‹ La troisième expédition Belge au pays noirChapitre 20 sur 33 · EN REVENANT DE CHEZ MIKAMBO · texte numérisé non relu

EN REVENANT DE CHEZ MIKAMBO

Dessin de Fr. Yaa Leemrutten. )

210 LA TUOISIKME EXPÉDITION mU.C.K

M. Southoii est p(M-suadé qu'on obtiendrait sur elle un asrcndaiil coii.sid('i'al)le. — « On peut, dit-il, se contlcr (>utirreinent à la loyauté de .Mirandjo. Cet autoerate, si entier dans ses jugements et si pi'onijjt dans ses aetes, a pour les blanes une immense (>stime. Jamais il n'a failli à suivre un conseil dont je lui avais démontré l'utilité. Il sait écouter et comprendre. Et qu'il se connaîl bien en hommes! A tous les points de vue, ce sera un des plus grands monarques qu'on aura vus dans ce malheureux pays. »

Le lendemain soir, 3Iirambo vint me rendr(> visite. Il avait passé tout(^ la journée à la chasse, trompant l'ardeur guerrière qui fait h; fond de son tempérament.

Souvent, aussi, il dépense quelques heures au cottage où sont instruits ses enfants. Cette fois, il ne resta (pie quelques minutes et se retira après nous avoir oft'ert une antilope tuée par lui.

Je retournai le voir pour lui faire lues adieux. Il nn^ recul sans turban, cette fois, armi' d'un gi'and sabre, dans un(> hutte circulaire n'ayant pour tout mobilier qu'un fauteuil j)liant à dossier de toile, excessiviMuent gracieux, et nombre de petits tabourets sur lesquels il s'assit avec ses Nyamparas. Je pris ])lace à ses côtés, portant les yeux vers le haut des murailles en torchis, entièrement tapissé de tlèches empoisonnées comme celles employées dans les chasses à l'éléphant. Aussitôt, voyant la direction de mon regard :

— Je n'ai plus de poudre, dit-il avec un sourire andjigu, qui me donna à penser que, grâce à ses campagnes, la dernièi'e notamment, il n'en était pas si complètement dépourvu que cela. Il faudra bien revenir à l'ancien système des lances et des tlèches. C'est d'ailleurs excellent pour la chasse. La détonation du fusil effraye le gibier, et déjà il me faut aller bien loin pour en trouver.

Cependant, je ne vois pas que ses soldats aient déposé le ritle qui, pour ce qui le regarde, ne le ([uitte pas.

Un marmot de quatre ou cinq ans, nu comme un ver, pénétra dans la hutte et lui grimpa sur les genoux; c'était un de ses enfants. Mirambo se mit à jouer avec lui, et sur sa rude figure passa comme un rayon de souveraine douceur.

Mirambo me conduisit ensuite dans sa chambre à coucher, muni(î

AU IVVYS NOIR 211

(l'un superbe lit européen, à baldaquin et à ressorts, et doublé d'une humble couchette indigène.

— Je préfère encore ceci, me dit-il d'un ton bonlioiume, c'est moins haut et moins chaud.

Tout un arsenal de fusils, anciens et nouveaux systèmes, armes arabes ou anglaises, ornaient les murailles. Il en choisit un et me l'offrit.

— j'ai fait envoyer au consul d'Angleterre, dit-il, tous les objets ayant appartenu aux malheureux blancs de Mpimboué. Ce fusil w m'a été remis que plus tard, par mes Rougas-Rougas. Il est à toi.

J'acceptai avec empressement.

— J'aurais voulu pouvoir les sauver, continua Mirandjo, mais pourquoi, sachant que uies troupes allaient donner l'assaut, n'ont-ils pas pi'is part à la défense? Ils auraient peut-être réussi à repousser mes hommes et je serais arrivé à temps.

Je le regardai avec stupéfaction :

— Comment? m'écriai-je. Mais c'est justement pour ne pas être considérés comme les ennemis de Mirauibo qu'ils n'ont pas voulu faire usage de leurs armes.

— Ils ont eu grand tort, répondit le Mouami. Clutcun doit se (l('fi')idi'('. Ils m'auraient tué la moitié de uies hommes que je leur aurais encore donné une escorte pour continuer leur voyage.

Puis, il me reconduisit poliment jusqu'à la porte du village.

— Dis à tes frères blancs quel homme je suis, me répéta-t-il en me secouant cordialement la main. Jamais Mirambo ne sera leur ennemi. Qu'ils passent sans crainte par mon royaume. Ils n'auront rien à payer et seront bien accueillis... vicine s Us ne in apportent pus de poudre.

Sur la route du village, à la Mission Anglaise, les indigènes, revenant des travaux, me saluent avec déférence : Madjira, Boinal (Bonsoir, maître). Sachant la faveur avec laquelle m'a traité le Mouami, ils m'entourent de leur respect. Bien que maintenant une sévère discipline, Mirambo est adoré de ses gens. Il paraît certain qu'au premier appel, il peut mettre dix mille hommes sous les armes.

A six heures sonnant, j'arrivai au cottage, dans les meilleures dispositions pour faire honneur au succulent repas des adieux. Le lendemain, au point du jour, il me fallait dire adieu à la 3Iission Anglaise et à son hospitalier directeur.

212 LA TROISIÈME EXI'KBITION liEU'.E

Miraiiibo, dont la générosité est connue, m'avait envoyé deux bœufs. J'en donnai un à mes hommes, qui le détaillèrent et en firent boucaner, le soir même, les meilleurs morceaux.

Le reste, ainsi que le second b(rnt', revinrent au personnel, plus nombreux, de M. Southon.

Quatre jours après, je renti'ai à ïabora, de nuit, comme j'en étais sorli.

AU l'AVS NOIR 213

Page 1