je me li'ouve avoir nue clientèle aussi nombreuse que gratuite. Plaies, bosses, coups de couteau ou coups de feu, le moindi'cboboestde mon ressort, ('e matin (Micorc, j'ai recousu l'oreille d'une tenune de Soultan bin Ali, fpii
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(Dessiu de J. Dieiick\.)
s'élait crêpé le chignon avec une de ses compagnes de harem. La hardiesse me venant avec le succès, j'y vais bon jeu, bon argent, et connnence à croire que j'ai manqué ma vocation.
— Une Station de la Church Missionary Socktij de Londres — la s(>condc depuis Mpouapoua — est établie à Ouyouy, petit village
al: pays Nom hSl
ilisUnit de huit lieues à peine de Tc'iieiu-Telieui el situé dans la diroclion iiord-nord-est. Fondée il y a une eouple d'années par M. Coi)pleslone, inenibi-e laïque de la Société, cette Station a passé sous In diiecliun de M. Stokcs. Je m'y suis rendu par trente-huit degi'és de chaleur, accompagné de Férouzi et de mes boys, portant à tour de rôle un grand panier de fruits mûrs.
Chemins tortueux et brûlés de soleil. A mi-route, de grands lochers nous prêtent leur ombr(> pour une halte de quelques instants, l'n ])eu plus loin, aux bords d'une mare à moitié desséchée, cabriolenl de nombreux cynocéphales. Mes honmies, mourant de soif aprè.s une course de plus de sept heures, leur disputent avidement une eau eroupie, chargée de longs poils fauves. Les singes, dérangés dans leurs ébats, se groupent à quelque distance sur les blocs de granit semés aux alentours, et nous regardent avec des yeux pétillant de curiosité et de malice.
Je fais mine d'épauler, mais pas un ne l)ouge. Heureuse ignorance des effets d'une arme à feu! Je n'ai pas le courage de troubler ime si llalleuse quiétude.
Pendant ce temps, Tchiano, accablé par la chaleur, s'est endormi au bord de l'eau. Lorsque je le réveille, sa lace congestionnée me le monli'e sons le coup d'une insolation bien caractérisée, et c'est en geignant qu'il se remet en marche.
M. Stokes fait excellent accueil à mes mangues, tout en se récriant contre la nécessité d'un présent entre résidents européens.
Le village d'Ouyouy faisait partie naguère d'un district considéral)le. Mais Séki et Mirambo l'ont si bien rogné qu'il se trouve réduit anjoui'd'hui à sa plus simple expression. Le jeune chef, insensiblement dépossédé de presque tout son territoire, a i)u conserver toutefois le titre de Sultan indépendant. M. Stokes le représente comme un lioumie de mœurs paisibles, se laissant volontiers influencer i)ar les Européens qui savent par quel bout le prendre. C'est à quoi M. Copplestone avait particulièrement réussi, et son successeur suit heureusement son excellente tactique.
M. Stokes habite, avec un personnel de huit serviteurs, un tort confortable cottage, entouré de terres non cultivées.
Il voyage en Afrique depuis cinq ans.
11 a connu Carter et Cadenhead, lorsqu'ils ont passé par ici avecleurs éléphants, et parle avec affection de MM. Cambier et Popelin.
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Le Kouïkoiirou du Sultan est situé à une centaine de mètres de Ja Mission. On y arrive par un coteau (mi pente douce. La campagne, tort bien cultivée, se renfle en certains endroits de tertres peu élevés, couverts de bois et de massifs rocheux. Nous rendons visite au jeune chef, qui nous reçoit sur son Barza. C'est un nègre svelte et bien découplé, dont les plus grands exploits se bornent, paraît-il, à l)oir(; avec excès. En retour de son gi'acieux accueil, il me demande à brûle-pourpoint de lui i-ecoudre une de ses oreilles, déchirée sans doute dans quelque tournoi bachique.
— C'est, me dit M. Stokes, la prière (ju'il adresse à tout Eiu'opéen.
Je m'excuse, en promettant de revenir avec les instruments nécessités par une pareille opération. Comme il aurait été impoli d'arriver les mains vides, j'ai emprunté quelques mètres d'étofle rouge à mon nouvel ami. Ce petit présent me vaut l'octroi d'une chèvre, que je dislril)ue à ines domestiques.
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